Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   
Les statistiques des professeurs Rogoff et Reinhart contre la « tradition » keynésienne
En économie, il faut toujours faire attention aux statistiques.
Elles sont généralement exactes mais la manière dont on les analyse est souvent contestable.
Les professeurs Rogoff et Reinhart ont publié de remarquables travaux qui montrent une corrélation évidente entre le fait pour un pays d'être relativement vertueux sur le plan budgétaire et le taux de croissance à moyen et long terme dans ce pays.
Un pays proche de l'équilibre sur dix ans semble avoir un taux de croissance sur la même période largement supérieur à celui d'un pays qui connaît un déficit structurel de ses finances publiques.
Il s'agit donc d'une corrélation très clairement établie pratiquement pour le monde entier, tous les types d'économie et sur de très larges périodes de l'histoire.
Pour autant, une corrélation ne démontre jamais une causalité, sinon il est facile de prétendre que ce qui entraîne des turbulences pour un avion en vol, c'est l'allumage des panneaux « Attachez vos ceintures »...
Les keynésiens disent a priori le contraire. Ainsi, Paul Krugman fustige-t-il la recherche de l'équilibre budgétaire, pourtant bien timide aux Etats-Unis et dans la plupart des pays européens, en démontrant qu'elle entraîne une récession durable, une baisse des recettes fiscales et, en définitive, un cercle vicieux où le déficit reste important et la croissance toujours aussi faible.
La théorie keynésienne n'aborde pas le sujet.
Keynes se contente de remarquer qu'à court terme une action déterminée de « deficit spending » est, dans bien des situations, le seul moyen de retrouver un équilibre que les mécanismes du marché ne rétablissent pas spontanément.
Avant d'élaborer sa théorie générale (Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie), Keynes a d'abord étudié une situation concrète, celle de l'immédiat après-guerre de 1919 (dans son ouvrage Les conséquences économiques de la paix).
Je crois qu'il en est du déficit budgétaire à fin de relance comme de beaucoup de médicaments : ils sont efficaces, parfois indispensables, dans des cas précis, pour vous sortir d'une crise aiguë, ils sont plus rarement des panacées et leur utilisation sur le moyen et long terme est le plus souvent dangereuse.
Ainsi, la morphine est-elle très efficace pour effacer la douleur. Pour autant, il ne viendrait à personne l'idée de l'administrer chaque jour, de la naissance à la mort, pour débarrasser l'humanité de la malédiction de la souffrance...
C'est pourtant ce à quoi nous invitent les partisans de la création monétaire sans limite en faisant souscrire tous les bons du trésor émis dans la zone euro par la BCE...
Certains « économistes » prétendent même que grâce à ce remède miracle, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se portent merveilleusement bien, ce qui est bien mal connaître la situation de ces pays.
S'il suffisait de cette solution, équivalent contemporain du miracle de la multiplication des pains, pour régler tous les problèmes économiques de ce monde, il faudrait l'appliquer systématiquement. Par exemple pour la famine ou le SIDA en Afrique, créez quelques centaines de milliards de dollars par an et on n'en entendra plus parler !
Plus sérieusement, une des raisons pour lesquelles cela ne marche pas, c'est que pour obtenir une relance, il faut que l'argent créé aille à ceux qui en ont besoin et qui l'utiliseront en consommant ce qui probablement permettra une relance économie et pas nécessairement d'inflation sensible à court terme puisque l'appareil de production était préalablement en surcapacité. C'est ce que proposait Keynes et c'est ce qu'a mis en oeuvre Roosevelt avec le New Deal.
En revanche que faisons-nous réellement si nous faisons fabriquer de la monnaie par la BCE : nous permettons aux Etats de donner de l'argent aux banques, quand nous ne le donnons pas directement.
La BCE a prêté à 1% ou moins les mille de milliards d'euros aux banques , et deux cents milliards aux pays regroupés sous le désagréable acronyme de PIIGS (Portugal, Italy, Irland, Greece, Spain) pour leur permettre d'honorer leurs échéances auprès... des banques.
