Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   
L'Irlande en appelle au peuple !
Depuis quelques semaines, la droite française accuse la gauche de ne pas respecter « la parole de la France » au motif que lorsque l'on signe un traité, on doit impérativement, sauf à manquer à l'honneur, le ratifier.
Je voudrais seulement renvoyer nos collègues UMP à leurs études manifestement lacunaires du droit international public, de l'histoire moderne et leur enjoindre d'observer l'actualité avec plus d'attention.
S'agissant du droit international, ils devraient savoir que depuis des temps immémoriaux, l'autorité exécutive d'un pays souverain est déléguée, en la personne d'un ambassadeur ou d'un ministre pour négocier et signer les traités internationaux. Aucun accord international signé ne saurait entraîner une quelconque obligation juridique pour le pays signataire tant qu'il n'a pas été ratifié, c'est-à-dire tant qu'à tête reposée, de retour au pays, le représentant de l'exécutif ne l'a pas soumis à l'autorité compétente pour sa ratification qui est, suivant les cas, le chef de l'Etat pour les traités les moins importants, le Parlement pour tous ceux qui entraînent une modification de la loi ou le peuple par référendum lorsque la Constitution l'exige ou lorsque l'exécutif en fait le choix.
Les exemples historiques d'un refus de ratification abondent : le traité de Versailles signé à l'issue de la Première Guerre mondiale en 1919 n'a jamais été ratifié par les Etats-Unis puisque le Sénat américain ne l'a pas autorisé.
Par ailleurs, chacun se souvient du refus de ratifier le traité de Maastricht par le Danemark en 1992 même si, par la suite, en 1993, un nouveau référendum a permis l'acceptation d'une ratification par le peuple danois.
S'agissant de l'actualité, on notera aujourd'hui que l'Irlande a fait savoir, s'agissant du traité européen relatif à la règle d'or qu'elle le soumettrait à référendum tandis que plus de douze pays et non des moindres s'inquiètent, de plus en plus ouvertement, des conséquences d'une politique européenne de rigueur budgétaire excessive et ont saisi par écrit dans un courrier rédigé à l'initiative de Mario Monti, président du Conseil italien, les autres Etats membres pour les mettre en garde contre les risques de récession que font encourir à l'Europe les excès de l'austérité budgétaire.
Mario Monti est tout sauf suspect d'incompétence économique ou de laxisme budgétaire, tout sauf un plaisantin ou un amateur.
Il appartiendra, à l'évidence, au nouveau gouvernement qui sera issu des urnes dans quelques semaines de renégocier un traité qui, en tout état de cause, ne sera pas ratifié avant plusieurs mois par l'ensemble de ses signataires et qui est déjà contesté dans l'interprétation qu'en donne le couple improbable de Madame Merkel et de Monsieur Sarkozy.


Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/02/2012
De l'utilité d'un ministère des affaires étrangères
Pendant des années, de 2007 à 2011, je me suis plaint de la vacance regrettable du poste de ministre des affaires étrangères car avec la meilleure volonté du monde, personne, ni en France, ni à l'étranger ne considérait, dans les conditions où il était placé, que M. Kouchner assumait cette fonction.
Quand M. Juppé a été nommé à ce poste, j'avais dit comme une boutade à quelques collègues de la commission des affaires étrangères qu'il était effectivement utile d'avoir un ministre mais qu'il fallait rapidement lui adjoindre un ministère, faut de quoi il y aurait des problèmes...
Hier mardi, à 16h25, en déplacement électoral à Montpellier, Nicolas Sarkozy annonce que la journaliste française Edith Bouvier, blessée à Homs en Syrie, a été évacuée et se trouve en sécurité au Liban. Il ajoute : « Je suis heureux que ce cauchemar prenne fin ».
Deux heures plus tard, il se rétracte et indique que la situation reste « imprécise ».
Il n'est tout de même pas très professionnel, et c'est le moins que l'on puisse dire, d'annoncer que quelqu'un est en sécurité à un endroit donné, quand on ne sait pas exactement ce qu'il en est.
