Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   
En retard avec les rendez-vous du « printemps arabe », semblant se diluer dans l’alliance Atlantique après la fronde anti-américaine sans lendemain de la guerre d’Irak, affublée pendant quatre ans d’un ministre dépourvu de toute autorité et de la moindre crédibilité, affaiblie par une administration réduite à la disette budgétaire sans parvenir à se redéployer, assujettie à une alliance allemande dont chaque épisode, de l’Union Pour la Méditerranée à la Libye, nous démontre les limites, rendue cacophonique par la multiplication de messages brouillés qui ont renforcé une image d’amateurisme, la voix de la France paraissait se perdre dans le tumulte de l’histoire et s’inscrire dans un inévitable déclin.
Ce qui s’est passé en Libye, même si rien ne garantit le succès final voire que nous éviterons l’enlisement, rend à nouveau la France audible, utile et efficace. Prenant l’initiative non pour se singulariser mais au contraire pour rallier les partenaires en les plaçant devant leurs responsabilités, acceptant des risques calculés dans le cadre d’une action cohérente, donnant le temps indispensable à la négociation collective tout en soulignant l’urgence, notre diplomatie, bien au-delà d’un coup de maitre, a démontré qu’elle avait retrouvé les vertus de cette méthode faite de patience, parfois d’humilité mais toujours de détermination qui confère à une nation moderne une certaine influence internationale.
Ce qui a permis cette résurrection inespérée c’est d’abord un ministre expérimenté, assuré de disposer de tous les attributs de sa fonction, libéré de toutes les voix parasites heureusement réduites au silence. C’est ensuite un chef de l'Etat acculé à retrouver sa crédibilité, celle de la présidence de l’Union Européenne ou de la crise de Géorgie, dans les affaires étrangères. C’est aussi une opposition politique qui a su tenir son rôle dans le cadre d’un consensus vigilant. Ce sont enfin des diplomates à nouveau en confiance, capables de préparer le terrain pour les interventions décisives du politique, sachant que celles-ci viendraient à point nommé.
Tout n’a pas été exempt de maladresses : on aurait pu se passer d’un Bernard-Henri Levy jouant les ambassadeurs officieux et surtout de la reconnaissance prématurée du Conseil National Libyen à un moment où rien ne garantissait le feu vert de l’ONU. Nous avons eu tort de faire croire ainsi à l’insurrection que nous la placions sous notre protection alors que nous ne savions pas encore si nous y serions autorisés. Nous avions le droit de prendre des risques diplomatiques pas de pousser à l’engagement des hommes et des femmes dont nous ne pouvions à ce moment assurer la sécurité. Pour autant et même si nous avons eu aussi de la chance, cette affaire peut marquer un tournant dans notre histoire diplomatique.
Aujourd’hui le plus dur reste à faire et la tâche des forces armées est d’autant plus ardue que leur intervention n’a été autorisée qu’in extremis et peut-être trop tard. Le Caliban libyen, pathétique mais toujours dangereux, peut encore frapper sur son territoire voire bien plus loin et le temps perdu pourrait causer, là-bas et chez nous, de véritables tragédies. Il serait indécent de dire que c'est la victoire d'un homme ou d'un camp : c'est la France qui s'est retrouvée.
Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 29/03/2011
Ma liberté de parole m’a souvent amené à dénoncer les lacunes de l’application des lois dans notre île lorsqu’il fallait les déplorer.
Aujourd’hui, cette même liberté me conduit à témoigner que l’action des forces de l’ordre, sous votre autorité et celle, indépendante, de la justice, s’exerce dans notre île avec une rigueur appropriée, juste, en un mot républicaine.
