Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   

Les lecteurs de ce blog, en tout cas ceux qui ont la patience de me lire depuis longtemps, savent que j'annonce et je redoute à la fois une nouvelle crise financière dans la mesure où rien n'est réglé puisque les banques continuent de traîner des actifs toxiques et qu'elles n'ont été sauvées qu'au prix d'un endettement public sans précédent et d'une création monétaire hallucinante.

Je décris ces dangers depuis maintenant plusieurs années et, en réalité, ne faisant que traduire les avertissements des meilleurs experts.

Je constate depuis quelques semaines que le Fonds Monétaire International qui nous avait annoncé il y a un an que les actifs toxiques dans les banques étaient un problème réglé et qui se limitait à 4 000 milliards de dollars, reconnait aujourd'hui que ces actifs toxiques représentent un grand danger aujourd'hui dans la mesure où il resterait encore au moins 50% de ces actifs illiquides dans les bilans des banques.

Je constate aussi qu'un des plus remarquables commentateurs de la crise, Madame Gillian Tett du Financial Times, s'inquiète très sérieusement de l'endettement public au point de comparer l'accumulation actuelle de bons du Trésor dans les banques à l'accumulation précédente d'actifs toxiques sous forme de CDO (Collaterised Debt Obligations).

Madame Tett se pose la question : « Will sovereign debt be the new subprime ? »

Le seul des économistes à garder la tête dans les étoiles me semble Paul Krugman qui, dans une récente chronique du New York Times, considère que les gouvernements doivent continuer à s'endetter sans limites pour relancer l'économie et que le risque d'inflation, d'augmentation des taux d'intérêt ou de faillite des Etats n'est nullement à craindre au point que l'illustre économiste, faisant référence à Star War met en titre de son article : « The phantom menace ».

Je sais bien comme l'avait expliqué Franklin D. Roosevelt que la seule chose que nous ayions à craindre, c'est la peur elle-même, mais je serais plus rassuré si M. Krugman pouvait nous expliquer comment les Etats vont payer l'addition à la fin plutôt que de se contenter de se moquer de nos craintes en nous traitant de manière assez condescendante de personnes qui ont peur des fantômes.

Je remarque d'ailleurs que dans la célèbre trilogie de George Lucas, la menace à laquelle Paul Krugman fait allusion est peut-être qualifiée de fantôme mais qu'elle est bien réelle, qu'elle entraîne une guerre terrible et fait un nombre considérable de victimes !

Je le dis donc et le répète comme je le fais continument dans ce blog et à l'Assemblée nationale, non seulement la crise n'est pas finie, elle ne fait que commencer, et personne ne peut nous dire aujourd'hui comment le monde échappera à la crise financière de la dette publique et il me semble que ce serait le rôle du FMI et de son directeur général de nous en dire un peu plus sur le sujet plutôt que de demander aux Etats d'amplifier leurs dépenses et leur endettement en espérant que les choses finiront bien par s'arranger toutes seules avec le temps qui passe.

Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 25/11/2009

Depuis 2007 au moins, je m'insurge face aux désastres réitérés de la direction folklorique d'Areva, notamment pour ce qui concerne les chantiers calamiteux de deux réacteurs EPR à Flamanville et en Finlande, pour le comportement lamentable vis-à-vis de notre ancien partenaire Siemens, et plus récemment pour le laisser-aller impardonnable qui a conduit à l'oubli de trente-huit kilos de plutonium à Cadarache.

Alors que nous en sommes à faire les comptes pour le contribuable français, en milliards et peut-être même en dizaines de milliards d'euros, des années folles d'Areva, je me réjouis de constater que M. Henri Proglio, nouveau président d'EDF, appelle de ses voeux la constitution d'une filière unifiée du nucléaire en France afin de mettre un terme à ces errements.

Je me réjouis tout autant qu'il conteste les placements délirants de son prédécesseur, M. Gadonneix aux Etats-Unis, en particulier la folie qui a consisté à surpayer d'au moins 2,5 milliards de dollars l'acquisition de la société Constellation tout en prétendant, ce qui était particulièrement pitoyable, d'avoir damé le pion à M. Warren Buffett (voir mon blog « Electrochoc à EDF » du 5 janvier 2009).

Il serait temps, après les catastrophes successives de Madame Lauvergeon à Areva, de M. Gadonneix à EDF, et d'un certain Forgeard à Airbus que la France mette à la tête de ses entreprises publiques, non pas des courtisans empressés mais des personnalités ayant de solides références dans le monde de l'entreprise. C'est incontestablement le cas avec Henri Proglio.



Commentaires (4) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/11/2009

Courbettes

18/11/2009

C'était il y a très longtemps, à peu près cinquante-quatre ans, une image qui a choqué profondément l'âme japonaise et qui lui a démontré, plus que la défaite, plus que les bombes atomiques, qu'un monde venait de s'effacer.

