Une démocratie sans le peuple

Interview à Corse-Matin publiée le 9 juin 2005



Vous avez voté « non » au référendum sur le traité constitutionnel. Vous devez être satisfait du résultat ?

En effet, le 5 avril dernier, j’expliquais qu’un européen devait rejeter le traité constitutionnel et que le « non » français serait suivi de bien d’autres, en fait par la plupart des pays appelés à se prononcer par voie référendaire.

Cette Constitution est aujourd’hui rejetée par la France mais aussi par les Pays-Bas. La Grande-Bretagne renonce à organiser son référendum, tandis que les plus grandes incertitudes apparaissent quant au résultat d’une consultation populaire en République tchèque, en Pologne, au Danemark et même au Luxembourg.

Cette Europe qui prétend se construire sans démocratie s’est heurtée au rejet des peuples.

L’Union européenne semble aujourd’hui affaiblie. Comment voyez-vous son avenir ?

La construction européenne est à la croisée des chemins. Le seul gouvernement possible pour l’Europe est un gouvernement « du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

Cette formule d’Abraham Lincoln est, selon la Constitution de la Vème République, le principe de gouvernement de la France.

Si les gouvernements et les élites politiques de l’Europe acceptaient d’y revenir, la construction européenne reprendrait sur des bases saines pour transformer notre continent en une puissance à l’échelle du monde.

Si nos dirigeants persistent à vouloir faire l’Europe sans démocratie, nous nous enfoncerons dans la crise et notre union sera réduite à une zone de libre-échange impuissante et inefficace.

Que vous inspire la nomination du nouveau gouvernement emmené par Dominique de Villepin ?

Le nouveau gouvernement que le Président de la République vient de nommer donne précisément le mauvais exemple.

Face à un peuple qui manifeste son attachement à la démocratie et son rejet d’un libéralisme pathologique, on nous impose un premier ministre qui ne connaît pas le peuple et pas beaucoup plus la France, et un ministre de l’intérieur qui affiche une priorité : casser le modèle social français.

Que signifie ce « non » pour la Corse ?

La Corse, quant à elle, a bien peu profité de l’Europe et de sa politique régionale et, à cet égard, la comparaison avec les régions euroméditerranéennes est accablante pour nos gouvernants régionaux.

Pire, c’est dans l’indifférence de nos responsables régionaux et du chef de l’Etat que la Corse sort de l’objectif 1, sans même bénéficier de la phase transitoire accordée pourtant à d’autres régions européennes plus riches que la nôtre.

Dans ce domaine comme dans d’autres, l’activité de la CTC peut se résumer ainsi : pas de projet, pas de travail, pas de résultats.

La Corse s’est massivement prononcée, lors du référendum constitutionnel, et la droite insulaire s’y est trouvée laminée malgré les prises de position pour le « oui » de ses dirigeants.

En Corse, comme dans l’ensemble de la France, le peuple n’est ni écouté, ni entendu.
Jusqu’à quand supporterons-nous cette démocratie sans le peuple ?

Mardi 14 Juin 2005

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