M. Paul Giacobbi - Ma question s'adresse au ministre des affaires étrangères. Le 19 mars dernier, dans un communiqué à l'AFP, j'indiquais en substance que les dernières semaines avaient sans doute été un grand moment pour nos dirigeants mais qu'à moins de confondre le spectacle et l'influence, les mots et les actes, les applaudissements furtifs et les engagements diplomatiques, l'heure du bilan risquait d'être celui d'une importante perte de crédibilité internationale pour la France (Huées sur les bancs du groupe UMP). L'heure de ce bilan a sonné. Monsieur le ministre, vous qui vous illustriez alors par vos formules et vos attitudes flamboyantes, en êtes aujourd'hui à quémander un geste, un regard, une parole de la puissance dominante (Mêmes mouvements). Ce qui est en cause n'est pas le choix fondamental, parfaitement légitime de la paix, de la stabilité, du primat du droit sur la force - vous avez d'ailleurs bénéficié du soutien sans faille de l'opposition dans cette voie -, mais bien une diplomatie incohérente, brusquement passée des principes au pragmatisme, de la grandiloquence à l'effacement, de l'agressivité à la soumission, de la clarté à l'ambiguïté (Vives protestations sur les bancs du groupe UMP).
Ainsi nous assurez-vous que l'ONU, que vous placiez alors au centre de tout, revient. Certes, mais dans quel état ? La résolution 1483, que vous avez soutenue, revient à renoncer à toute remontrance à l'égard de l'autorité occupante, à lui conférer un mandat quasiment illimité, à lui donner le contrôle des exportations de pétrole irakien, à réduire le rôle de l'ONU à celui d'observateur, et, au passage, à transférer un milliard de dollars de ses caisses à New York à celles des Etats-Unis à Bagdad (« Très bien ! » sur plusieurs bancs du groupe socialiste).
Monsieur le ministre, vous avez évoqué, à la tribune des Nations unies, « la France debout » face aux hommes et face à l'histoire. Nous n'en sommes pas là, plus là. Nous ne sommes assurément plus debout. Mais au fait, où en sommes-nous ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste et du groupe des députés communistes et républicains ; protestations sur les bancs du groupe UMP)