Une souillure nationale

Article de Paul Giacobbi paru dans Tribunes socialistes - 7 décembre 2004



Moins de trois cent mille habitants et presque autant d’actes racistes violents que sur l’ensemble du territoire national, des actes commis en bandes organisées qui mettent souvent en danger la vie d’autrui, quand ils ne représentent pas de véritables tentatives de meurtre comme à Sartène.

La Corse est souillée par ces actes que rien ne peut excuser, que tout condamne et qui ne peuvent être tolérés.

Comment en est-on arrivé là dans une île autrefois accueillante et qui se targuait même de sa tradition d’hospitalité ?

Ne nous y trompons pas : si la Corse est évidemment en cause, elle subit là une évolution perverse qui se manifeste dans l’ensemble de la France même si elle atteint dans notre île un odieux paroxysme.

Il est trop facile d’accuser la seule Corse quand le racisme et l’antisémitisme se développent à l’évidence dans notre pays ou de répondre à ce racisme par un autre en feignant de croire que les corses seraient collectivement racistes parce que quelques uns y ont basculé !

Qui oserait accuser collectivement les alsaciens d’antisémitisme parce que plusieurs cimetières israélites ont été ignoblement profanés en Alsace par des croix gammées et des inscriptions nazies ?

Ne nous y trompons pas non plus : ce que vit la France en général et la Corse en particulier n’est pas un épiphénomène imputable à quelques individus ou à quelques groupuscules isolés mais nous renvoie à une véritable schizophrénie nationale en matière d’immigration. Et dans ce domaine comme dans d’autres, la Corse n’est pas une exception, mais dans son outrance, plutôt un révélateur.


On peut décliner cette schizophrénie en cinq points.

Premièrement, la France a un besoin vital de l’immigration et ce besoin ne fera que s’accroître dans les quarante prochaines années, ne serait-ce que pour combler le déficit démographique et professionnel imputable au passage à la retraite des classes d’âge de l’après-guerre.

Pourtant, bien loin d’admettre la nécessité de l’immigration, notre pays prétend fermer ses frontières, imagine combler les postes vacants qui vont affecter l’ensemble des professions par un simple effort de formation et compte payer les retraites par on ne sait quel rééquilibre des cotisations et des prestations dont chacun voit bien qu’il est parfaitement impossible sans un apport massif de nouveaux cotisants.

A cet égard, en Corse, l’économie productive qu’il s’agisse du bâtiment, de l’agriculture ou même, en grande partie du tourisme, est inconcevable sans l’immigration.

Deuxièmement. Nous multiplions les discours sur le modèle républicain d’intégration mais notre politique sociale de l’immigration est une faillite nationale dont la Cour des Comptes vient de dresser un constat sans concession.

En Corse, les politiques sociales en général, et celles qui concernent l’immigration en particulier, restent embryonnaires et même si le Conseil général de Haute-Corse a commencé, depuis six ans, à prendre à bras le corps ce problème crucial, largement laissé à l’abandon jusque là.

Troisièmement. La France est le pays des droits de l’homme et de l’égalité en droits. Mais en pratique, nous ressemblons parfois à la démocratie athénienne dans laquelle on distinguait les citoyens, les résidents étrangers privés de droits civiques, que l’on appelait les « métèques », et les esclaves. Chez nous, les immigrés légaux n’ont aucun droit civique et les immigrés clandestins sont parfois à la limite de l’esclavage.

En Corse, cette situation est poussée jusqu’à la caricature puisqu’il n’y a pratiquement aucun représentant de l’immigration dans la vie publique municipale, départementale ou régionale et qu’ils restent très marginaux dans la vie associative, voire dans la vie sociale en général.

Quatrièmement. Notre politique étrangère est clairement, outrageusement, pro-arabe, comme s’il nous fallait compenser par une outrance extérieure, une terrible lacune intérieure.

Cinquièmement. Bien que nous semblions tenir encore au principe essentiel de laïcité, force est de constater que celui-ci s’effiloche, qu’il apparaît de plus en plus comme une contrainte et, de moins en moins comme une liberté.

Et pendant ce temps, un communautarisme qui n’ose pas dire son nom et qui est pourtant au cœur de la démarche de la droite, progresse sournoisement et contribue tout à la fois à faire perdre nos repères républicains et à semer la confusion, voire à susciter des réactions de rejet.

Si l’on veut vraiment, en Corse ou ailleurs, extirper le racisme, il faut s’atteler à la tâche indispensable consistant en une vraie politique globale, généreuse et républicaine de l’immigration. Faute de quoi, le malaise augmentera, les violences communautaristes se déchaîneront, dans un sens comme dans un autre.

Mardi 7 Décembre 2004

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