Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   

Le cas Madoff

30/06/2009

Les cent cinquante années de prison auxquelles il a été condamné et les conditions mêmes d'un procès qui démontre les limites du « plaider coupable » m'inspirent, dans le cas de Bernard Madoff, quelques réflexions.

Même si l'éternité est un peu plus longue, cent cinquante ans de prison peuvent sembler interminables pour un homme de soixante-dix ans. C'est pourtant relativement limité dans l'échelle des peines car si l'on rapporte la durée de la peine à l'ampleur des sommes dérobées à de trop naïfs épargnants, on arrive à la conclusion que Bernard Madoff fera un an de prison pour expier chaque tranche de 300 millions de dollars qu'il a volée.

A ce tarif-là, les casseurs de chez Harry Winston à Paris ne devraient pas écoper de plus de quinze jours d'emprisonnement !

De ce point de vue, il semble donc que la punition infligée à Bernard Madoff soit finalement assez modérée étant entendu d'ailleurs que si par hasard il lui était permis de sortir de sa geôle autrement que les pieds devant, il aurait intérêt préalablement à être passé par les mains d'un habile chirurgien esthétique de manière à échapper à la vengeance prévisible de certains malheureux que la ruine pourrait éventuellement rendre agressifs à son égard.

Cependant, le « plaider coupable » a eu l'immense avantage dans cette affaire de permettre à la justice américaine de considérer qu'il n'y avait au plan pénal qu'un seul coupable : Bernard Madoff.

Si l'on doit rendre hommage aux remarquables capacités de travail de cet individu, à son imagination débridée, à son entregent social et à tant d'autres qualités, il est tout de même parfaitement invraisemblable qu'il ait pu seul recruter des dizaines de milliers de gogos, les appâter, et les entretenir dans la certitude qu'ils faisaient avec lui un bon placement.

C'est en réalité tout un monde de complices familiaux, de collaborateurs grassement payés, d'intermédiaires stipendiés, d'analystes corrompus et de banques soi-disant honorables, parmi les plus réputées, qui ont tous contribué à fourguer du Madoff moyennant toujours confortables et parfois occultes rémunérations.

C'est tout ce petit monde qu'il aurait fallu conduire devant le juge pénal et non pas le seul Madoff même si j'ose dire que ce dernier n'a pas volé les cent cinquante ans de prison qui l'attendent.

Mais par dessus tout, au-delà de l'affaire Madoff, comment ne pas comprendre que, pour une grande part, tout le système de crédits dérivés et de placements hors bilan (over the counter) des portefeuilles de créances titrisées ressemblait singulièrement à un « Ponzi Scheme » ? Car enfin placer un portefeuille de créances dans un instrument financier et refinancer cet instrument à un niveau de taux nécessairement supérieur – compte tenu du risque – au taux moyen des créances, conduit mécaniquement à une perte qui, en dernière analyse, finissait par être compensée par de nouvelles souscriptions ou par un placement du risque sur une compagnie d'assurance, c'est-à-dire en fin de compte sur le recours à de nouveaux souscripteurs dans une chaîne pyramidale sans fin...

Même si ma description est largement caricaturale et même si tous les CDS et autres SIV n'étaient pas assimilables au système Madoff, le principe était de mutualiser le risque en le répartissant sur le maximum de personnes et de rémunérer les premiers souscripteurs avec les souscriptions des derniers arrivants.

La différence réside dans le montant de ce qui s'est envolé en fumée et qui a représenté 600 milliards pour AIG et seulement 50 pour Madoff et dans la proportion qui a atteint 100% chez Madoff et beaucoup moins chez tous ces respectables financiers.

Cependant, une question demeure : est-il juste que Bernard Madoff soit ruiné et emprisonné à vie, tandis que les ex-dirigeants de Merryl Lynch, Lehmann Brothers et autre Morgan Stanley jouissent d'une retraite dorée à centaines de millions de dollars ?