Le journaliste britannique Paul Conroy se trouvait à l'ambassade de Grande-Bretagne au Liban et notre ambassade à nous dans ce pays n'avait pas de nouvelles de notre compatriote Edith Bouvier. Elle aurait dû clairement indiquer qu'à sa connaissance cette journaliste n'était malheureusement pas arrivée au Liban, et que, par conséquent, il n'était pas possible de donner des informations sur son sort.
Si nous avion un ministère structuré des affaires étrangères, nous n'aurions pas cette déplorable habitude de faire de la diplomatie dans l'urgence médiatique et de dire à deux heures d'intervalle une chose puis son contraire.
C'est d'autant plus déplorable qu'il s'agit d'une personne en danger, gravement blessée, qui aurait besoin d'une opération chirurgicale urgente et qui se trouve pour le moment prisonnière dans une ville assiégée, au coeur d'une véritable et odieuse guerre civile.
Commentaires (6) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/02/2012
Le Printemps, par Sandro Botticelli (1478)
Le Printemps, par Sandro Botticelli (1478)
Les printemps se suivent et se ressemblent : en 2008, la crise ne nous atteindrait pas, en 2009, elle était déjà terminée... et en 2012, le soleil serait revenu sur l'économie mondiale.
Je m'inscris en faux rituellement, chaque année, simplement pour prendre date.
Qu'est-ce qui justifie cette année ce regain d'optimisme saisonnier ?
Un semblant de reprise aux Etats-Unis, une détente des taux sur les bons du Trésor européens, rien de plus. A l'inverse, une observation lucide du spectacle de l'économie mondiale devrait nous conduire d'abord à considérer que la modeste reprise américaine est exclusivement la conséquence très passagère d'un afflux colossal de monnaie fabriquée par la banque centrale américaine sans que véritablement l'économie réelle ne soit sortie de son impasse.
Le Financial Times du 28 février publie un article de Robert Reich, professeur à Berkeley, qui remarque que compte tenu de l'effondrement des valeurs de l'immobilier aux Etats-Unis, et de la diminution des salaires, il est tout à fait improbable que ce pays puisse bénéficier rapidement d'une reprise solide.
Par ailleurs, l'Europe, comme les Etats-Unis, par des biais différents mais finalement avec des résultats assez semblables, crée des quantités hallucinantes de monnaie, ce qui entretient l'illusion d'une reprise artificielle et prépare l'explosion des bulles spéculatives futures.
Les Etats-Unis créent de la monnaie directement et sans vergogne en permettant à leur banque centrale d'acheter directement au Trésor public quelques milliers de milliards de dollars de bons du Trésor.
L'Europe fait, en réalité, la même chose mais de manière beaucoup plus hypocrite puisque, officiellement, la Banque centrale européenne n'a pas le droit d'acheter des bons du Trésor directement aux Etats au moment de leur émission. En réalité, la Banque centrale européenne a acheté de l'ordre de 200 milliards d'euros de bons du Trésor sur le marché secondaire, parfois quelques minutes après leur émission et presque aussitôt après qu'ils aient été achetés une première fois par des banques.
Par ailleurs, la Banque centrale européenne inonde les banques commerciales de prêts à 1% à trois ans. Cette liquidité permet aux banques de racheter des bons du Trésor avec des marges très confortables et j'ai déjà dénoncé le scandale qui consistait à financer les banques à 1%, lesquelles recyclent cet argent à plus de 4% auprès des Etats.
Toutes choses égales par ailleurs et même si les mécanismes sont différents, le financement de bons du Trésor par les banques centrales directement ou indirectement, représentent des montants similaires : les Etats-Unis bénéficient des souscriptions de la Fed à hauteur jusqu'à présent d'environ 1 700 milliards de dollars tandis que les financements de la Banque centrale européenne vis-à-vis des banques atteindront un montant du même ordre avec l'allocation de ce jour, 29 février, dont une grande partie est recyclée par les banques en achat de bons du Trésor.
