M. le président. La parole est à M. Paul Giacobbi, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.
M. Paul Giacobbi. Monsieur le président, mes chers collègues, ma question a trait à la crise nucléaire iranienne. Le Président de la République a exprimé sur ce sujet une position claire et lucide. Cette position ferme et rigoureuse, mais équilibrée et ouverte, marque une rupture salutaire – que notre diplomatie peine malheureusement à défendre et même à expliquer.
L’utilisation du mot « guerre », obligeant le chef de l’État à souligner qu’il n’aurait pas fallu l’employer, l’annonce inopinée d’un voyage à Téhéran, aussitôt qualifié d’inopportun par le Président, l’offre intempestive d’une médiation française, l’accusation de manipulation lancée à rencontre de la presse internationale, ont laissé un sentiment de désordre dans l’expression, pour ne pas dire de confusion dans la méthode.
Sur le plan multilatéral, nous avons subi plusieurs revers humiliants. Le directeur général de l’AIEA, prix Nobel de la paix, nous a, non sans ironie, rappelés au calme et a souligné que l’accord qu’il a passé avec l’Iran pour la mise en œuvre du contrôle constituait un pas décisif vers une solution. Alors que nous avions demandé l’application de nouvelles sanctions, les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne ont repoussé au mois de novembre l’échéance pour prendre une décision à ce sujet, souhaitant d’abord prendre connaissance des rapports que doivent rendre MM. El Baradei et Solana. Au sein de l’Union européenne, plusieurs pays, telle l’Allemagne, ont une position infiniment plus modérée que la nôtre – c’est un euphémisme –, quand ce n’est pas franchement critique, comme l’Autriche et bien d’autres.
Après tant de maladresses et de revers, vous devez éclairer la représentation nationale en répondant avec précision sur ces questions essentielles. Je rappelle que le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche a demandé un débat sur ce sujet crucial – un sujet que l’on dit même vital pour la planète – mais n’a, à ce jour, pas obtenu de réponse sur l’opportunité d’un tel débat. (« Scandaleux ! » sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)
Mes questions sont simples…
M. le président. Posez-les donc, monsieur Giacobbi !
M. Paul Giacobbi. La France entend-elle agir uniquement sur le plan multilatéral ou est-elle prête à mettre en œuvre des sanctions nouvelles, en dehors du Conseil de sécurité, indépendamment de l’AIEA, et malgré l’absence d’un consensus européen ?
Le cas échéant, avec quels pays et selon quelles modalités politiques et juridiques la France entend-elle mettre en œuvre de telles sanctions ?
Enfin, la France exclut-elle de participer à un recours à la force ou tout au moins de le soutenir si toute autre action se révélait inopérante ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et sur quelques bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)