Commentaires (2) | Rédigé par Paul Giacobbi le 30/06/2009

La crise économique que nous connaissons a provoqué une véritable panique aux Etats-Unis à partir de l'été 2007 et elle s'est progressivement généralisée à l'ensemble de notre monde au printemps 2008.
Voici un an et demi que je prêche dans le désert à l'Assemblée nationale et quand je le peux dans les médias pour expliquer à quel point cette crise est grave et pourquoi il ne faut pas s'attendre à une reprise imminente.
Une récente étude (voir pièce jointe) publiée par deux historiens de l'économie, Barry Eichengreen de l'université de Berkeley et Kevin O'Rourke de Trinity College à Dublin, indique de manière fascinante que les courbes de la production industrielle mondiale depuis avril 2008 à aujourd'hui et de juin 1929 à juin 1930 sont pratiquement identiques.
Le professeur Krugman, qui consacre l'essentiel de ses activités à une stimulante chronique dans le New York Times, avait essayé de démontrer, en se fondant uniquement sur l'économie des Etats-Unis, que la baisse de production enregistrée aujourd'hui était moins importante que celle que l'on a connu en 1929.
Les chiffres pour l'économie mondiale démontrent bien que la courbe est sensiblement la même, ce qui pourrait s'expliquer par le fait que les Etats-Unis ont une industrie relativement beaucoup moins importante par rapport à leur économie qu'elle ne l'était en 1929.
Dans le monde entier, la chute des cours des bourses est beaucoup plus accentuée sur l'année qui vient de s'écouler qu'elle n'avait été de juin 1929 à juin 1930. Il en va de même pour la contraction du commerce international.
Ce qui est différent en revanche, c'est que l'abaissement des taux directeurs des banques centrales a été beaucoup plus important aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque et que la fourniture de liquidités ou plus exactement la création monétaire a été beaucoup plus soutenue.
C'est là tout le débat dans la mesure où nous ne sommes pas du tout certains que les mesures prises pour créer tant de monnaie aient un quelconque effet sur l'économie réelle, c'est-à-dire la production de biens et de services. Nous remarquons en effet qu'aux Etats-Unis, par exemple, la récession industrielle se poursuit malgré une croissance de la masse monétaire (agrégat M2)sur un rythme de 15% par an.
Les quelques signes de reprise ou plutôt de stabilisation de la production à un niveau nettement plus bas qu'avant le commencement de la crise ne sont pas imputables aux mesures monétaires ni même d'ailleurs aux plans de relance budgétaire des Etats mais bien plutôt à cette reprise technique qui survient inévitablement lorsque les usines recommencent un peu à produire pour reconstituer leurs stocks alors même qu'elles avaient dans un premier temps préféré diminuer considérablement leur production afin d'écouler ces stocks.
Dans ce cas-là précis, rien ne garantit que ce type de reprise soit durable. Par ailleurs, la réalité des plans de relance budgétaire est toujours très inférieure à ce qui est publiquement annoncé, se traduit très lentement dans des dépenses d'investissements, tandis que les ménages en période de crise ont tendance à augmenter considérablement leur taux d'épargne, ce qui se traduit par un effet inverse à celui du plan de relance. J'ai ainsi rappelé dans une note récente « « Décennie perdue » ou émergence d'un nouveau monde économique ? », publiée sur mon site paul-giacobbi.org, que ce qui était retiré à l'activité économique par l'augmentation de l'épargne des ménages américains était du même ordre que le plan de relance de M. Obama.
Enfin, il n'est pas concevable que les Etats puissent continuer à s'endetter de manière aussi démesurée et que les banques centrales puissent continuer à fabriquer autant de monnaie et à multiplier encore par deux le montant global de leur bilan.
Je remarque d'ailleurs dans la même étude que la situation des finances publiques était tout de même globalement bien meilleure en 1929 qu'elle ne l'est aujourd'hui.
Par ailleurs, sans même évoquer un risque d'inflation qui ne se situe qu'à moyen terme, la demande croissante de crédit de la part des Etats, outre qu'elle accroît le fardeau des générations futures, a ou aura trois effets qui freineront toute reprise :

  • un effet de substitution. Les Etats et leurs emprunts tendent à absorber l'essentiel de ce que le système financier peut prêter, voire à absorber des surplus, par exemple ceux de la Chine qui aurait pu aller à de la relance économique réelle et qui vont plutôt vers l'acquisition de bons du Trésor américain. Tout se passe comme si les Etats faisaient du déficit pour relancer c'est-à-dire pour donner de l'argent à l'activité de production mais financent ce déficit par de l'emprunt, réduisant ainsi d'autant la capacité du système financier à prêter à l'économie productrice.

  • un effet de taux. A force d'inonder le marché financier de bons du Trésor, les Etats provoquent une inexorable montée des taux d'intérêt. Aux Etats-unis, les bons du Trésor à trente ans sont souscrits à un taux proche de 5% malgré une déflation constatée. Pourquoi voudriez-vous qu'une banque qui peut prêter à l'Etat à des taux aussi rémunérateurs veuillent prêter à des particuliers ou à des entreprises en prenant des risques considérables, à moins de le faire à des taux nettement plus élevés ? Là encore, le déficit massif des Etats sensé encourager la croissance provoque une montée des taux qui contredit le maintien des taux directeurs de banques centrales à un niveau proche de zéro et qui constitue un frein évident à la croissance.

