Raffarin, Sarkozy et le FLNC lancent la campagne du référendum

Le Monde 6-7 avril 2003



L'Union des combattants a revendiqué, samedi matin 5 avril, seize récents attentats "anti-Etat" perpétrés en Corse. Le premier ministre et le ministre de l'intérieur doivent ouvrir lundi, sur place, la procédure de "consultation" sur l'organisation de l'île, face à des élus divisés.
Le message avant l'annonce. Quarante-huit heures avant la visite en Corse de Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy, qui doivent y lancer, lundi 7 avril, la "consultation" locale sur l'organisation administrative de l'île, le FLNC (dit Union des combattants) a revendiqué, samedi matin 5 avril, une série d'attentats perpétrés depuis le début de l'année, principalement contre des bâtiments de l'Etat. Dans un communiqué authentifié et adressé à une radio insulaire, l'organisation clandestine s'attribue la responsabilité de seize actions, dont celles qui avaient dévasté les locaux du conseil général de Corse-du-Sud, le 15 mars, pris pour cible le palais de justice d'Ajaccio, des gendarmeries et la perception de Borgo (Haute-Corse), ou encore détruit la voiture d'un policier des renseignements généraux (Le Monde du 1er avril).

Le FLNC prend soin de préciser que ces actions, qu'il qualifie de "ponctuelles" n'ont "nullement pour vocation de remettre en cause -son- positionnement actuel" – il avait annoncé une trêve au mois de décembre 2002. Pour l'organisation clandestine, il s'agit d'une"réponse" aux "provocations de l'Etat, aux arrestations récentes, à la pression policière exercée sur les militants nationalistes, alors que la voyoucratie prospère aux côtés des responsables de l'UMP". Le texte précise que le mouvement fera "connaître -son- analyse politique" dans un "futur proche". Après deux mois de pression continue, le FLNC indique ainsi que le gouvernement reste, d'une certaine manière, sous surveillance.

Prôné par le ministre de l'intérieur, qui a reçu le soutien de Jacques Chirac – dont le conseiller, Maurice Ulrich, devait aussi participer à la visite – le référendum sur la création d'une collectivité unique unissant les deux départements pourrait se retourner contre son initiateur si le "non" devait l'emporter. Or, M. Sarkozy semble marcher sur une ligne de crête, entre des clandestins déterminés et des élus divisés. Une partie de l'UMP insulaire, bien représentée dans les conseils généraux, redoute que la disparition des départements la mène à son propre "enterrement".

La bataille politique, féroce, ignore en effet les clivages traditionnels. Les rencontres entre élus organisées dans l'île au mois de février ; la réception des conseillers généraux insulaires, le 28 mars à Paris – où de vifs échanges ont opposé le ministre de l'intérieur au sénateur (PRG) de Corse-du-Sud, Nicolas Alfonsi, et au maire (PRG) de Bastia, Emile Zuccarelli –, puis celle des chefs de la droite corse, le 1er avril, n'ont rien arrangé. M. Alfonsi dénonce désormais "les incroyables pressions dont sont victimes des élus de droite qui ne partagent pas les vues du ministre", M. Zuccarelli déplorant "le cadeau fait aux nationalistes". Autre élu radical, le président du conseil général de Haute-Corse, Paul Giacobbi, est devenu l'allié objectif de M. Sarkozy, et l'un des partisans d'une collectivité unique. "Avec l'empilement des compétences, dit-il, il faut aujourd'hui en Corse deux ans pour financer un réseau d'alimentation en eau ! Ça ne peut pas durer."

A droite, le paysage n'est pas moins éclaté. Le président (UMP) de l'assemblée territoriale, José Rossi, milite pour la collectivité unique, qui n'est pas, selon lui, "une réforme faite pour obtenir la paix avec les nationalistes, mais au nom de l'efficacité pour tous les Corses". Sénateur et président de l'UMP de Haute-Corse, Paul Natali, en revanche, exprime ses réserves face au risque d'"une reconcentration des pouvoirs" à Ajaccio, en ajoutant : "Le ministre l'a compris."

De l'autre côté, les nationalistes tentent de présenter un front unanime. Ouvrant la campagne des prochaines élections territoriales, en 2004, Indipendenza, formation majoritaire, a associé toutes les tendances – y compris celles qui refusent la clandestinité – à la campagne référendaire. Douze mouvements, dont le Partitu dia Nazione (PNC), l'ANC, les Verdi Corsi, ou encore les syndicalistes du STC se sont joints à Corsica Nazione et Indipendenza pour organiser, le 26 avril à Ajaccio, une manifestation sous le mot d'ordre : "Non aux départements ! Oui aux pouvoirs législatifs !"


"CLANISME"

"Nous avons toujours dénoncé le système départementaliste en Corse qui maintient le clanisme", rappelle le porte-parole de Corsica Nazione, Jean-Guy Talamoni. Les nationalistes n'ont, de fait, aucun élu dans les conseils généraux. La formule des "conseils territoriaux" n'est pour eux qu'un compromis bâtard. "La réforme va réintroduire les départements sous une forme déguisée", ont expliqué ensemble, jeudi à Bastia, M. Talamoni et Jean-Christophe Angelini, secrétaire national du PNC.

Le dialogue n'est pas fermé pour autant. Après débat, Indipendenza a répondu favorablement à M. Sarkozy, qui souhaitait rencontrer, à Paris, Jean-Guy Talamoni et Paul Quastana. L'entrevue a eu lieu mercredi. S'il est peu probable que les nationalistes fassent campagne pour le "non", ils peuvent néanmoins brandir la menace de l'abstention. "Le "oui" ne l'emportera que si les nationalistes appellent à voter pour le oui", estime Maurice Giudicelli, un des responsables du mouvement.

Les dirigeants, enfin, sont un peu débordés par leur base. "Quand les militants lisent le journal, leur seule réponse, ce sont les arrestations", résume l'un d'eux. M. Sarkozy martèle en effet ce credo : "Moins on commente, moins on donne d'importance aux nationalistes, plus on les arrête." Aussi a-t-il fortement médiatisé l'interpellation, vendredi, de six responsables du groupe dit des "anonymes", déjà en bonne partie démantelé à la fin de l'année 2002.

Les militants s'agacent enfin que les prisonniers "rapprochés" en Corse soient rarement des membres de l'ex-Cuncolta, tel Charles Santoni, doyen des détenus. Enfin, le Comité antirépression (CAR) s'inquiète de la santé de Jean Castela, victime, en mai 2002, d'un accident cardiaque et écroué pour complicité dans l'assassinat du préfet Erignac, dont le procès se tiendra du 2 juin au 1er juillet devant la Cour d'assises spéciale de Paris... en pleine campagne pour le référendum.

Pascal Ceaux et Ariane Chemin



Lundi 7 Avril 2003

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