Une menace tout à fait nouvelle pointe à l'horizon plus redoutable encore : celle de la crise chinoise qui peut provenir soit du retournement de la conjoncture immobilière dans ce pays où les excès du capitalisme vont infiniment plus loin qu'en Europe ou aux Etats-Unis soit d'une catastrophe financière qui peut survenir à tout moment dans la galaxie glauque de l'intermédiation financière underground, dans un pays où d'immenses mouvements d'argent se font hors du système établi par un jeu de rapprochement entre les prêteurs et les emprunteurs qui permet parfois de faire transiter des opérations d'un niveau financier hallucinant par le seul téléphone portable d'un courtier autoproclamé.
Aucune question financière n'a été réglée depuis le début de la crise : la réglementation bancaire n'a pas significativement évolué, et nous en sommes encore à attendre l'adoption de la « Volcker rule » aux Etats-Unis, c'est-à-dire l'interdiction faite aux banques de mener pour leur propre compte des opérations spéculatives au mépris de l'intérêt de leurs clients.
Le secteur de l'immobilier ni aux Etats-Unis, ni en Europe, est encore loin d'avoir été purgé de ses folies spéculatives. Aux Etats-Unis, combien de milliers de milliards de dollars faudra-t-il encore pour effacer les fantômes comptables des subprimes ? A Paris, quand les agents économiques arriveront-ils à comprendre que la montée des prix jusqu'au double ou au triple de la capacité financière de la quasi totalité des acheteurs potentiels ne peut conduire qu'à une crise brutale aux conséquences terribles ?
Chaque printemps apporte son lot d'illusions mais tant que nous n'aurons pas réglé les problèmes de base, tant que nous ne nous serons pas attaqué à la structure d'une machine financière devenue folle, nous n'aurons aucun espoir de sortir de la crise.
Et même lorsque nous aurons compris cela, il nous faudra tout de même quelques années d'efforts pour voir la situation s'améliorer.
Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/02/2012
Bis repetita non placent
La passion électorale entraîne parfois un candidat très au-delà du raisonnable.
Ainsi, après la censure par le conseil constitutionnel de la loi électorale relative à la répression des opinions sur le génocide arménien, Nicolas Sarkozy demande une nouvelle loi... afin de maintenir sa supposée popularité dans la communauté française d'origine arménienne.
C'est véritablement lamentable.
C'est se moquer de la communauté arménienne, de la mémoire de la tragédie de leur peuple que de vouloir, la veille d'une élection inscrire l'histoire dans la loi et réprimer toute opinion qui ne serait pas parfaitement conforme. La loi, telle qu'elle est, permet de réprimer les injures contre les peuples sans qu'il soit besoin de censurer le délit d'opinion et surtout de satisfaire cette obsession de Nicolas Sarkozy contre la Turquie à cause de laquelle ce pays qui était déjà l'allié de la France sous le roi François Ier, qui a longtemps été l'un des plus francophiles d'Europe est devenu la cible de tous nos sarcasmes, je n'ose pas dire notre tête de …
Très sensible aux questions de génocide au point de m'indigner de toute récupération électorale, trop respectueux de l'histoire pour qu'elle fût confisquée par un législateur mal inspiré, trop épris de liberté pour admettre que la loi puisse dicter nos opinions dès lors qu'elles ne troublent pas l'ordre public, j'ai bien entendu avec cent cinquante autres parlementaires de tous bords signé le recours au Conseil constitutionnel.
Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/02/2012

World Bank

23/02/2012
World Bank
Ce n'est pas sans une certaine surprise mais avec un plaisir certain que j'ai lu dans la presse la proposition de Madame Sheik Hasina, Première ministre du Bangladesh, de nommer son compatriote, le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, comme président de la Banque mondiale.
Madame Hasina et son gouvernement avaient manifesté beaucoup de zèle il y a quelques mois pour que les statuts de la Grameen Bank soient appliqués de manière très stricte s'agissant en particulier de la limite d'âge qu'avait atteint, sans qu'il ait demandé de dérogation, son fondateur Muhammad Yunus.
Du micro-crédit à la banque planétaire, ce serait vraiment un saut qualitatif exceptionnel et, comme on dit maintenant, un signe pour le monde de ce que la finance s'intéresse enfin aux pauvres et pourrait même aller jusqu'à prêter à ceux qui en ont le plus besoin...
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 23/02/2012
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