SNCM : Chronique d’un coup monté

Article paru dans Tribune socialiste - octobre 2005



Dans l’affaire de la privatisation de la SNCM, le plus grave et le plus répréhensible des détournements n’est pas celui d’un navire par des syndicalistes mais le détournement de bien public organisé par le gouvernement.

Qu’est-ce que c’est que cette procédure de privatisation ? Où, quand et comment le Parlement qui représente le peuple actionnaire de la SNCM a-t-il été consulté ou même simplement informé ?

De qui se moque-t-on ?
La semaine dernière, c’était la privatisation à 100% ou la faillite.
Nous en sommes aujourd’hui à moins de 70% et les négociations se poursuivent avec une troisième proposition aux alentours de 60%.

De jour en jour, d’heure en heure, le gouvernement a changé de direction comme un navire sans cap.

De solutions « uniques » en revirements, il a créé les conditions d’une crise majeure et donne à voir le spectacle de son incapacité à gérer une compagnie dans un secteur très porteur, celui du fret et du transport de passagers en Méditerranée.

Une suite d’erreurs troublantes

1. On a décidé de privatiser la SNCM après que l’Etat eut lancé une véritable campagne de torpillage de la société, notamment en parlant de déficit chronique alors qu’elle était encore bénéficiaire en 2003.
2. On s’est « accommodé » de ce que les seules offres reçues provenaient de fonds d’investissement, ce qui souligne l’absence d’intérêt d’un « vrai capitalisme industriel » et a fortiori spécialisé en transport.
3. L’offre de la Connex, qui proposait une entrée progressive au capital et un apport de 75 millions d’euros, a été écartée au profit de celle de M. Butler qui apportait 40 millions de moins et exige 10 millions de plus de l’Etat
4. L’offre initiale du « repreneur » prévoyait un apport en capital très faible en regard des subventions touchées jusqu’à aujourd’hui au titre de la continuité territoriale, de la valeur des actifs nets, et des sommes que l’Etat prévoit de verser pour recapitaliser une dernière fois l’entreprise.
5. Ces projets sont intervenus sans intervention apparente de la Collectivité Territoriale Corse, responsable de la continuité territoriale, et qui doit tout prochainement définir les conditions de la future délégation de service public au titre de la continuité territoriale maritime.
6. Enfin, s’agissant de l’avenir de la SNCM, rien n’a été formulé en dehors de la nature du tour de table et du nombre d’emplois supprimés. Aucune stratégie n’a été exposée.
Nous nous trouvions donc, mécaniquement face à une situation provoquant une triple inquiétude totalement prévisible :

- Une inquiétude économique relative à la viabilité – économique, financière et sociale - de la solution ébauchée ;
- Une inquiétude sociale s’agissant de l’emploi et sans doute des conditions de travail et de rémunération des marins ;
- Une inquiétude insulaire face à ce qui est ressenti comme une sorte de spoliation du fruit des contributions relatives à la continuité territoriale, et un risque évident de disparition d’un service public vital.

Le dépeçage a commencé

Il y a trois jours, l’Etat n’avait plus le droit de recapitaliser la SNCM.
Aujourd’hui, il va injecter 113 millions d’euros.
Depuis des mois, on nous martèle que la société publique est au bord de la liquidation mais où sont passés ses actifs valorisables en centaines de millions d’euros ?

Une partie du dépeçage a déjà commencé avec la cession confidentielle pour une somme restée secrète de la participation à 50% de la SNCM dans une filiale prospère et bénéficiaire, Sudcargos, intervenue il y a quelques jours en faveur du groupe CMA-CGM.

On sait déjà, par ailleurs, qu’une autre participation stratégique de la SNCM – les 45% qu’elle détient dans le groupe CMN, sera cédée dans quelques mois à vil prix et dans la plus grande opacité.

De la transparence pour les contribuables

La Corse, même si les représentants de la région se déclarent incompétents juridiquement, a le droit de participer à la décision s’agissant d’une société qui a reçu chaque année depuis vingt ans plus de 60 millions d’euros de la Collectivité Territoriale de Corse au titre de la continuité territoriale.

Mais l’ensemble des contribuables français que l’Etat représente comme actionnaire de la SNCM ont le droit d’être informés exactement.

Une méthode et une stratégie claires

Si la logique, le respect des lois et le souci de l’intérêt général l’avaient emporté dans cette affaire, une solution était possible économiquement et juridiquement, et acceptable par les salariés.

Il fallait accepter qu’un ou plusieurs opérateurs de référence dans les transports reprennent une très forte minorité dans le capital de la SNCM, procède à un plan social négocié avec les partenaires sociaux – prêts d’après leurs propres déclarations à accepter 400 licenciements – et financé en partie par l’Etat.

Un tel plan pouvait s’accompagner d’un engagement à terme soit au remboursement des fonds investis par l’Etat au titre de la recapitalisation, soit à une cession plus large au secteur privé, à condition que cela fasse l’objet d’un consensus.

Un tel plan eut été accepté par l’Union européenne parce qu’il n’altérait pas les conditions de la concurrence et que l’Etat ne faisait que jouer un rôle d’actionnaire.

Il est urgent que le gouvernement renonce à une affaire manifestement glauque.

On peut négocier avec le personnel de la SNCM qui se déclare prêt à accepter une participation privée et un plan social, des solutions de nature à préserver le service public tout en renouant avec la rentabilité de la société.

Le gouvernement doit comprendre qu’il ne fera pas passer en force une solution manifestent concoctée de longue date au profit d’intérêts particuliers.

Jeudi 6 Octobre 2005

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