C'était la photo du général Mac Arthur posant aux côtés de l'empereur Hiro Hito. Le général était en tenue relativement négligée, sans cravate, l'empereur du Japon en tenue de matinée, c'est-à-dire en jaquette, et contrairement à tout le protocole, le général était debout à côté de l'empereur, pas du tout courbé, et sur le même plancher, de telle sorte qu'il apparaissait comme plus grand que Sa Majesté impériale.

Dans toute l'histoire d'une dynastie presque deux fois millénaire, aucun être humain encore moins un « gaijin » (étranger) n'avait pu être représenté ainsi, se trouvant par sa taille surplombant le descendant d'Amaterasu, c'est-à-dire la déesse du soleil.

Les américains ont découvert avec horreur la photo du président Obama courbant l'échine pratiquement à 90 degrés devant l'empereur Aki Hito qui est d'ailleurs le fils de l'empereur Hiro Hito, devenu après sa mort selon le rite japonais « Showa Tenno», c'est-à-dire « l'empereur de la paix éclairée ». Ainsi, après avoir réduit à la vassalité l'empire nippon, les Etats-Unis en sont réduits à s'incliner devant les puissances asiatiques, le Japon et surtout d'ailleurs la Chine !

On a peine à croire qu'il n'y a que cinquante-quatre ans entre les deux photos, celle de Mac Arthur humiliant l'empereur du Japon et celle de Barack Obama s'inclinant devant le fils d'Hito Hito.

Commentaires (5) | Rédigé par Paul Giacobbi le 18/11/2009

L'assemblée des maires réunis en congrès ressemble beaucoup à cette assemblée des notables, dont les membres représentatifs de la noblesse, du clergé et du tiers-état étaient nommés par le roi, (à la différence des Etats-Généraux qui étaient élus par leurs ordres respectifs) afin de lui donner avis, en particulier sur des problèmes fiscaux.

La dernière du genre fut réunie en 1787 et donna son avis sur une réforme fiscale... Une remarquable caricature fut publiée à l'époque où le contrôleur général des finances était représenté comme un singe qui présidait une assemblée de la basse-cour où les notables étaient représentés comme des canards, des poulets et surtout des dindons.

Le singe demandait à la basse-cour : « A quelle sauce voulez-vous être mangés ? », la basse-cour unanime répondait : « mais nous ne voulons pas être mangés du tout ! », et le singe rétorquait immédiatement : « Mais vous sortez de la question ».

Je ne crois pas qu'il faudrait changer grand chose à cette caricature pour représenter aujourd'hui le congrès de l'association des maires de France, les revendications des maires sur la taxe professionnelle et la réponse du gouvernement...



Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 17/11/2009

(Réponse à Fabien)


Un remarquable commentateur de ce blog, dont je vous conseille de lire les commentaires sous l'article « Les faux-semblants de la reprise », m'interroge, avec des données et des arguments pertinents, sur la formation des prix du pétrole.


Pour simplifier les questions qu'il pose, disons qu'il considère que la montée des prix du pétrole correspond tout de même, au-delà des phénomènes spéculatifs, à une inadéquation sur le long terme, ou au moins le moyen terme, entre l'offre et la demande.


Il considère aussi qu'il ne faut pas uniquement recourir à l'économie mais aussi à la géologie, voire dit-il à la thermodynamique pour analyser la formation des prix du pétrole.


Mon correspondant dit des choses justes mais qui méritent d'être nuancées et je souhaite surtout réaffirmer très clairement à quel point le raisonnement sur le prix du pétrole que l'on nous sert trop souvent est excessivement simpliste, parfaitement erroné, ce que l'expérience d'un siècle a parfaitement démontré.


Les données du problème sont extraordinairement complexes pour plusieurs raisons :


- il n'y a pas un prix du pétrole mais plusieurs et pour l'essentiel, ce que nous appelons « le prix du pétrole » est en réalité le prix relevé sur les marchés spéculatifs de certaines qualités de brut très léger, très facile à raffiner, et qui sont les plus demandés et les plus chers. Ceci est extrêmement important dans la mesure où nous avons manqué au cours des dernières années d'investissements dans les raffineries de telle sorte qu'il n'y a pas de capacité suffisante pour traiter les pétroles lourds qui souvent n'arrivent pas à se vendre, au moment même où les pétroles plus légers atteignent des prix très élevés, ce qui a été le cas lors de la spéculation de 2008.

