Paul Giacobbi : l'espoir d'aboutir avant la fin de l'année

Question :Comment peut-on espérer raisonnablement réussir en quelques mois ce qui n'a pas été fait en trente ans ?



On n'a pas le choix. Le Premier ministre a donné le coup d'envoi d'un débat qui, pour la première fois, est transparent, ouvert, sans tabou ni privilège. Il nous faut maintenant consulter largement. Et le conseil général livre sa méthode de travail. L'objectif est de retourner à Matignon pour dire : voilà les chantiers à prendre en considération et, à l'intérieur de ces chantiers, voilà les grandes orientations à étudier. Suivra une phase de travail et de réflexion co pilotée avec l'État selon le terme même employé par Lionel Jospin.


Question :Et quel serait le point d'orgue du calendrier ?

Matignon n'a pas fixé de délai d'aboutissement mais l'épilogue interviendra devant le Parlement. J'espère que ce sera avant la fin de l'année.


Question :Mais pourquoi ne pas se présenter en mars avec des propositions précises ?

Se pointer avec un texte de quatre pages appauvrirait un débat que l'on ne doit pas assécher par trop de cartésianisme. La méthode du plus petit dénominateur commun est la pire des méthodes. Allons au maximum de ce que nous pouvons. Des zones de majorité, à géométrie variable, se dégageront ainsi que des opinions dissidentes. Il n'y aura pas de consensus sur tout. Il faut interroger les gens, faire remonter leurs aspirations. Le refus de la violence en est une, le respect des lois de la République une autre, même si celles-ci sont appelées à évoluer.


Question :L'aspiration, c'est forcément la réforme statutaire ?

Mon sentiment est que notre système est trop complexe : empilement, confusion des compétences, dilution des responsabilités aboutissent à une impasse. Plus de simplicité, plus de proximité avec les services publics locaux, c'est le message que j'entends de la population depuis mon engagement dans la vie politique.


Question :Mais ce débat ne va-t-il pas créer un schisme avec les tenants du statu quo ?

Je n'ai pas ce sentiment. Qui oserait dire publiquement aujourd'hui que tout va bien, que la Corse n'a besoin de rien et qu'on peut continuer ainsi ? Soyons sérieux. L'ouverture du dialogue constitue une fenêtre de tir prodigieuse qui a déjà permis de faire passer des choses. Par exemple, la suspension de la mesure qui frappait les Arrêtés Miot était impensable il y a quelques semaines. Regardons l'enveloppe de continuité territoriale qui va générer des économies considérables à la faveur des appels d'offres : ou on continue de subventionner jusqu'à l'absurde des dessertes dont on n'a pas besoin ou on dégage des crédits pour les routes et le chemin de fer.


Question : Mais comment pouvez-vous convaincre de votre souci d'aller plus loin que le statut Joxe que vous aviez personnellement combattu jusqu'à vous associer avec la droite en 1992 ?

Il n'y a pas d'équivoque : je m'étais prononcé contre la reconnaissance juridique du peuple corse. On a vu en Inde ou en Russie que la politique des quotas engendrait des catastrophes. J'ai le droit de conserver mon opinion. On peut plaider pour une réforme institutionnelle et ne pas partager les idées nationalistes, ce qui est mon cas.


Question : La question reviendra forcément sur le tapis...

On peut toujours reconnaître et valoriser la personnalité d'une région en allant même très loin en s'accordant sur une formule. Mais tout, loin s'en faut, ne se résume pas à ça.


Question : Le chantier ouvert à Matignon est aussi une affaire d'hommes. Vous ne craignez pas un sabordage par des élus inquiets de passer médiatiquement et publiquement à la trappe ?

Si vous pensez ça, je fais exception à la règle car j'ai toujours tenu le raisonnement le plus inconfortable qui m'a poussé à demander, par exemple, une réorganisation administrative. On m'a même traité de fou furieux ! Avec les perspectives d'espoir qui s'ouvrent à la Corse, ceux qui sont réduits à rechercher la meilleure place dans le nouveau système font un calcul mauvais et nuisible.


Question : Comment solliciter plus d'autonomie de l'État, le premier employeur de l'île ?

Écoutez, le processus enclenché, porteur d'espoir, a déjà généré une reprise dans un environnement de croissance. Avec un minimum de tranquillité publique et un maximum d'organisation et de connaissance, dans l'équipement et la gestion du territoire, les choses repartiront d'elles-mêmes.


Question : Le suffrage universel qui s'est exprimé récemment aux territoriales n'est-il pas perverti par la nouvelle donne actuelle ?

On ne peut pas en effet imaginer une réforme importante et une redéfinition des rôles et des compétences sans, in fine, une validation électorale.


Question : Le bruit court d'un possible départ du parti Radical de gauche pour le PS...

Nous sommes tous placés à un niveau supérieur à ce genre de rumeurs. Il est vrai que je ne suis pas synchrone, que je me suis toujours distingué car j'estime que l'unanimité tue l'enthousiasme. Mais mon parti évolue aussi et il a toujours été très ouvert à la décentralisation.

Vendredi 29 Novembre 2002

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