Ce qui s’est passé dimanche soir dans le village de Saint-André-de-Cotone nous rappelle cruellement que l’on ne peut tout prévenir, mais qu’il est essentiel d’employer les moyens nécessaires pour parvenir dans cette affaire, comme dans les autres, à la manifestation de la vérité.
Les Corses réprouvent la violence autant que les autres Français, et leurs élus savent en débattre avec courage ; ils l’ont encore fait il y a quelques semaines à l’Assemblée de Corse.
Par ailleurs, même s’il se dit que le crime perpétré à l’encontre d’un proche collaborateur, d’un élu fidèle et surtout d’un ami très cher, au soir d’une journée électorale, dans la maison même de la victime, sous les yeux de son épouse, pourrait être un avertissement qui me serait destiné, je ne changerai ni les habitudes d’une vie réglée et limpide ni les orientations de mon action politique, et je continuerai de m’exprimer ici et ailleurs en toute liberté.
Il a fallu d’abominables tragédies pour que la République étende enfin ses lois à la Corse avec égalité et fermeté. Il faudra encore du temps, du courage et de la continuité dans l’action pour ramener la Corse au cœur de la République.
Bien des choses avancent en Corse : le rattrapage de notre retard historique en équipements publics grâce à la contribution décisive de l’État, l’émergence d’une économie moderne, parfois à la pointe du progrès, la mise aux normes les plus exigeantes de nos filières de production, l’affirmation concrète de l’autonomie politique que la loi nous a conférée et qui devra encore progresser, la promotion d’une identité linguistique et culturelle dont nous avons lieu d’être fiers.
Ce sont à ces progrès que la violence s’oppose, avec le silence de la peur qui l’entoure et tous les faux-fuyants qui prétendent la justifier. Ce sont ces progrès que notre République rendra possibles, monsieur le Premier ministre, en continuant d’agir avec détermination.
Commentaires (7) | Rédigé par Paul Giacobbi le 23/03/2011
S'il est désormais trop tard pour organiser des frappes aériennes cîblées destinées à empêcher le colonel Khadafi d'attaquer, avec ses avions ou ses frégates, des insurgés pratiquement désarmés, il faut être conscient que l'attitude occidentale consistant à la fois à encourager l'insurrection et à l'abandonner dès que les choses ont mal tourné va de manière désormais inévitable conduire à un massacre épouvantable à Benghazi.
Trois remarques s'imposent :
premièrement, les forces libyennes qu'il fallait anéantir ou réduire à l'impuissance sont dérisoires : une vingtaine d'avions de chasse, disposant de deux bases aéroportuaires, deux frégates, quelques dizaines de chars. De surcroît, l'essentiel de ces forces se déploie à très faible distance du littoral, de telle sorte qu'il eut été militairement très facile de les détruire sans même que les forces occidentales aient besoin de survoler le territoire libyen.
Deuxièmement, le monde arabe a été plus courageux que l'Occident puisque la Ligue arabe a demandé officiellement et publiquement l'instauration d'une zone d'interdiction aérienne sur la Libye, ce que ni l'Union européenne, ni l'OTAN n'ont eu le courage de faire.
Troisièmement, puisque l'Occident n'avait pas l'intention d'agir militairement pour protéger l'insurrection, il est criminel de l'avoir encouragée, de lui laisser entendre qu'on la protégerait en combattant le colonel Khadafi. Des militaires libyiens, des civils se sont joints à l'insurrection persuadés par de bonnes paroles et des déclarations enflammées que les puissances occidentales les protégeraient d'une contre-offensive du dictateur de Tripoli. Nous les avons envoyés au massacre en les trompant sur nos intentions et en cela, les puissances occidentales se sont rendues complices des crimes qui vont être perpétrés.

