Un voyage pour rien



Le ministre de l’intérieur est allé à Ajaccio et son déplacement peut se résumer aux quelques rodomontades habituelles contre les criminels et les voyous, quelques affirmations fortes et quelques promesses de revenir bientôt pour travailler.

Deux éléments doivent cependant retenir notre attention dans ce déplacement pourtant placé sous le signe de la répétition et du parler pour ne rien dire.

Le ministre a indiqué que l’enquête sur l’assassinat de Robert Feliciaggi irait « jusqu’au bout ». Mais jusqu’au bout de quoi exactement ?

Et d’abord, pour aller jusqu’à un bout, il faut déjà commencer par le commencement, c’est-à-dire donner des instructions et des moyens pour une véritable enquête et ce n’est évidemment pas le cas puisque l’on se contente de constater quelques faits sans en tirer aucune conséquence, tandis que les rumeurs sont régulièrement alimentées dans la presse par les bavardages de ceux qui normalement dans ce domaine ont le devoir de se taire.

Que d’hypocrisie dans une telle affaire dont on peut être certain par avance que malheureusement elle n’aboutira à rien sauf à dire le plus grand mal de la malheureuse victime selon l’habitude prise dans ce pays où à défaut de prendre et de punir les coupables on préfère diffamer leur victime.

Le ministre a manifesté, par ailleurs, une lueur de lucidité à propos du développement de la Corse en remarquant que la Collectivité territoriale de Corse avait tous les pouvoirs et les moyens nécessaires et qu’il lui appartenait de prendre des initiatives.
Ceci est vrai mais il aurait pu ajouter trois éléments.

Le premier est l’incompétence notoire de ses amis en place à la région.

Le second, c’est que l’Etat n’a pas mis d’argent dans le PEI qui ne lui a coûté que 40 millions d’euros en quatre ans, c’est-à-dire quatre fois moins que les dépenses d’investissement du seul Conseil général de Haute-Corse pour la même période.

Le troisième, c’est qu’en deux ans la majorité régionale a vidé les caisses de la région, la faisant passer brutalement et sans qu’aucun résultat tangible n’ait été vu sur le terrain d’une situation confortable à une situation tendue qui, en tout état de cause, ne lui permettra plus d’apporter la contre partie régionale indispensable au dossier du PEI.

Enfin, le ministre a poursuivi son voyage en se reposant et a promis qu’il reviendrait pour de nouvelles réunions de travail.

Mais, depuis quatre ans, il a tout dit sur la Corse et ce n’est pas à quelques mois de la fin de ses fonctions ministérielles qu’il doit nous parler de ses projets d’avenir. On peut cependant comprendre qu’il ne veuille pas parler de son bilan sur la Corse car il est, sur tous les plans, catastrophique.

Dans ces conditions, il serait souhaitable, la prochaine fois, que le ministre vienne simplement se reposer, qu’il se dispense des discours et même des séances de travail.
Si la saison est belle, il pourrait directement passer de son somptueux jet privé à la plage et revenir tout aussitôt.

La Corse y gagnera un touriste prestigieux de plus. Ce sera au moins çà de pris car pour le reste, elle n’a rien à attendre de ce gouvernement.

Mardi 21 Mars 2006

Paul Giacobbi - Photo officielle
Edito
de Paul Giacobbi
Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse

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