Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   
Sans tambour, ni trompettes !
Retour d'Irak à la nuit, discrètement, sans cérémonie, sans tambour, ni trompettes. Des dizaines de milliers de morts, moins de cinq mille côté américain, des dizaines de milliers côté irakien.
Il nous faudra sans doute attendre le jugement de l'histoire sur une guerre qui a en tout cas contribué à précipiter la crise que nous traversons en aggravant terriblement le déficit budgétaire américain, après celle de Corée et du Vietnam.
La guerre d'Irak a été jugée injuste et a suscité la réprobation générale des Nations-Unies, celle d'Afghanistan a, au contraire, été approuvée presque unanimement par la communauté internationale.
Je pressens pourtant que la guerre d'Afghanistan va se terminer ainsi : sans tambour, ni trompettes.
La différence est que paradoxalement la situation en Irak est probablement plus solide qu'en Afghanistan et qu'en tout état de cause le régime de la minorité sunnite de Saddam Hussein ne reviendra pas au pouvoir, tandis que ni le terrorisme islamiste, ni les manoeuvres de l'Iran n'ont de chance de s'imposer.
En Afghanistan, au contraire, le régime islamiste va reprendre le pouvoir dans les semaines ou les mois qui suivront le départ de nos troupes tandis que nous avons contribué à déstabiliser gravement le Pakistan.
La géopolitique n'a rien à voir avec la morale malheureusement.
Une conclusion s'impose pour les Etats-Unis et l'Occident : nous ne pourrons jamais plus faire la guerre au bout du monde sans trop savoir pourquoi et c'est plutôt une bonne nouvelle.
Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/12/2011
2 août 1914, Marcel Proust prophète...
La guerre de 14, sans doute la véritable première guerre mondiale, a été déclarée entre la France et l'Allemagne, le 3 août 1914. Il n'est que de lire les journaux de l'époque, les débats parlementaires ou la littérature qu'ont inspiré ces journées fatidiques pour comprendre que personne n'imaginait une tuerie à millions de victimes et n'avait réalisé l'échelle planétaire de cette guerre qui embraserait les grandes nations d'Europe et par là leurs empires respectifs dans le monde entier.
Le dimanche 2 août au soir, Marcel Proust écrit dans une lettre à son parent, banquier et ami, Lionel Hauser, cette phrase véritablement prophétique : « Quand je pense que des millions d'hommes vont être massacrés dans une Guerre des Mondes comparable à celle de Wells, parce qu'il est avantageux à l'empereur d'Autriche d'avoir un débouché sur le Mer Noire », ou encore : « J'espère encore, moi qui ne suis pas croyant, un suprême miracle qui arrêterait à la dernière seconde le déclenchement de la machine omni-meurtrière ».
Quelques ignorants peuvent penser que Marcel Proust était un homme du passé, un snob attaché aux vanités d'un monde en extinction, un bourgeois jouissant égoïstement de sa fortune ou encore un esthète reclus dans ses pensées et ignorant les malheurs de son temps.
Il nous démontre superbement le contraire en quelques mots d'une lettre dont l'objet principal est d'ailleurs de s'interroger sur la décision qu'il doit prendre dans des placements boursiers (« 200 Tramways de Mexico », Marcel Proust a toujours eu un faible pour les placements exotiques mais terriblement hasardeux qui contribueront à le ruiner mais dont les noms évocateurs n'ont jamais cessé de l'enchanter...).
Ces phrases sont véritablement extraordinaires :
« une guerre des mondes » est peut-être la première apparition de cette appellation qui viendra beaucoup plus tard de « guerre mondiale » ;
« des millions d'hommes », est aussi prophétique puisque les armées françaises ont perdu moins d'un million d'hommes dans les guerres napoléoniennes et que la guerre de 1914-1918 en tuera près de 1 500 000 et que personne n'imaginait un tel carnage en août 1914.
