Blog de Paul Giacobbi - Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse


   

A quelques jours d'intervalle, nous apprenons par la bouche de M. Pérol, son nouveau dirigeant, que la banque française Natixis pourrait avoir à déprécier 50 milliards d'euros d'actifs et, par des communiqués étrangement triomphants du secrétaire au Trésor américain, que les besoins en recapitalisation de l'ensemble des banques aux Etats-Unis n'excèderaient pas 75 milliards de dollars, soit environ 55 milliards d'euros !

Qui pourrait croire que les banques américaines n'auraient besoin que de si peu pour solder plusieurs décennies de folies ? Ou alors, c'est que Wall street est devenu le pays des merveilles et qu'il nous faut écrire une fable du style « Timothy in Wonderland », en nous inspirant du prénom du secrétaire d'Etat au Trésor.

Mais nous sommes loin du pays des merveilles et ce chiffre de 75 milliards de dollars, auquel personne n'a cru, est en réalité le fruit d'une âpre négociation avec les banques commerciales. Ce résultat est fondé sur un raisonnement étrange qui consiste simplement à tester ce qui se passerait pour les banques en cas de prolongation de la récession, en considérant que leur bilan actuel est parfaitement sincère et et ne recèle aucun actif à déprécier.

Penser que la confiance va revenir en racontant de telles fables me paraît être une profonde erreur.

A l'Assemblée nationale, j'ai longtemps dénoncé les prévisions de croissance française manifestement irréalistes et souvent rappelé que l'on est toujours rattrapé par la vérité. Ainsi, le gouvernement est-il amené à avouer finalement que la récession en France pourrait être de -3% en 2009. De même faudra-t-il un jour prochain que les autorités américaines avouent que leurs banques auront besoin de centaines voire de milliers de milliards de dollars et non pas seulement de dizaines pour survivre aux épreuves financières qui sont encore devant elles !

Commentaires (6) | Rédigé par Paul Giacobbi le 12/05/2009

Je dois remercier les internautes, qui, de manière très active, ont fait valoir leur point de vue sur ce blog.

La parole étant à la défense, je voudrais répondre sur plusieurs points précis :

  • sur mes capacités linguistiques, je rassure l'internaute qui les met en cause en lui signalant que je lis, parle et écris l'anglais et même un peu le français !

  • ce n'est pas parce que l'on s'exprime brièvement sur un sujet que l'on a pas pris la peine de l'étudier et de le travailler, ce qu'ont fait d'ailleurs la plupart de mes collègues;

  • je voudrais, sur le plan politique, signaler aux internautes que le projet de loi Hadopi a été voté à l'unanimité par le Sénat puisque les groupes socialistes, radicaux, union centriste et UMP ont voté pour et que le groupe communiste s'est abstenu. Cette unanimité est très rare et témoigne tout de même que ce projet de loi ne mérite pas les a priori qu'on lui oppose.

  • sur le plan juridique, le moins que l'on puisse dire, c'est que la sanction prévue par ce texte est entourée de procédures longues, contradictoires, susceptibles de recours avec, dans un premier temps, une phase d'avertissement, ainsi que des possibilités de transactions. Dans ces conditions, il sera finalement bien plus difficile de suspendre l'abonnement d'un internaute que de retirer le permis de conduire à un automobiliste. J'appelle ceux qui n'en sont pas convaincus à lire les articles L.331-24 et suivants du code de la propriété intellectuelle, tel que modifié par le projet de loi Hadopi.

  • sur le plan économique, il n'existe pas de distinguo sérieux entre l'économie matérielle et l'économie immatérielle. D'abord parce que ce que vous appelez l'économie immatérielle repose sur d'énormes investissements physiques et ensuite parce que l'économie mondiale produit bien plus de services que de produits manufacturés ou autres, de même que la monnaie électronique représente une part infiniment plus grande dans les masses monétaires que la circulation des billets de banques. Il n'en demeure pas moins que toute production ne peut survivre que si elle est rémunérée, que l'on ne peut assimiler la production artistique à une sorte de service public ou de service mutualisé qui serait financé par une ressource fiscale ou parafiscale et que faire reposer sur la publicité la rémunération de la création artistique ne me paraitrait pas non plus aller dans le bon sens. Je renvois les internautes à la lecture stimulante des dernières réflexions d'un professeur « at large » à Columbia University à New York qui enseigne aussi au Collège de France et qui connaît aussi bien les grâces du XVIIIème siècle que l'art contemporain, « Paris-New-York et retour » de Marc Fumaroli qui, entre autres qualités, est d'origine corse !

Je ne me hasarderai pas à entrer dans le débat technique car, même si j'ai travaillé en tant qu'industriel, il y a déjà de longues années, dans le haut débit, entre autres avec Time Warner et Comcast à l'époque, mes souvenirs sont lointains et je n'ai pas plus de maîtrise du sujet aujourd'hui que celui d'un internaute moyen.

En tout état de cause, cette loi, plus que d'autres exige d'être évaluée rapidement après sa mise en oeuvre et pourra, être modifiée ou réformée en profondeur s'il en était besoin. Et elle en aura sans doute besoin.

Je n'ai pas le sentiment que les parlementaires et même le gouvernement considèrent cette loi comme un dernier mot, mais plutôt comme une contribution que l'expérimentation devra affiner probablement à plusieurs reprises.

Merci en tout cas à toutes celles et tous ceux qui font part en toute liberté sur ce blog de leur opinion, toujours stimulante, souvent passionnante. Qu'ils n'hésitent pas à écrire ici ce qu'ils ont sur le coeur et qu'ils sachent que j'y attache une extrême importance.