- la notion de réserves est extraordinairement discutable dans la mesure où la quantité de réserves exploitables augmente colossalement en fonction du prix de vente du brut, mais à condition qu'il y ait une certaine stabilité du prix sur une période relativement longue.
Ainsi une augmentation spéculative des cours à 150$ pendant quelques mois n'entraînera pas les compagnies à prospecter un pétrole qui coûterait à exploiter presque autant que ce prix de pointe. D'abord parce que tant que l'on n'a pas foré, on ne peut pas être sûr de trouver du pétrole et encore moins se faire une idée précise de son coût d'exploitation. Ensuite parce qu'évidemment, entre le moment où l'on a décidé de prospecter dans telle zone, et celui où l'on exploite du pétrole, il peut se passer plusieurs années.
Ce que l'on peut dire néanmoins, c'est que si l'on admet des prix élevés du brut, les réserves sont immenses, dès lors que l'on envisage l'exploitation par exemple des roches bitumineuses. Jusqu'à présent, les Cassandre qui nous expliquent tous les dix ans que dans dix ans il n'y aura plus de pétrole se sont toujours trompées et ont toujours été obligées de décaler d'une décennie leurs prévisions pessimistes de telle sorte que l'on peut raisonnablement penser, comme le disait Sheikh Zaki Yamani, ministre du pétrole de l'Arabie Saoudite autrefois, que « l'âge de pierre ne s'est pas terminé parce qu'il n'y avait plus de pierre, mais parce que l'on a trouvé autre chose, il en sera de même pour l'âge du pétrole... ». On peut bien sûr prévoir un vrai Peak oil peu avant le milieu du siècle mais d'ici là la substitution aura déjà eu lieu !
- Les géologues spécialisés sont sûrement très doués pour la géologie des énergies fossiles mais les déterminants du marché restent fondamentalement soit des évènements géopolitiques qui n'ont aucun rapport avec la géologie, comme la crise iranienne ou la guerre du Kippour, soit des évolutions complexes de la demande (émergence de nouveaux pays industriels et économies d'énergie dans les pays plus développés) ainsi que sur des facteurs non moins complexes dans la chaîne qui sépare la production de la consommation et qui comprend inévitablement le transport et le raffinage. Même si les géologues ont sûrement raison sur la géologie, la formation des prix est un métier d'économiste et très franchement, compte tenu de la complexité du système, une corrélation quelconque entre les prévisions des géologues et l'évolution des prix provient plus d'un hasard statistique que d'une causalité démontrée.

- Ce que je viens de vous dire est d'autant plus vérifiable que nous sommes sur le marché d'un produit qui n'est pas substituable à très court terme, parce que si l'on a plus de pétrole pour faire marcher sa voiture à essence, on ne peut pas la changer du jour au lendemain en véhicule électrique. De ce fait, à court terme, le moindre écart entre l'offre et la demande produit une augmentation du prix qui n'est pas du tout proportionnel à cet écart. De même que si vous mourrez de soif, et qu'il vous manque un litre d'eau pour étancher votre soif, vous serez prêt à payer très cher ce litre d'eau ! Il est donc parfaitement erroné de confondre les éléments de formation du prix à moyen et long terme et les évolutions à court terme qui sont, de surcroît, totalement amplifiées par la spéculation.


Dans ces conditions, il est très difficile de prévoir quelque chose et il n'existe pas à ma connaissance de modèle économétrique intelligent de la formation des prix du pétrole et d'ailleurs, les spéculateurs sur ces marchés ont perdu bien plus d'argent qu'il n'en ont gagné.

Ce que l'on peut tout de même observer, c'est cette tendance des prix du pétrole à diminuer sur le long terme, et à toujours revenir à la baisse après les pics spéculatifs. Si l'on prend une courbe de long terme du prix du pétrole par baril depuis 1860 (en $ valeur 2008), on observe des prix très élevés, autour de 100 à 120 $, en 1860, puis une baisse considérable aux environs de 20 $ de 1870 à 1970, avec des pics à 40 $ de 1890 à 1900, puis de 1916 au début des années 20, une montée brutale vers 1974, puis une nouvelle chute à 25 $ de 1986 à 1998 etc...

En revanche, il est extraordinairement malsain pour notre équilibre écologique de brûler des hydrocarbures alors que l'on pourrait faire des économies d'énergie considérables encore et solliciter beaucoup plus les énergies renouvelables, ce que je crois nous arriverons progressivement à faire, mais compter sur une hausse extrême et durable des prix du pétrole pour nous obliger à le faire est probablement une illusion.

Je signale au passage qu'avec un peu de raisonnement de bon sens, une connaissance relativement sommaire des marchés et quelques notions du raisonnement économique, je me suis assez rarement trompé sur les évolutions à court et moyen terme du pétrole comme en témoignent mes interventions sur ce sujet à l'Assemblée nationale, ce qui veut dire qu'il n'y a pas besoin d'être un expert pour réfléchir à ces questions, même s'il faut être très prudent et humble s'agissant de mécanismes incroyablement complexes.


Merci en tout cas de contribuer à la connaissance de tous par vos critiques et commentaires.




Commentaires (3) | Rédigé par Paul Giacobbi le 17/11/2009
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