« machine omni-meurtrière » est peut-être encore plus extraordinaire puisque tout à la fois Proust évoque une mécanique qui échappe aux hommes qui l'ont imaginée puis construite et ses conséquences morbides pour tout ce qui l'entoure. Il faudra attendre la guerre froide et la peur qu'inspirera l'arme nucléaire pour que de telles expressions apparaissent dans notre vocabulaire et que de tels concepts inquiètent nos esprits.
Je pourrais encore relever qu'en 1906 Proust commence à écrire son oeuvre fondamentale où la relativité du temps, la révolution de la société et de l'esthétique sont les thèmes essentiels. Roland Barthes a, dans une étude décisive, évoqué et daté ce moment où, dit-il, « la mayonnaise prend ».
1906, c'est l'année où l'histoire s'accélère avec les grandes grèves en France, où la science invente un univers nouveau avec la théorie einsteinienne de la relativité, l'année ou Cézanne peint « Les Grandes Baigneuses » et Picasso « Les Demoiselles d'Avignon » ».
On ne le dira jamais assez : Proust est sans doute à la recherche du temps perdu mais il est plus que tout autre, non seulement un homme de son temps, mais un des rares qui font avancer leur temps.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/12/2011

U-turn

13/12/2011
U-turn
Le Financial Times du 13 décembre s'étonne de la volte-face (en anglais U-turn) de Sarkozy à propos de la dégradation désormais inévitable du fameux AAA français par les agences de notation.
Ce journal, sérieux et objectif, remarque qu'il n'y a pas si longtemps le gouvernement et le président de la République française qualifiaient ce triple A de « trésor national » qu'ils allaient réussir à défendre quoi qu'il arrive et notamment par ce fameux accord du 9 décembre supposé garantir à la France la conservation de son crédit et la préservation de son capital de confiance dans le monde mouvant de la finance.
Aujourd'hui, le président de la République nous explique, par une de ces volte-faces dont il a le secret, que la dégradation de notre note n'est pas un événement catastrophique et que nous pouvons en tout cas surmonter cette épreuve.
Au train où vont les choses, dans trois jours on accusera les agences de notation de dire n'importe quoi et, dans une semaine, on nous dira que tout cela n'a aucune importance.
Il y a encore une semaine, c'était la gauche qui allait nous faire perdre, le lendemain de son arrivée au pouvoir le fameux triple A, tandis que le maintien du président et de la majorité actuelle était le seul moyen de la conserver. C'est aujourd'hui évidement sous le règne de ce président et de ce gouvernement que nous allons perdre cette notation sans que la gauche y soit manifestement pour rien, ce qui n'empêchera pas l'UMP de nous en rendre responsables. Il nous reste à espérer que le peuple exercera son jugement avec lucidité sur cette volte-face comme sur quelques autres.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 13/12/2011
Un nom bien peu « euphonique »
Puisque nous en sommes à Proust, le nom d'un candidat à l'investiture républicaine pour les présidentielles américaines – Newt Gingrich – me rappelle une remarque assez spirituelle, même si elle est injuste, d'un célèbre personnage de la « Recherche du temps perdu ».
Dans une scène mondaine, la princesse des Laumes, Oriane de Guermantes, se moque sans pitié du patronyme de la Marquise de Cambremer... Son ami Charles Swann fait un peu d'esprit facile en relevant que la première syllabe de ce nom - « cambr...» - est la même que celle du fameux Général Cambronne, tandis que la finale évoquerait plutôt le début du mot qui aurait été héroïquement prononcé par ledit Général défiant les Anglais à la fin de la bataille... Un autre personnage défend la famille Cambremer en remarquant que c'est une très ancienne famille, mais la princesse conclut en assénant que c'est peut-être ancien mais çà n'est pas « euphonique ».
De la même manière, on m'explique que Monsieur Newt Gingrich est un vétéran de la politique américaine, ce qui est très certainement vrai mais, en même temps, je constate que son nom est assez difficilement prononçable, bref et c'est le seul point commun qu'on puisse lui trouver avec la marquise de Cambremer, née Legrandin, personnage plutôt antipathique de Proust, son nom n'est pas « euphonique ».