  • un effet imputable au futur redressement des finances publiques. Il n'est pas concevable que les Etats continuent à s'asphyxier par des dettes qui désormais tendent dans le monde entier à représenter au moins une année de PIB, et fatalement, dès lors qu'un peu de reprise apparaîtra les Etats seront contraints de limiter leurs déficits voire de commencer à rembourser leurs dettes, ce qui ralentira encore toute reprise.

On nous a beaucoup dit que la crise actuelle était très différente de celle de 1929, notamment parce que nos grands décideurs de l'économie étaient infiniment plus intelligents, plus réactifs et plus compétents que leurs prédécesseurs d'avant-guerre.

Il m'avait pourtant semblé que nos grands argentiers, d'Alan Greenspan à Ben Bernanke en passant par notre Lagarde nationale, non seulement n'avaient pas vu venir la crise mais avaient émaillé leurs discours de sottises hallucinantes sur le risque systémique qui était derrière nous en septembre 2008 (Lagarde) ou le fait que nous avions abordé en 2003 une période de forte et durable croissance (Bernanke) ou encore qu'il ne fallait pas beaucoup s'inquiéter des risques financiers dans la mesure où l'ingénierie moderne de la finance avait définitivement permis de les réduire (Greenspan)...

Je ne fais aucune confiance pour la prévision à ceux qui n'ont rien su voir d'une crise dont l'imminence était annoncée depuis des années par tant d'économistes et de praticiens.

Je crois au contraire aux leçons de l'histoire et je persiste à penser malheureusement que nous ne sommes pas dans cette crise mondiale à la fin, ni même au commencement de la fin, pas même encore à la fin du commencement !




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Commentaires (13) | Rédigé par Paul Giacobbi le 24/06/2009

Quel optimisme !

23/06/2009

Le 21 octobre 2008, je posais au gouvernement, dans le cadre de la discussion générale, une question sur le budget 2009 et j'essayais d'évaluer l'ampleur du sinistre :

« Pour conclure, je voudrais revenir sur le déficit prévisible du budget de l'État car même si, dans ce domaine, nous avons abandonné dans la tourmente tout objectif ou tout carcan européen, voire «eurocratique », comme dirait M. Myard, il est important d'essayer d'évaluer l'ampleur du sinistre. On rappellera que pour 2007, le déficit reconnu par l’État dans la loi de règlement s’élevait à 38 milliards d’euros. D’après la Cour des comptes – l’organisme certificateur –, il s’élèverait à 44 milliards d’euros, voire un peu plus si on lit attentivement son rapport. Il s’agit essentiellement de reports de dépenses et d’imputations. Même à supposer que le solde pour 2008 – le vrai solde, celui qui sera certifié par la Cour des comptes, car dans le monde économique on se fie aux comptes certifiés et non aux comptes déclarés par l’entreprise ou la collectivité –, reste à un niveau inférieur à 60 milliards d’euros, ce qui serait plutôt performant par les temps qui courent, on voit mal comment avec un projet de loi de finances pour 2009 qui prévoit déjà pour une croissance totalement improbable de 1 % du PIB un déficit de 52 milliards d'euros, on ne sera pas très largement au-delà de 60 ou 65 milliards d’euros, d’autant que la croissance, en 2009, au mieux sera nulle et plus vraisemblablement négative – pour reprendre une expression à la mode. »

Je n'avais pas précisé ce que j'entendais par un déficit « très largement au-delà de 60 ou 65 milliards d'euros », mais cela pouvait vouloir dire de l'ordre de 80.

J'ai donc à tout le moins péché par optimisme, puisque le déficit de l'Etat officiellement annoncé pour 2009 sera de l'ordre de 140 milliards d'euros.

Ce qui est amusant, c'est qu'en octobre 2008, comme un an avant en 2007 quand j'évoquais l'effet redoutable sur la croissance française de la crise des subprimes, le banc du gouvernement riait, haussait les épaules, ou me traitait de pessimiste...

Commentaires (8) | Rédigé par Paul Giacobbi le 23/06/2009

Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs de ce blog qui sont des esprits ouverts, cultivés et proches de la Corse de lire le dernier essai de l'un de nos illustres compatriotes, Marc Fumaroli, qui exerce ses talents des deux côtés de l'Atlantique à l'Académie française et au Collège de France sur les rives de la Seine, et à la Columbia University de New York, au bord de l'Hudson River.

C'est une explication remarquable de l'histoire de l'art, ou plutôt du commerce de l'art, et du développement de l'image aux Etats-Unis et de la perte de substance du rayonnement culturel français qui éblouissait le monde au temps des impressionnistes, de Cézanne et de Picasso encore, et dont les lumières aujourd'hui se réduisent à l' « exportation » des « nuits blanches » et autre « Paris plage »!