Dès lors que l'argent créé va exclusivement au secteur financier, directement ou indirectement, il ne contribue en rien à la relance, même si cette opération évite l'effondrement.
Dès lors, la croissance de la masse monétaire détenue par les marchés financiers provoque une inflation sur les biens que ce monde de la finance apprécie : les valeurs spéculatives, c'est-à-dire l'or, le pétrole , l'immobilier, les actions d'entreprise etc...
C'est ainsi qu'à l'occasion de la crise, l'or a atteint 1 700 $ l'once, que l'immobilier ne s'est pas totalement effondré, que les marchés financiers restent encore élevés malgré des perspectives de bénéfices très faibles et que le pétrole se maintient aux alentours de 100 $ le baril.
N'opposons donc pas les statistiques et la théorie keynésienne, d'autant moins que Keynes fut un remarquable homme d'affaires, un extraordinaire analyste des réalités de son temps et un gouverneur de la banque centrale d'Angleterre que l'on aurait du mieux écouter à Bretton-Woods !
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 30/11/2011
« Une dette élevée et une croissance faible constituent un mélange toxique »
C'est le titre d'un article publié, le 29 novembre 2011, dans le Financial Times : « High debt and low growth add up to a toxic cocktail » par Satyajit Das qui, avec un nom pareil, doit être originaire du West Bengal !
L'Espagne a un niveau de dette relativement faible, en tout cas nettement inférieur à celui de l'Allemagne ou de la France, mais s'enfonce dans la récession et le chômage et les taux d'intérêt de ses emprunts d'Etat sont proches de 7%.
La France et l'Allemagne ont un niveau de dette publique par rapport à leurs PIB respectifs tout à fait comparable mais l'Allemagne se porte mieux que la France et emprunte presque deux fois moins cher parce qu'elle a une croissance meilleure et possède encore un secteur industriel manufacturier qui contribue pour 30% à son PIB alors que celui de la France ne représente plus que 15%, d'où d'ailleurs un commerce extérieur fortement excédentaire en Allemagne et dramatiquement déficitaire en France.
Cependant, bien d'autres paramètres sont à prendre en considération : le Japon s'accommode d'une dette à 200% du PIB parce que les japonais souscrivent massivement au financement de cette dette par l'épargne qu'ils apportent à la poste. De ce fait, le Japon ne dépend pas des marchés mais du peuple japonais et de son épargne pour financer son déficit public.
La crise de la dette dans la zone euro fait baisser notre monnaie européenne sur le marché des changes, ce qui fait remonter mécaniquement les taux d'intérêts des emprunts publics, tandis que les anticipations sur l'évolution du dollar sont stables, voire à une certaine hausse, d'où des taux d'intérêt qui se maintiennent très bas.
La crise actuelle de l'euro retarde de longues années, voire de décennies, la perspective de voir notre monnaie s'approcher d'un statut international, voire planétaire. Grâce à cela, un dollar qui objectivement devrait être en chute libre, compte tenu du double déficit de la balance commerciale et du budget des Etats-Unis, se maintient et même se refait une santé, pour ne pas dire une réputation.

Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 30/11/2011
Bizarre... Bizarre... Comme c'est bizarre...
La New York Review of Books n'est pas un journal à scandale, une officine diffusant des rumeurs infondées mais avant tout, comme son nom l'indique, une revue présentant des critiques et des commentaires sur les livres qui paraissent.
J'ai déjà eu l'occasion de citer cette revue dans ce blog et, plus particulièrement un article remarquable de Wyatt Mason « Uncovering Céline » à propos de la censure absurde de cet immense écrivain.
Je viens de lire l'article très précis de Edward Jay Epstein publié dans le dernier numéro de la New York Review of Books. La presse française en parle beaucoup mais je soupçonne beaucoup de journalistes français de ne pas l'avoir lu et de s'être contenté des dépêches d'agence et des commentaires de l'un des avocats de DSK.
