Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   

Uncovering Céline

23/01/2011
La polémique qui a conduit le ministre de la culture à interdire que l'on célèbre officiellement en France le cinquantenaire de la mort du plus grand de nos écrivains au vingtième siècle, avec Marcel Proust, m'a fait relire un article remarquable, courageux et définitif publié en janvier 2010 sous le titre "Uncovering Céline" par Wyatt Mason dans "The New-York review of books", aisément accessible sur internet (http://www.nybooks.com/articles/archives/2010/jan/14/uncovering-celine/).
Cet article est d'abord fondé sur une analyse littéraire de grande qualité des textes et en particulier des pamphlets de Céline qui font encore scandale, qui ne sont plus publiés officiellement en France et qui ne sont pas traduits en anglais à la différence du reste de l'oeuvre de Céline adulée dans le monde entier. Wyatt Mason cite une lettre adressée avant guerre par Céline à une amie dont le mari avait été déporté puis tué à Dachau et qui exprime toute sa compassion. L'auteur expose pourquoi il faut lire toute l'oeuvre de Céline, y compris ces pamphlets qui sont, quelque aversion que l'on puisse ressentir pour l'antisémitisme, des oeuvres littéraires indispensables à comprendre cet immense écrivain.
La revue "The New-York review of books" n'est certainement pas antisémite. Elle est lue par toute l'intelligentsia de Babylone et son lectorat compte un grand nombre de personnes d'origine juive et sans doute beaucoup de fils et de petit-fils de déportés. Cet article n'a provoqué à ma connaissance aucun scandale dans ce public cultivé.
L'auteur cite Philip Roth et son admiration sans borne pour Céline et en particulier ces phrases: "To read him, I have to suspend my jewish conscience, but I do it, because anti-semitism isn't at the heart of his books, even Castle to Castle. Céline is a great liberator. I feel called by his voice."
Une fois de plus la France de la repentance est ridicule. Rien n'interdisait ou n'aurait du interdire de célébrer un de nos plus grands écrivains, quitte à essayer de comprendre pourquoi ce génie a pu être possédé de ce démon ignoble de l'antisémitisme, quitte à dire que la France a été très majoritairement, hélas, antisémite et qu'il nous faut comprendre l'histoire pour éviter qu'elle ne recommence et non pas l'occulter.
Par ailleurs si nous devions ne pas célébrer les grands personnages qui ont partagé des idées ou qui ont commis des actes que notre morale réprouve, nous ne célébrerions plus grand monde. Faut-il parler encore de Jules Ferry dont les discours sur la supériorité de l'homme blanc sont bien plus choquants que les pires dérapages des Le Pen père et fille? Platon était esclavagiste, Napoléon un dictateur aussi irrespectueux des droits de l'homme que Ben Ali, Louis XIV a révoqué l'Edit de Nantes et instauré une odieuse intolérance religieuse, et Mao Zedong était un criminel qui se vantait d'avoir massacré plus de chinois qu'aucun autre de ses prédécesseurs à la tête de l'empire du milieu!
En définitive il reste que les études françaises sont plus libres aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne qu'en France, qu'un des meilleurs spécialiste de Vichy s'appelle Paxton, que les passions françaises ont été décrites par Théodore Zeldin, que sans l'immense travail de Philib Kolb de l'Université d'Urbana-Champaign nous ne connaîtrions pas la correspondance de Proust et que beaucoup de nos plus remarquables professeurs de littérature française, d'Antoine Compagnon à Marc Fumaroli, enseignent à New-York...
Parce qu'il est un homme de culture et un homme courageux, Frédéric Mitterrand aurait du défendre cette célébration malgré la difficulté qu'il y aurait eu à expliquer les choses. Il a préféré la facilité, l'esquive, la lâcheté. On me dira que ce n'est pas grave, que rien n'empêche de lire les livres non censurés de Céline, de se contenter de "Voyage au bout de la nuit" et de "Mort à crédit", qu'il est tellement plus simple d'occulter, de faire le Tartuffe en voulant cacher ce que l'on ne saurait voir. C'est hélas par la multiplication de ces renoncements, de ces lâchetés qu'un peuple perd sa culture. La France de la censure, de la lâcheté a marqué un point, celle du courage, des batailles culturelles, de la liberté et de l'intelligence a reculé.