La France a défendu certes une position relativement offensive. Mais en subordonnant toute intervention à l'accord préalable du conseil de sécurité des Nations Unies, elle savait par avance qu'il ne pourrait y avoir aucune suite à ses rodomontades. Pire encore, en reconnaissant officiellement l'insurrection et son conseil national comme les seuls représentants de la nation et du peuple libyien, elle a implicitement fait croire qu'elle s'engageait à les protéger. L'attitude de l'Allemagne, consistant à dire d'emblée qu'il n'était pas question de reconnaître l'insurrection ou d'envisager une intervention militaire a au moins eu l'avantage de la clarté.
Nous avons trompé les insurgés, nous les avons poussés en avant et nous les abandonnons à leur bourreau.
Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 16/03/2011

Pour Muhammad Yunus

10/03/2011
Lors de mon voyage au Bangladesh, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec le Professeur Yunus (voir lien ci-dessous vers le rapport), en particulier sur l'action de la Grameen Bank et sur sa difficile relation avec le gouvernement du Bangladesh.
La Banque centrale de ce pays ayant décidé, dans des conditions très surprenantes, de le faire licencier de la banque qu'il a fondé, j'ai pris l'initiative de lui écrire pour lui manifester notre soutien au nom des parlementaires qui composaient la délégation et l'informer de ce que je comptais prochainement interroger le gouvernement français sur sa position dans cette affaire.
Voici le texte de la lettre que je lui adresse.

lettreyunus.pdf LettreYunus.pdf  (47.51 Ko)
http://www.paul-giacobbi.org/Compte-rendu-de-la-mission-au-Bangladesh-du-groupe-parlementaire-d-amitie-France-Bangladesh_a605.html

Commentaires (15) | Rédigé par Paul Giacobbi le 10/03/2011

Histoire d'eau...

10/03/2011
Madame Kosciusco-Morizet, ministre de bien des choses et, en particulier, de l'environnement a reçu ce matin les présidents de comité de bassin parmi lesquels votre serviteur. Les comités de bassin réunissent, dans le cadre de chaque agence de l'eau, les élus, les personnalités qualifiées, les associations qui ont à connaître de la gestion de l'eau dans notre pays. S'agissant de la Corse, nous nous efforçons de combler le plus vite possible le retard qui est encore le nôtre dans le domaine de la qualité de l'eau potable et du traitement des eaux usées.
Des progrès considérables ont été réalisés même s'il reste encore beaucoup à faire, mais nous nous heurtons depuis quelques temps à des difficultés financières qui tiennent à la mise en oeuvre par l'Etat des engagements qu'il a souscrit dans le cadre du Programme Exceptionnel d'Investissements (PEI).
Pour résumer à l'extrême, la loi a prévu qu'il était créé un PEI pour que la solidarité nationale, c'est-à-dire l'Etat, finance le rattrapage du retard de la Corse en termes d'équipements publics. S'agissant du traitement des eaux usées, l'Etat s'est engagé par convention à apporter sa part de financement à la construction d'un certain nombre de stations d'épuration. Or, l'Etat n'ayant pas d'argent, a demandé à un établissement public, l'Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA) d'assurer ce financement en ses lieux et places. L'ONEMA est un établissement public qui prélève une partie des ressources des agences de l'eau et qui finance, en mutualisant ces fonds au niveau national, un programme de construction de stations d'épuration qui nous permettra de respecter globalement les normes imposées dans ce domaine par l'Union européenne.
Or, actuellement, l'ONEMA ne parvient plus à satisfaire l'ensemble des demandes et, notamment, celles qui correspondent aux engagements que l'Etat a souscrit au titre du PEI pour la Corse.
Il a été convenu ce matin après discussion, que le budget de l'ONEMA passerait de 108 à 130 ou 140 millions d'euros par an et qu'une partie de ce surplus serait explicitement et spécifiquement réservée au financement des stations d'épuration de Corse dans le cadre du programme convenu avec l'Etat d'exécution du PEI.
Dieu que tout cela est compliqué et technocratique ! Mais défendre les intérêts de la Corse et obtenir que l'Etat tienne ce à quoi il s'est engagé suppose de maîtriser ces détails essentiels et de mener une véritable bataille bureaucratique que le public ignore totalement.
C'est ce à quoi doit s'attacher, entre autres, votre serviteur en tant que président du Conseil exécutif de Corse.
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 10/03/2011
1 2
Paul Giacobbi - Photo officielle

Consultez le blog de Paul Giacobbi sur votre mobile !


Toutes les archives