Cet article relate des faits incontestables, nous apprend un certains nombre de détails... bizarres : qui a désactivé ou détruit le Blackberry de DSK dont ce dernier soupçonnait qu'il pouvait avoir été piraté ? Pourquoi Miss Diallo est-elle entrée et sortie successivement d'une chambre voisine de la suite présidentielle de DSK alors que cette chambre était occupée par une personne dont le Sofitel ne veut pas, au nom du secret professionnel, donner l'identité ? Pourquoi deux cadres de la société Sofitel ont-ils littéralement dansé de joie pendant trois minutes dès lors qu'ils ont su que la décision avait été prise de prévenir la police ?
L'article est très précis, voire méticuleux. Il ne suggère aucun complot, se contente de relever des faits troublants et s'étonne que l'enquête n'ait pas été complétée sur ces points.
Je ne crois pas personnellement à un complot venant de France pour la bonne et simple raison que l'intérêt des « comploteurs » - c'est-à-dire de l'UMP – aurait été de ne provoquer aucun scandale avant que les primaires de gauche n'aient désignées DSK comme candidat mais, en revanche, de faire éclore un scandale après. Encore que ...
Quoi qu'il en soit, il serait utile que nous en ayons le coeur net comme il est indispensable que l'enquête sur le Carlton de Lille aille jusqu'au fond des choses.
En tout cas, l'article est remarquable par sa précision et son honnêteté... des qualités que l'on ne trouve plus que très rarement dans la presse française.
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 28/11/2011

Matisse

28/11/2011
Matisse
S'il y a quelque chose d'essentiel à retirer de la visite de l'exposition consacrée, au Grand Palais, à une reconstitution de la célèbre collection Stein, c'est bien qu'elle met en évidence la parenté artistique de trois géants : Matisse, Cézanne, Picasso.
Matisse est cité en premier dans le titre de l'exposition pour la seule raison que la famille Stein a acheté beaucoup de toiles de Matisse, nettement moins de Picasso et finalement d'assez rares Cézanne.
L'influence de Cézanne sur toute la peinture moderne est bien connue et j'ai eu l'occasion de l'évoquer dans ce blog. Les échanges entre Matisse et Picasso sont aussi bien connus, mais je voudrais souligner que Matisse est un des seuls peintres contemporains que Picasso ait traité avec considération. Il sous-entendait que Braques l'avait plagié (« Braques, c'est Madame Picasso »), et collectionnait les oeuvres anciennes plutôt que les contemporains. Mais il appréciait Matisse et leur relation complexe et fructueuse apparaît bien dans cette exposition.
Matisse est très apprécié, et depuis longtemps, aux Etats-Unis et j'avais été ébloui en juillet dernier, lors d'un très bref passage à New York, d'admirer une magnifique collection de Matisse, celle des Cone Sisters de Baltimore, exposée au Jewish Museum.
L'oeuvre de Matisse est très diverse et il est assez difficile, surtout pour un amateur comme votre serviteur, de suivre son cheminement. Cependant, c'est un peintre immense qu'il faut voir et revoir.
Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 28/11/2011
Où est passé le Fonds Européen de Stabilité Financière ?
En ces temps d'effondrement des finances publiques européennes, ce que j'avais appelé dans diverses notes et interventions au Parlement, il y a déjà plusieurs années, la phase deux de la crise mondiale, on nous parle beaucoup de ce qu'ont déjà fait les Etats de la zone Euro avec ce fameux FESF doté de mille milliards d'euros de capital et susceptible de prêter durablement et à des taux extraordinairement bas les fonds nécessaires aux Etats impécunieux afin de leur permettre de survivre et de déjouer les méchants spéculateurs.
Les commentateurs qui, en bons commentateurs, se contentent de commenter sans jamais s'interroger sur le point de savoir si les informations ou les faits qu'ils commentent sont exacts, comparent cet engagement des Etats de la zone Euro et la pusillanimité de la Banque centrale européenne, incapable selon eux d'agir puissamment et rapidement comme le fait la Fed américaine qui achète à tour de bras et, en tout cas, par centaines de milliards de dollars les bons du Trésor des Etats-Unis d'Amérique.