Dans le seul entretien télévisé que je connaisse de Céline (http://www.youtube.com/watch?v=jR0K0HKL7fw), on le voit et on l'entend répondre à tous ceux qui l'attaquent que "ces gens sont lourds...", le mot revient pendant plusieurs minutes lumineuses et souriantes où le génie transparaît avec plus d'évidence encore que dans ses livres, avec son humour, sa légèreté, cette agilité féline qui nous fait entrevoir pourquoi le vieillard de Meudon adorait tellement ses chats. Wyatt Mason concluait son article en soulignant que Céline était avant tout un humoriste. Je mets d'ailleurs au défi quiconque de lire sans éclater de rire certains morceaux d'anthologie de Céline comme la description désopilante de l'ascension du ballon aérostatique dans "Mort à crédit" qui s'appelle "Le zélé" et dont l'auteur remarque qu'il ne dépassait guère le niveau du premier étage des maisons...
La France fut, au temps lointain de sa grandeur, la terre d'élection d'une certaine légèreté spirituelle, elle devient lourde, pesante à mesure qu'elle se rapetisse et se traîne au niveau de la boue.
Commentaires (12) | Rédigé par Paul Giacobbi le 23/01/2011
En ce début d'année 2011, l'Inde s'est émue de statistiques inquiétantes selon lesquelles, en 2009, plus de 17 000 paysans indiens se seraient suicidés. Ce chiffre est impressionnant puisqu'il représente une cinquantaine de suicides par jour et un toute les demi-heures ! C'est évidemment affreux. Cependant, ce chiffre énorme doit être rapporté à la population de l'Inde, de l'ordre d'un milliards 200 millions d'habitants, aux 60% d'indiens au moins qui vivent et travaillent de la terre, soit au moins 700 millions, et enfin au nombre de chefs de familles paysannes, sans doute au-delà de 100 millions.
A supposer que les chiffres en question portent uniquement sur les suicides de chefs de familles de paysan indien de sexe masculin, la référence serait donc de l'ordre de 100 millions et nous aurions donc un taux de suicide dans cette catégorie de 17 pour 100 000.
Je me suis donc reporté aux statistiques de l'OMS (Organisation Mondiale de la santé) qui nous donne les derniers chiffres disponibles des taux de suicide par an, par sexe et par pays pour 100 000 habitants : le taux est pour les hommes de 23,8 pour l'Autriche en 2007, de 17,3 au Canada, de 12,2 pour l'Inde en général mais pour 1998, de 17,4 en Irlande, de 35,8 au Japon et de 25,5 en France en 2006.
Il faudrait bien sûr une analyse épidémiologique beaucoup plus poussée et le fait est qu'il semble qu'en Inde le taux de suicide augmente depuis quelques années.
Cependant, avant d'en tirer des conclusions définitives, de les exploiter politiquement, il vaudrait mieux être prudent et constater qu'en définitive, on se suicide nettement moins chez les paysans indiens que chez la moyenne des français de sexe mâle.
Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 19/01/2011
La République française emprunte sur les marchés de l'ordre de 200 milliards d'euros par an. Il s'agit en effet de financer le déficit annuel de l'Etat auquel s'ajoute le financement du remboursement des emprunts antérieurs arrivés à échéance.
Nos bons du Trésor à échéance de dix ans sont aujourd'hui souscrits par les marchés aux environ de 3,5%. Pour donner une idée, ceux du Japon sont à 1,27%, ceux de la Suisse à 1,8%, ceux de l'Allemagne à 3,1%, ceux des Etats-Unis à 3,3% mais ceux de la Grèce à 11,2%.
Le vrai problème n'est pas de savoir si les marchés ont confiance ou non dans un pays donné. En effet, l'appréciation par les marchés de la situation d'un pays est assez stable, sauf crise exceptionnelle. La vérité est que pratiquement aucun pays ne serait capable de rembourser sa dette autrement qu'en souscrivant de nouveaux emprunts. Ainsi, l'Etat français est en déficit depuis un demi-siècle et a contracté une dette qui représente 1 300 milliards d'euros !
La vraie question est de savoir si les capitaux internationaux, cet océan d'argent qui a été fabriqué pour compenser les déficits structurels des économies occidentales et qui représentent plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars, préfèrent à un moment donné se placer dans le secteur public ou, au contraire, dans le secteur privé.
C'est un arbitrage complexe d'appréciation du risque et de prévision de rentabilité. Lorsqu'il y a crise et que les entreprises offrent avec leurs actions ou leurs obligations une rémunération faible et un certain risque, ces capitaux se portent massivement et à taux très réduit sur les obligations publiques.
S'il y a un semblant de reprise, non pas d'ailleurs de l'économie elle-même mais du profit des entreprises, et amélioration de l'appréciation qui est faite de leur solidité, les capitaux vont brusquement se détourner des obligations publiques et les taux des bons du Trésor vont se mettre à monter inexorablement pour tous les pays et atteindre des taux insupportables pour les Etats au sujet desquels apparaît un doute quant à leur solvabilité.