D'ailleurs, Newt Gingrich est né « Newton Leroy Mac Pherson ». Mais ses parents, âgés respectivement de 16 et 19 ans, se sont séparés quelques jours après sa naissance, et il a été adopté par Robert Gingrich qui épousa sa mère trois ans après sa naissance.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 13/12/2011
Marcel Proust et le conseil général de la Corse
Marcel Proust, à la différence de tant de grands écrivains français, tels Victor Hugo, Balzac ou Flaubert , n'a jamais mis les pieds en Corse.
Nous sommes donc privés du regard proustien sur le coucher de soleil aux îles Sanguinaires ou les sommets du Niolu aperçus de très loin et dansant comme les clochers de Martinville...
Pourtant, Marcel Proust fait dans sa correspondance une allusion remarquable au Conseil général de la Corse dont je n'ai pu m'empêcher de rechercher la signification.
Le 24 septembre 1904, Marcel Proust écrit, dans une lettre à sa mère, la phrase suivante :
« J'ai admiré Emmanuel Arène cédant la présidence du Conseil Général Corse pour ne pas voter un buste de Napoléon comme grand homme Corse dans la salle du Congrès ».
La correspondance de Marcel Proust nous est connue grâce à un professeur de littérature à l'Université d'Urbana-Champaign dans l'Illinois qui lui a consacré sa vie : Philip Kolb.
Il lui a fallu retrouver des milliers de lettres, les déchiffrer (Proust écrivait comme un chat), les dater (il ne le faisait jamais...), les situer dans leur contexte pour permettre au proustien, chercheur ou simple amateur mais toujours passionné, de mieux comprendre l'oeuvre du plus grand écrivain du XXème siècle.
Proust était un esprit éclairé et loin d'être un nostalgique du temps passé ou un snob, il était tout au contraire toujours en avance sur son temps et à l'affût de toutes les nouveautés politiques, culturelles, artistiques et même scientifiques.
On pourrait consacrer une vie à la vision historique et politique de Proust et ce qu'il a écrit la veille même de la Première Guerre mondiale sur ce que serait cette immense et stupide tuerie, révèle un véritable génie de l'anticipation. Il fut, par ailleurs, le premier des partisans de Dreyfus et n'hésita pas une seconde à prendre sa défense quand toutes ses relations mondaines accablaient le capitaine, injustement accusé.
Peu d'évènements de l'actualité échappaient à la vigilance de Proust, pas même ce qui pouvait se jouer d'important au Conseil général de la Corse.
Les commentaires de Philip Kolb sur cette lettre m'ont mis sur la piste de cette intéressante affaire :
« 9. Voir Le Figaro du samedi 24 septembre 1904, page 3 : « Nouvelles diverses […] Les grands Corses. - Ajaccio – M. Stephanopoli avait demandé au Conseil général que le buste de Napoléon fût installé dans la salle des séances, que décorent déjà ceux de Sampiero et de Paoli. Aujoud'hui, ce voeu était rapporté favorablement par M. de Caraffa. « J'admire, a-t-il dit, qu'on ait attendu jusqu'à aujourd'hui pour rendre un si légitime honneur au plus grand homme de l'île. » Soucieux d'ôter au voeu de Stephanopoli toute apparence politique, M. Emmanuel Arène, cédant la présidence, demanda la nomination d'une commission qui eût pour rôle de recruter dans l'histoire corse les hommes dignes, eux aussi, de présider en buste aux débats. Et le conseil se prononça dans ce sens ».
J'ai demandé le texte du compte-rendu de cette séances aux archives départementales afin de bien confirmer la lecture qu'en faisait Le Figaro et, en effet, les choses se sont déroulées ainsi.
Aujourd'hui, chacun peut constater que les grands hommes de la Corse dont les bustes figurent dans la salle du Conseil général à Ajaccio sont effectivement Napoléon, Sampieru Corsu, Pascal Paoli mais aussi Jean-Pierre Gaffory (mon honorable ancêtre...), Sambuccuciu d'Alandu qui n'est probablement qu'un personnage mythique et quelques autres...