Nous avons même entendu le président de la République française se réjouir de la réactivité des Etats de la zone Euro, sous-entendant qu'il fallait reconnaître sa force de conviction qui aurait permis de mettre en place le fameux FESF, de le doter de mille milliards d'euros de capital et de contribuer à sauver ce continent perdu de la finance qu'est aujourd'hui notre pauvre Europe.
Cependant, lorsque l'on va à la recherche du trillion d'euros, des fameux mille milliards d'euros du FESF et du taux d'intérêt extraordinairement bas auquel il est censé prêter aux budgets en déroute, on se rend compte que la réalité est très éloignée du rêve. Le fameux FESF existe bien, il a prêté effectivement à ce jour 6,6 milliards d'euros à l'Irlande, à un taux de 5,9% pour la première tranche et de 3,79% pour la seconde tranche tandis qu'il a prêté au Portugal 5,9 milliards d'euros à un taux de 6,08% pour la première tranche et de 5,32% pour la seconde tranche, ces prêts étant d'une durée de cinq ou dix ans suivant les tranches.
C'est tout. Le total des prêts consentis à ce jour par ce fameux fonds de mille milliards virtuels est, en tout et pour tout, de 12,5 milliards d'euros, à des taux très élevés, certes légèrement inférieurs aux taux auxquels emprunte l'Italie mais plus de trois fois supérieur au taux auquel emprunte l'Allemagne et très supérieur au taux d'escompte de la Banque centrale européenne, à peine supérieur à 1% et au taux des crédits extraordinaires de la BCE aux banques qui s'établit à 1%.
Pour le moment d'ailleurs, le fameux FESF a le plus grand mal à lever lui-même des fonds en émettant des obligations sur les marchés malgré les garanties données par les Etats tandis que l'on n'entend plus beaucoup parler des fameux cent milliards que devaient apporter les chinois, sans parler des cinquante que le ministre indien des finances a évoqué il y a quelques temps comme contribution de son pays à la stabilité financière européenne.
La BCE a acheté infiniment plus de bons du Trésor de la zone euro que le fameux FESF.
La BCE est un organisme très opaque, très avare d'informations sur sa gestion. Il est cependant possible, en observant de manière très attentive les rares communications des oracles de cet organisme qui ne cultive pas la transparence, de constater qu'à la mi-novembre 2011, la BCE avait racheté 187 milliards d'euros d'obligations publiques de la zone Euro, dont la moitié viendrait des Etats grec, irlandais et portugais.
Pour insuffisante ou imparfaite qu'elle soit aux dires des commentateurs, la BCE a acheté quinze fois plus d'obligations publiques que le fameux FESF, encore faut-il préciser que c'est bien la vocation du FESF de le faire et que la souscription de bons du Trésor par la BCE lui est statutairement interdit, tandis que le rachat d'obligations publiques par la BCE sur le marché secondaire est manifestement contraire à l'esprit du traité fondateur de la BCE, lequel s'oppose à toute action qui favoriserait directement ou indirectement l'inflation.
Voilà des faits réels, comptables, incontestables : le Fonds européen de stabilité financière ne joue qu'un rôle marginal, est incapable d'emprunter sur les marchés à un taux raisonnable des fonds suffisants, a prêté à peine plus d'une dizaine de milliards d'euros à ce jour et pratique des taux élevés, tandis que la BCE, avec tous ses défauts, a prêté aux Etats près de deux cents milliards d'euros à des taux nettement inférieurs.
Cela n'empêchera certainement pas notre président de fustiger la BCE et de se réjouir du FESF qu'il a porté sur les fonds baptismaux avec Madame Merkel, oubliant de dire que ni l'un, ni l'autre ne se sont occupés de cet enfant qui est en train de disparaître sans avoir jamais atteint la maturité.
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 22/11/2011
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