Ce livre est à la fois érudit dans le meilleur sens du mot mais aussi très courageux, n 'hésitant pas à braver les conformismes ambiants et les sordides intérêts des marchés de l'art pour rabaisser à leur place et à leur rang les Jeff Koons, Warhol, Louise Bourgeois et autre Buren, tous excellents vendeurs, orfèvres même de la commercialisation globalisée mais artistes médiocres voire tristement comiques.

Sans parler des architectes dans cet essai polémique où Le Corbu est appelé « l'Attila de la Chaux de Fonds », les productions de Madame Bourgeois ramenées à leur apparence gastro-entérologique et les prototypes de M. Koons à leur qualité d'usinage...

Ceux qui comme moi auraient la chance de passer quelques jours à New York, je conseille vivement ce livre décapant qui, de surcroît, est encore plus utile peut-être au retour à Paris en prolongement bien sûr du remarquable essai que le même auteur consacra, il y a quelques années, à notre « Etat culturel ».

Si vous avez la chance de faire ce voyage, ne manquez pas de pousser jusqu'à Philadelphie où le musée des Beaux-Arts recèle, entre autres merveilles, les fameuses « Grandes Baigneuses » de Cézanne dans leur version la plus parfaite, bien qu'inachevée, et dont je vous offre ci-joint la merveilleuse image.

Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 16/06/2009

Depuis de longs mois et bientôt depuis deux ans, je ne cesse d'écrire sur le risque d'éclatement de ce que j'appelle la bulle financière publique, celle des Etats et des banques centrales qui, les uns et les autres, ont mis sur le marché des milliers de milliards de dollars, sans contreparties et sans taux d'intérêt, dans une sorte de thérapeutique de l'excès par l'excès, consistant à soigner l'alcoolique par des tournées supplémentaires de whisky !

A plus long terme, j'écris depuis des années sur le sujet des finances publiques et je contribue même à l'enseignement de l'Ecole Nationale d'Administration sur ces sujets en soulignant notamment la faillite de nos finances publiques françaises et, en particulier le poids insupportable de charges de retraite qui n'ont pas été provisionnées.

J'écrivais ainsi dans le journal Le Monde, en 2002, une « Chronique comptable d'une faillite nationale annoncée » tandis que cette inquiétude majeure a constitué, au fil des années, l'essentiel de mon enseignement à l'ENA.

Il devient évident aujourd'hui que si les injections massives de liquidités dans l'économie par la sphère publique a momentanément sauvé le système financier de l'effondrement, elle ne constitue pas un traitement du mal mais seulement une thérapeutique d'urgence dont la seule ambition est de maintenir provisoirement en vie le malade.

Si l'on s'abstient de traiter au fond la maladie et que l'on se contente de prolonger et d'amplifier les thérapeutiques d'urgence, on va provoquer une nouvelle crise dont on peut craindre qu'elle n'entraîne un véritable collapsus.

Sans entrer dans les détails de mécanismes complexes, l'excès monstrueux de déficits des Etats et le fait que les banques centrales ont depuis longtemps dépassé les limites de ce qu'elles pouvaient raisonnablement faire entraine une irrésistible montée des taux d'intérêt réels dont l'effet est exactement inverse à celui de toutes les mesures de relance qui ont été financées par des déficits publics.

Aujourd'hui, les Etats-unis d'Amérique empruntent à trente ans à 5% et à dix ans à 4%. La montée des taux sur les bons du Trésor public entraine une montée des taux dans le secteur privé tandis que la Banque centrale de peut plus suivre, c'est-à-dire continuer de fournir de la liquidité à 0% en acceptant comme contreparties des papiers sans valeur négociable.

Avec des croissances de la masse monétaire monstrueuses, il est évident que l'inflation va revenir dès lors que la production et la consommation commenceront à se relever et que, dès lors, nous nous trouverons avec une explosion des taux d'intérêt à moyen et long terme, sachant que nous sommes déjà à plus de 5% d'intérêts réels aux Etats-Unis, puisqu'un taux nominal de 5% des emprunts publics à long terme se pratique dans un contexte de baisse des prix !

Comme il arrive souvent en thérapeutique, un médicament peut être très utile voire sauver la vie à certaines doses mais devenir dangereux voire mortel en provoquant des effets inverses de ceux qui étaient recherchés par une posologie raisonnable, lorsqu'on en abuse.

Le lecteur patient pourra lire sur mon site, à la rubrique Prises de parole, ma note intitulé « « Décennie perdue » ou émergence d'un nouveau monde économique » et, s'il le peut, le dernier numéro de « The Economist », intitulé « Debt, the biggest bill in history ».




Commentaires (0) | Rédigé par Paul Giacobbi le 16/06/2009
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