Cependant, si Proust s'est intéressé à cette actualité, c'est qu'il connaissait très bien Emmanuel Arène, « U Rè Manuele », comme on l'appelait à Ajaccio, lequel était lié d'ailleurs à mon arrière grand-père, Marius Giacobbi qui siégeait à la Chambre des députés depuis 1898.
La correspondance de Proust, toujours admirablement inventoriée par Philip Kolb, nous permet de nous faire une idée de ces liens.
En 1908, dans une lettre du 25 avril à Madame Gaston de Caillavet, Proust fait allusion au « Roi », pièce de Flers, Caillavet et Emmanuel Arène, jouée pour la première fois en 1908, l'année même de la mort d'Emmanuel Arène. Robert de Flers et Gaston de Caillavet étaient des amis de Proust et c'est sans doute par là que notre grand écrivain connaissait Emmanuel Arène, par ailleurs une des plumes les plus alerte du Figaro où il était éditorialiste et critique dramatique (Robert de Flers lui succédera par intérim comme critique dramatique à la suite de sa mort).
Proust a beaucoup écrit dans Le Figaro et le premier volume de la « Recherche du Temps perdu », « Du côté de chez Swann », est dédié « à Monsieur Gaston Calmette comme un témoignage de profonde et affectueuse reconnaissance ». Gaston Calmette fut le directeur du Figaro à partir de 1903. Il devait être assassiné en 1914 par l'épouse de Joseph Caillaux (lequel était le parrain de l'un de mes oncles) parce qu'il avait lancé une campagne assez ignoble contre lui.
Gaston Arman,dit Gaston de Caillavet, était le fils de Léontine Arman, dite de Caillavet, laquelle était la compagne d'Anatole France. Proust les connaissait très bien et c'est lui qui fera signer à l'illustre Anatole France la première pétition défendant l'innocence du capitaine Dreyfus. Pour l'anecdote, Madame Arman était réticente et aurait dit à son compagnon « mais enfin mon ami, vous allez nous brouiller avec les Félix Faure ! »... Félix Faure était président de la République et convaincu de la culpabilité de Dreyfus.
Marcel Proust était un ami de jeunesse de l'une des filles de Félix Faure, Antoinette, qui l'invitera à répondre au jeu du « questionnaire », jeu anglais en vogue à l'époque (« an album to record thoughts, feelings etc... »).
Par ailleurs, Proust fut peut-être amoureux de Jeanne Pouquet, la fiancée puis l'épouse de Gaston de Caillavet, dont il se serait inspiré, entre autres, pour le personnage de Gilberte Swann dans la « Recherche du temps perdu ».
Proust trouvait la pièce « le Roi » de Flers, Caillavet et Arène « très drôle » voire « admirable ». Elle est pleine d'allusions et d'anecdotes politiques dont certaines pourraient être actuelles. Ainsi, vers la fin de la pièce, un gouvernement est en train de se constituer dans un salon mondain et on évoque un possible ministre : « C'est un très bon socialiste » dit un personnage, « oui mais sans fortune... » réplique une dame du monde ! La « gauche caviar » n'est pas une invention des années quatre-vingts...
Proust retrouvait parfois M. et Madame Emmanuel Arène à Cabourg, au Grand-Hôtel, comme ce fut le cas en août 1907, et fréquentait très régulièrement Robert de Flers et Gaston de Caillavet.
Etant un lecteur de l'oeuvre de Proust et de sa correspondance et, à ma manière, un amateur indépendant, curieux de tout ce qui touche à la véritable littérature, je pourrais continuer longtemps sur ce thème, tant cette anecdote est révélatrice des liens de Proust et de la politique de son temps.
En tout état de cause, je vais conseiller au président du Conseil général de Corse-du-Sud, si un jour s'écrit une petite histoire du Palais Lantivy, de relater cette anecdote où la plus grande littérature apparaît dans notre chronique ajaccienne.
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