Question au gouvernement

mercredi 18 juin 2003
Diplomatie française/crise irakienne



M. Paul Giacobbi - Ma question s'adresse au ministre des affaires étrangères. Le 19 mars dernier, dans un communiqué à l'AFP, j'indiquais en substance que les dernières semaines avaient sans doute été un grand moment pour nos dirigeants mais qu'à moins de confondre le spectacle et l'influence, les mots et les actes, les applaudissements furtifs et les engagements diplomatiques, l'heure du bilan risquait d'être celui d'une importante perte de crédibilité internationale pour la France (Huées sur les bancs du groupe UMP). L'heure de ce bilan a sonné. Monsieur le ministre, vous qui vous illustriez alors par vos formules et vos attitudes flamboyantes, en êtes aujourd'hui à quémander un geste, un regard, une parole de la puissance dominante (Mêmes mouvements). Ce qui est en cause n'est pas le choix fondamental, parfaitement légitime de la paix, de la stabilité, du primat du droit sur la force - vous avez d'ailleurs bénéficié du soutien sans faille de l'opposition dans cette voie -, mais bien une diplomatie incohérente, brusquement passée des principes au pragmatisme, de la grandiloquence à l'effacement, de l'agressivité à la soumission, de la clarté à l'ambiguïté (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP).

Ainsi nous assurez-vous que l'ONU, que vous placiez alors au centre de tout, revient. Certes, mais dans quel état ? La résolution 1483, que vous avez soutenue, revient à renoncer à toute remontrance à l'égard de l'autorité occupante, à lui conférer un mandat quasiment illimité, à lui donner le contrôle des exportations de pétrole irakien, à réduire le rôle de l'ONU à celui d'observateur, et, au passage, à transférer un milliard de dollars de ses caisses à New York à celles des Etats-Unis à Bagdad (« Très bien ! » sur plusieurs bancs du groupe socialiste).

Monsieur le ministre, vous avez évoqué, à la tribune des Nations unies, « la France debout » face aux hommes et face à l'histoire. Nous n'en sommes pas là, plus là. Nous ne sommes assurément plus debout. Mais au fait, où en sommes-nous ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste et du groupe des députés communistes et républicains ; protestations sur les bancs du groupe UMP)


Réponse du ministre

M. Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères - Vous avez raison, la diplomatie n'est pas art de spectacle, mais détermination, persévérance, ténacité, et parfois même humilité (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP et du groupe UDF ; exclamations sur plusieurs bancs du groupe socialiste).

S'agissant de l'Irak, les principes que nous avons défendus hier, nous continuons de les défendre aujourd'hui. Quels sont-ils ? Exigence de légitimité, d'unité de la communauté internationale, de responsabilité. C'est pour avancer dans l'intérêt de l'Irak, mais aussi de tout le Moyen-Orient et de la stabilité dans le monde, que la France a voté la résolution 1483. Je vous invite à relire les projets successifs de résolution, qui vous permettront de mesurer le travail accompli et de constater que le texte final marque bien un retour des Nations unies.

Ce retour de l'ONU se traduit aussi par la nomination d'un représentant du Secrétaire général, M. Vieira de Mello, dont la personnalité exceptionnelle peut faire la différence (« Il n'a aucun pouvoir ! » sur plusieurs bancs du groupe socialiste), et par la définition d'un mécanisme transparent de gestion des ressources pétrolières. Certification du désarmement, respect de la souveraineté de l'Irak (Interruptions sur les bancs du groupe socialiste), installation d'une autorité irakienne légitime : tout ceci suppose une attitude à la fois vigilante et constructive de la communauté internationale, et c'est bien la démarche de la France.

Au niveau bilatéral, nous rétablissons notre présence en Irak par le rétablissement d'une section d'intérêts et par la nomination d'un coordinateur interministériel, qui suivra les opérations de reconstruction.

Au niveau multilatéral, nous participerons à la conférence des donateurs organisée par les Nations unies à New York le 24 juin. Nous restons engagés, enfin, dans les autres foyers de crise du Proche-Orient. Bagdad est essentielle pour la stabilité de la région, mais n'oublions pas Jérusalem : c'est le message que le conseil européen de Thessalonique donnera à la communauté internationale (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).


Jeudi 19 Juin 2003

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