Reconnaissance des langues régionales

Paul Giacobbi a cosigné la proposition de loi constitutionnelle déposée par Victorin Lurel, député de la Guadeloupe, tendant à la reconnaissance des langues régionales.



EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

On ne saurait lutter contre les inégalités sans tenir compte de la diversité.

Il ne s’agit en aucun cas d’une diversité « ethnique » qui nous renverrait bientôt à des considérations raciales que la morale républicaine réprouve et que la science réfute, mais à la diversité des origines et des cultures. Reconnaître cette diversité culturelle plutôt que de la nier nous paraît aujourd’hui le plus sûr moyen de préserver l’identité républicaine. Car seule la reconnaissance du multiple peut garantir notre unité. Seule la reconnaissance du multiple peut favoriser l’égalité. À condition toutefois qu’il ne s’agisse pas d’une reconnaissance de la diversité de groupes mais d’une prise de conscience des variétés culturelles propres à chaque citoyen. Si nous voulons être tous égaux, commençons par admettre que nous sommes aussi tous différents.

Dès lors, notre diversité doit-elle être reconnue et valorisée par des mesures législatives permettant de lutter concrètement contre les discriminations et les fragmentations de la société française.

Mais reconnaître l’originalité de chaque citoyen, c’est d’abord lui donner la possibilité, s’il le souhaite, de pratiquer et de valoriser la langue ou les langues de sa culture, de son terroir, de ses aïeux, lorsqu’elles sont partie intégrante du patrimoine français, sans pour autant oublier que le français reste la langue officielle de la République.

En 1999, le professeur Bernard Cerquiglini, membre de la direction de la délégation générale à la langue française et aux langues de France, a répertorié plus de 75 langues régionales ou minoritaires parlées sur le territoire national. Des artistes régionaux, à présent reconnus, ont rouvert le livre de l’histoire locale, drainant derrière eux les hommes et les femmes, chaque jour plus nombreux, qui sont attachés à leur terroir. Des dispositions ont été prises un peu partout dans l’Hexagone en faveur des langues régionales : conventions entre l’État et les écoles bilingues alsaciennes, basques, béarnaises ou bretonnes pour la prise en charge des enseignants, signalisation routière bilingue, validations dans certaines banques des chèques libellés en langue régionale, émissions diffusées par le service public audiovisuel en catalan, alsacien, occitan, corse, breton ou basque ou créole. Mais cela n’est pas suffisant car la situation des langues minoritaires et régionales se révèle préoccupante, faute d’une reconnaissance publique.

Pourtant, les langues régionales sont une richesse et font partie de notre patrimoine au même titre qu’un monument historique, un paysage ou une œuvre d’art. Il faut non seulement les protéger mais encore les faire vivre car la protection d’une langue va de pair avec sa transmission entre générations. Il en va du devoir de la mémoire de notre patrimoine parlé et écrit, de la nécessité de le transmettre, le faire vivre et le régénérer. Pour parodier Stendhal, le génie d’un peuple, ce sont ses langues, dans la richesse de leur diversité et de leur dialogue.

La protection de ce patrimoine ne saurait être considérée comme étant indigne du régime juridique qu’offrent les normes de l’Union Européenne. Or, pour des raisons constitutionnelles tenant à la rédaction actuelle de l’article 2 de notre Constitution, la Charte européenne en faveur des langues régionales ou minoritaires n’a toujours pas pu être ratifiée en France.

Cet article, initialement destiné à préserver la langue française face à la langue anglaise, a en effet fait obstacle à l’usage et au développement des langues régionales. Cette nouvelle rédaction de l’article 2 de la Constitution permettra de lever bien des obstacles administratifs et réglementaires à l’utilisation, l’enseignement et à la diffusion des langues régionales. Il sera un signe fort en faveur de la diversité et de la richesse culturelle de notre pays. C’est enfin un préalable juridique nécessaire à la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

PROPOSITION DE LOI CONSTITUTIONNELLE

Article unique

Le premier alinéa de l’article 2 de la Constitution est complété par les mots : « dans le respect des langues régionales qui font partie de notre patrimoine ».

Jeudi 21 Février 2008

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