Commentaires (33) | Rédigé par Paul Giacobbi le 06/05/2009

Sombrero

04/05/2009

Le Mexique est certainement un pays fascinant.

Savez-vous par exemple que l'étrange emblème de cette sympathique République – un aigle perché sur un cactus tenant en son bec un serpent – s'explique par la prophétie des prêtres qui guidaient la migration des Aztèques et qui leur ordonnèrent de s'arrêter quand cette scène zoologique improbable se présenta tout à coup devant eux ?

Ce pays est aussi je crois le seul au monde à s'enorgueillir d'un parti politique qui s'appelle le parti « révolutionnaire institutionnel » et qui est d'ailleurs infiniment plus institutionnel qu'il n'est révolutionnaire !

La grippe est vieille comme le monde, elle tue chaque année de 3 000 à 5 000 français et a tué au moins 50 millions d'européens au lendemain de la Première guerre mondiale.

L'actuelle grippe mexicaine, issue d'une souche humaine qui a muté chez le porcin et qui nous revient en boomerang, n'est pas plus dangereuse qu'une autre et, même s'il est sain de prendre un certain nombre de précautions, il est tout à fait irresponsable de provoquer, pour un phénomène épidémiologique récurrent, une panique planétaire qui pourrait coûter deux points de croissance alors même que nous nous enfonçons déjà dans la récession.

Il est aussi parfaitement injuste de faire porter le chapeau au malheureux Mexique qui n'est pour rien dans le démarrage de la pandémie, laquelle lui est peut-être arrivée par une importation de porcs étrangers.

Il est vrai que lorsque l'Amérique tousse, on accuse facilement aux Etats-Unis le Mexique, le peuple mexicain ayant une grande habitude de porter le chapeau. Il est néanmoins injuste de vouloir l'affubler de l'immense sombrero d'une pandémie mondiale imaginée dans les bureaux de l'OMS !



Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 04/05/2009

Risque systémique

04/05/2009

Quand tout va mal, on aime bien se remémorer des traits d'humour vraiment désopilants.

Ainsi, en septembre 2008, Madame Lagarde proférait cette affirmation qui est à mourir de rire si ce n'est à pleurer de chagrin : « le gros risque systémique est désormais derrière nous ».

Un récent document de l'organisme de régulation allemand pour les banques estimait à plus de 1000 milliards d'euros les dépréciations d'actifs restant à faire pour les banques allemandes.

La France, grande spécialiste des lignes Maginot et des immunités tchernobyliennes, n'est guère épargnée non plus et, du propre aveu de son nouveau président, Natixis devrait déprécier ses actifs illiquides pour une valeur d'environ 50 milliards d'euros.

La vérité, c'est que l'Europe et les Etats-Unis sont en train de se lancer dans un scénario à la japonaise selon lequel, à force de ne pas regarder en face l'ampleur du désastre, on se condamne à subir, à tout le moins, une bonne décennie de crise économique.

Le vrai risque systémique est, en réalité, devant nous, le miracle du dollar qui se maintient malgré la crise est assimilable à la situation de celui qui est tombé du quarantième étage et qui constate, parvenu dans sa chute au quinzième étage, que jusque-là tout va bien.

Pire encore, les choses en sont à un point tel que nos politiques de relance et de liquidités vont fatalement entrainer un frémissement de reprise qui lui-même provoquera inévitablement l'éclatement de la bulle financière publique.

Tout ce que j'ai pu dire sur le sujet et que je répète inlassablement depuis deux ans dans ce blog, à la tribune de l'Assemblée nationale, dans les papiers que j'écris pour le groupe de travail parlementaire sur la crise et jusqu'à l'Elysée où j'ai pu expliciter mon point de vue au président de la République lorsqu'il a reçu ce groupe de travail, pouvait apparaître jusqu'à ces dernières semaines comme une opinion très minoritaire.

Je constate aujourd'hui que cela devient progressivement un consensus.

Je lis, par exemple, ce jour dans le Financial Times sous la signature de M. Wolfgang Münchau : « I see nothing in our situation or our response to persuade me that it will take less than a decade to get out of this ».

C'est dire ce que je répète depuis bientôt deux ans, à savoir que la crise durera à peu près une décennie car je suis un incurable optimiste !

Commentaires (1) | Rédigé par Paul Giacobbi le 04/05/2009

Les dispositions relatives à la protection de la création sur internet sont indispensables. Deux anciens ministres socialistes de la culture vont d'ailleurs voter pour. Les créateurs la défendent ardemment.

Demander la liberté de téléchargement au nom de la liberté tout court revient à exiger la suppression des caisses dans les supermarchés. Quand il n'y avait pas de droits d'auteurs, les plus grands créateurs vivaient mal, dépendant de la faveur du prince ou contraints de pratiquer des petits boulots : Jean-Sébastien Bach a été engagé pour la première fois de sa vie comme « violoniste et laquais » et a terminé sa carrière comme professeur de musique dans le secondaire.

Que les dispositions pratiques de la loi ne soient pas excellentes est un fait, mais il serait dramatique pour la création d'autoriser le libre téléchargement ou pire de faire dépendre la rémunération des créateurs des seules recettes publicitaires car cela constituerait un recul historique que personnellement je ne peux admettre.

N'approuvant pas totalement les dispositions pratiques de la loi, mais étant favorable à la sanction du téléchargement illégal, je m'abstiendrai donc.

Commentaires (18) | Rédigé par Paul Giacobbi le 04/05/2009
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