Un européen doit dire « non » à cette Europe-là !



Je suis européen et même fédéraliste. Je souhaite une Europe démocratique avec un vrai gouvernement responsable devant un vrai parlement.

Le parlement européen d’aujourd’hui n’a guère de maîtrise sur les lois ou le budget. Il n’exerce qu’un semblant de contrôle sur la commission, aucun sur le conseil des ministres, tandis que la banque centrale européenne, qui définit la politique monétaire, est souveraine ne dépendant ni du parlement, ni de la commission, ni du conseil des ministres.

La politique européenne est mise en œuvre par des technocrates qui appliquent des règles intangibles de libre concurrence absolue et de rigueur budgétaire et monétaire.

Le résultat est lamentable. Cette Europe-là est un échec économique. La croissance européenne est la moitié de celle des Etats-Unis et le quart de celle des grands pays d’Asie que sont la Chine et l’Inde.

Au sein de l’Europe, les pays qui sont en dehors de l’euro, comme la Grande-Bretagne, s’en tirent mieux que ceux qui se sont définitivement enfermés dans la monnaie unique.

L’absence de démocratie dans cette Europe est la cause d’un véritable divorce entre les peuples d’Europe et la technocratie de Bruxelles. Personne ne se sent représenté par un parlement fantôme, personne ne fait confiance à un pseudo gouvernement qui reste irresponsable.

Le projet de Constitution est destiné à figer, de manière absolue et définitive, ces errements.

Si elle contient quelques rares phrases creuses et sans portée juridique sur le social et le service public, elle donne une force constitutionnelle à tout un monde de règles hyper libérales qui condamnent le service public et les politiques sociales et qui soumettent l’Europe à une concurrence sauvage à l’intérieur et à l’extérieur.

Aucun pays au monde ne s’impose de tels carcans.

La Constitution américaine n’impose aucune règle libérale, et les Etats-Unis savent, quand cela est nécessaire, déroger à l’équilibre budgétaire, dévaluer leur monnaie, fermer leurs frontières à la concurrence sauvage et même permettre à la puissance publique d’intervenir massivement dans le domaine économique.

Ce constat, les français le font par eux-mêmes, et sont capables de comprendre sereinement ce qui ne va pas dans cette Europe qu’on veut leur imposer à titre définitif.

Dans cette situation, les partisans du « oui » caricaturent le débat, confondent l’Europe et la Constitution, prédisent le chaos et la marginalisation de la France.

Les français sont insensibles à de tels arguments. Ils savent que cette Constitution est fondée sur une vision de l’Europe qui a déjà échoué. Ils savent que voter « non » c’est sortir de cette impasse et travailler à une autre Europe.

Ils savent aussi que cette Constitution sera rejetée par d’autres pays, à coup sûr la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, et que voter « non », c’est peser de tout le poids de la France dans une renégociation qui aura lieu de toute façon.

S’agissant enfin de la Corse, vous devez savoir que cette Constitution renie toute spécificité aux îles, exige le démantèlement des services publics et condamne toute politique particulière de continuité territoriale. Dans l’état où elle se trouve, la Corse n’a vraiment pas besoin de cela !

Pour toutes ces raisons, je voterai « non » au référendum du 29 mai 2005.


Mardi 5 Avril 2005

Paul Giacobbi - Photo officielle
Edito
de Paul Giacobbi
Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse

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