Il faut comprendre qu'il devient pratiquement impossible d'emprunter lorsque les taux à dix ans atteignent 7 à 8%.
Du reste, même l'Allemagne a parfois des difficultés à trouver des souscripteurs pour la totalité de ses émissions.
Nous sommes menacés à tout moment d'une telle situation que j'avais décrite dans une note de 2009 « « Décennie perdue » ou émergence d'un nouveau monde économique ? ».
Actuellement, les taux augmentent et, en cas de crise, la seule possibilité serait que la banque centrale européenne achète massivement les bons du Trésor du pays menacé de cessation de paiement comme cela a déjà été fait pour la Grèce, l'Irlande etc...
Simplement, il serait très difficile de réitérer la même opération pour un pays comme la France car les montants en cause seraient tels que cela deviendrait difficilement supportable pour la BCE et pour les pays de la zone euro.
La situation financière des économies européennes est infiniment plus grave que l'on ne croit. J'ai posé sur ce sujet de nombreuses questions au gouvernement en précisant chaque fois les risques et aussi ce qui allait se produire pour tel ou tel pays et d'ailleurs ce qui s'est produit inéluctablement.
J'ai évoqué la situation préoccupante de l'Allemagne sur laquelle pèse un risque bancaire de près de 1 000 milliards d'euros mais je n'ai jamais évoqué en séance publique la situation très inquiétante de notre pays.
Quelle que soit notre évolution politique, il faudra bien que la France fasse l'effort nécessaire pour se libérer de cet étau financier et, en s'y prenant à temps, on pourrait éviter que la rigueur ne s'applique prioritairement, comme en Grèce ou en Irlande, qu'aux fonctionnaires, aux services publics et aux plus démunis et qu'elle porte d'abord sur un certain nombre d'abus et sur les plus fortunés.
En attendant, il ne faut pas compter sur un regain de croissance en 2011 pour nous sortir de cette impasse et paradoxalement un semblant de reprise, même modeste, précipitera la crise des finances publiques.
Commentaires (15) | Rédigé par Paul Giacobbi le 19/01/2011

Coup de torchon !

19/01/2011
Nous avons admiré le happening télévisuel dans lequel M. Morin, ancien ministre de la Défense, nous présentait ses bons voeux depuis sa cuisine qui, selon lui, serait l'endroit qu'il préfère au monde...
Les mauvaises langues ont vu une association malveillante dans la présence de nombreuses casseroles, d'autres, le voyant le torchon à la main, ont supposé qu'il regrettait le coup de torchon qui l'a évincé de son ministère...
Je ne résiste pas quant à moi à l'envie de vous citer le mot que cela a inspiré à mon ami Jean-Baptiste Raffalli, conseiller général, grand défenseur du patrimoine et infatigable humoriste : « Pour un ancien ministre de la Défense, il en est réduit à dire qu'il est prêt à mourir pour la batterie » !
En effet, Jean-Baptiste Raffalli m'a rappelé que le chant des Girondins se termine par « mourir pour la patrie, c'est le sort le plus beau... », la comparaison faisant dire à notre conseiller général qu'en fait de communication, M. Morin s'est débrouillé comme un manche !
Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 19/01/2011
J'assiste à l'audition de madame Alliot-Marie relative à la Tunisie. Tous les gouvernements depuis vingt ans ont manifesté une complaisance coupable à l'égard du régime tunisien. Pour autant les paroles de la ministre sur la coopération policière reste une erreur, une maladresse et s'agissant de ce qui s'est passé, des dizaines de blessés et de morts, choquante.
La ministre s'en est expliquée clairement et de manière crédible. Il lui reste à démontrer que notre gouvernement sera capable de renouer des liens avec le nouveau pouvoir que l'on espère démocratique de la Tunisie. En attendant une question se pose: il semble que notre ambassadeur en Tunisise s'est complètement trompé sur la situation et a indiqué que le régime de Ben Ali ne risquait rien... Je souhaite donc lui poser quelques questions et j'espère avoir l'occasion de le faire prochainement. En attendant je considère que, comme je l'avais écrit dans le journal "le monde" il y a quelques années, notre diplomatie est moribonde...
Les Etats-Unis ont compris bien avant nous que s'en était fini de Ben Ali et de sa clique et en ont tiré les conséquences en temps utile. La France Est en train de perdre son influence dans un pays laïc et francophone de l'Afrique du Nord!
Ce n'est pas la maladresse de la ministre qui est en cause mais toute notre diplomatie arrogante et inefficace qui n'en finit pas de mourir. Au moins madame Alliot-Marie est-elle ministre et capable de dire autre chose que son prédécesseur qui nous disait invariablement à la commission des affaires étrangères: "je ne sais pas, c'est compliqué..."
Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/01/2011
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