Une Corse prospère et diverse

Juin 2002 – décembre 2004, voici deux ans et demi que j’ai l’honneur de vous représenter à l’Assemblée nationale.



Une tradition, certes, dans ma famille mais jamais acquise. Toujours soumise au regard attentif et critique des électeurs.

Une moitié de mandat bien chargée.
Occupée à porter la voix de la Corse et à défendre ses intérêts. Les batailles sont âpres dans l’hémicycle face à des ministres qui préfèrent bien souvent les annonces tonitruantes et les déplacements spectaculaires dans l’île plutôt que de simplement tenir leurs engagements.

Il est difficile d’être la voix discordante, l’empêcheur de tourner en rond. Mais je constate que dans notre île, les citoyens ont envie que l’on parle clair et que l’on se batte pour eux. A l’Assemblée nationale, les députés de gauche mais aussi de droite, sont conscients des problèmes de la Corse et prêtent une oreille attentive à ce que je dis, voire n’hésitent pas à l’approuver publiquement, même lorsqu’il s’agit d’une critique sévère du gouvernement.

Vous m’avez élu à l’Assemblée nationale pour dire la vérité.

Vous pouvez compter sur moi pour porter cette vérité !

Deux exemples montrent l’incapacité du gouvernement : le PEI et la sécurité.

J’ai réclamé, lors du processus de Matignon que l’on donne à la Corse les moyens de rattraper son retard en terme d’équipements et d’infrastructures. Mais pas en faisant semblant !

Venu en personne à Ajaccio, le Premier ministre a annoncé triomphalement que l’Etat consacrerait 38 millions d’euros au PEI en 2005. La plus grande partie de cet argent n’a rien d’exceptionnel. Il s’agit du simple transfert de crédits déjà attribués à la Corse. S’il n’y avait pas le PEI, la Corse bénéficierait des mêmes moyens.

Les élus, maires et conseillers généraux savent bien la réalité du PEI dont ils ne voient pas la couleur, et la population à qui l’on vante tellement les projets mirifiques, s’étonne de ne rien voir se réaliser, sauf ce qui était déjà prévu et financé avant le PEI.

Les ministres de l’Intérieur se succèdent et malheureusement se ressemblent. Lors de son dernier déplacement, M. de Villepin affirmait qu’aujourd’hui la Corse était en sécurité, en tout cas beaucoup plus sûre qu’il y a un an.

Depuis cette affirmation péremptoire, pas un jour ne passe sans qu’un nouvel incident violent se manifeste.

Comment inverser la tendance ? Comment y croire encore ? Il faut inventer une économie corse capable de procurer à son environnement économique une contrepartie raisonnable de biens et de service justifiant ce qu'elle revendique encore en terme de transfert et de solidarité. Et, à cet égard, il ne faut pas désespérer. Cette île, on l’a vu, possède de fortes potentialités.
Mon père concluait dans un ouvrage sur la Corse écrit il y a bien longtemps : « voilà des années que je parcours la Corse, je la comprends à peine et c'est pourquoi je l'aime ».
Je m'aperçois aujourd'hui que c'est pourtant la même constatation qui m'attache à cette île ou plutôt le défi qu’elle nous lance. Il faut, bien sûr, rêver un peu ou même rêver complètement pour imaginer aujourd'hui une Corse heureuse et prospère.

Il appartient donc à chacun de jouer son rôle. Au plan national, il est indispensable que l’on cesse de prendre la Corse pour un jouet servant des fantasmes ou des rivalités. A présent que le cadre institutionnel est fixé durablement, l’île peut se concevoir, enracinée dans sa culture, à l’aise dans son autonomie politique mais élément à part entière d'une République ouverte et diverse.



Lundi 29 Novembre 2004

Paul Giacobbi - Photo officielle
Edito
de Paul Giacobbi
Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse

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