Réforme ou faillite : la gauche doit prendre position !

Tribune de Paul Giacobbi



Depuis soixante ans, notre Etat n'a pas prévu que ses fonctionnaires partaient en retraite. Notre République ne met de côté, ne provisionne rien, pour la retraite de ses fonctionnaires, à part une cotisation minime retenue sur les agents. Le système a été équilibré tant que l'inflation du nombre des fonctionnaires de l'Etat permettait curieusement de masquer la charge de leurs retraites.

Aujourd'hui, que les dépenses de fonction publique tangentent la moitié des dépenses de l'Etat et que brusquement l'effectif de chaque classe d'âge de fonctionnaires partant à la retraite se trouve doublé, il n'existe plus pour notre République que l'alternative de la réforme ou de la faillite.

Si l'on maintient constants les effectifs de la fonction publique, c'est-à-dire si l'on remplace chaque fonctionnaire partant en retraite, les charges correspondantes passeront à 50% du budget de l'Etat en 2010 et à 90% en 2040 !

Imaginer que l'on pourrait financer cela par une augmentation massive des impôts ou par un recours augmenté à l'emprunt relève du délire. La question du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n'a même pas à être posée, c'est un impératif qui s'imposera jusqu'au milieu du XXIème siècle à tous les gouvernements de droite, de gauche et du centre.

Mais la réforme ne peut se résumer à cette réduction drastique.

On ne peut en effet se passer d'un grand nombre de nos fonctionnaires en particulier dans l'enseignement, l'hôpital, la police, sans compenser cette perte d'effectifs par des progrès de productivité.

Le mot n'est pas apprécié dans la fonction publique dans laquelle notre tradition nationale voudrait que l'on ne puisse faire plus que si l'on dispose d'effectifs supplémentaires.

J 'ai du mal à croire que toutes les activités humaines depuis l'aube de l'Humanité aient connu d'immenses progrès de productivité à l'exception unique du service public à la française.

Qu'il s'agisse des services administratifs et financiers, nul ne peut contester que les moyens modernes de traitement de l'information et de communication ont permis au cours des dernières années des progrès foudroyants. Et ne parlons même pas du gisement immense de la simplification administrative, dans un pays parmi les plus administrés de la planète.

Les moyens modernes de surveillance amèneront en France, comme cela a été le cas en Grande-Bretagne, de considérables progrès de productivité pour la police.

L'hôpital moderne doit aussi pouvoir dégager le soignant d'une masse de tâches administratives diverses qui font qu'il est aujourd'hui souvent penché sur une feuille de papier ou un clavier d'ordinateur alors que sa place est auprès de ses malades.

Dans l'éducation nationale elle-même où l'immensité ahurissante des programmes scolaires comme le temps de travail hebdomadaire monstrueusement chargé de nos enfants n'ont pas d'équivalent dans le reste du monde, l'un et l'autre peuvent être allégés tandis qu'un rapprochement des période de congés sur le droit commun permettrait de mieux équilibrer l'année, le gain de productivité est évidemment possible.

Bien d'autres questions pourraient être encore posées : la population danoise disposant pour mille habitants de deux fois moins de lits d'hôpitaux que les français ne s'en porte pas plus mal et n'est pas signalée à ma connaissance par l'Organisation Mondiale de la Santé comme en situation de détresse sanitaire.

Nos hommes politiques, qui apprécient d'enseigner dans les universités francophones du Canada, feraient bien d'y effectuer quelques stages dans les administrations financières qui leur démontreraient que notre petite LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances) n'est qu'un premier balbutiement dans la voie d'une gestion moderne, responsable et transparente des deniers publics.

La recherche de la productivité dans le service public ne se fera pas contre le fonctionnaire mais en sa faveur. Plutôt que de lui conserver des avantages plus modestes qu'on ne le croit et que nous n'avons plus les moyens financiers d'honorer, la réforme lui ouvrira de nouvelles perspectives. A cet égard, force est de reconnaître que le droit d'opter entre le statut et un contrat de droit privé à l'entrée dans la fonction publique, une rémunération et une promotion beaucoup plus centrées sur le mérite que sur l'ancienneté, ainsi que l'incitation au départ vers le privé pour ceux qui le souhaiteront par l'attribution d'un pécule vont dans le bon sens et seront bénéfiques à terme aux agents du service public.

Un cadre qui aurait débuté dans les années 60 dans l'informatique, l'automobile ou la sidérurgie et qui prendrait sa retraite en ce moment aura connu de considérables changements de conventions collectives et de contrats de travail, qui auront évolué aussi vite que le secteur d'activité et sa fonction personnelle.

Le fonctionnaire du ministère des finances qui aurait poursuivi sa carrière à la même période aura connu une révolution des méthodes de travail dans son administration mais son statut, très spécifique parmi des milliers d'autres, les modalités de sa rémunération, l'organisation même de son temps de travail, n'auront subi en quarante ans que des changements imperceptibles.

Chacun est conscient que la réforme est inéluctable sauf à nous acculer à la faillite. Protester par principe contre toute perspective de réforme sans même en négocier les modalités n'est pas défendre l'intérêt des fonctionnaires, des usagers et de la nation, c'est tout simplement les tromper.

Réservons plutôt les forces qu'il reste à gauche pour discuter pied à pied de la préservation en France d'un grand service public qui puisse constituer encore longtemps une des grandes attractivités de notre pays, et à fonder une nouvelle fierté de ce service public sur des valeurs dynamiques et modernes toujours respectueuses des meilleures traditions de notre Etat.

Nier l'évidence de la réforme conduirait la gauche à l'impasse et surtout, ce qui est beaucoup plus grave, ferait de cette inévitable évolution un traumatisme de notre histoire alors qu'elle pourrait avoir l'effet bénéfique d'une véritable renaissance.

Mercredi 7 Novembre 2007

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