Paul Giacobbi interroge Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, sur l'union méditerranéenne.

Audition du ministre par la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2007.
Compte-rendu



M. Paul Giacobbi a jugé très flous les contours de l’Union méditerranéenne. Il s’est ainsi étonné des frontières géographiques retenues qui excluent Malte mais intègrent le Portugal, pourtant dépourvu de côte méditerranéenne. Il a également souligné les incertitudes sur le modèle institutionnel envisagé (l’Union européenne, le G8, le Conseil de l’Europe ou l’OTAN) ainsi que sur l’articulation de cette nouvelle structure avec l’Union européenne en s’appuyant notamment sur le cas de la Turquie.

Voici le détail de son intervention :

"A différentes reprises, le Chef de l’Etat est revenu sur l’idée d’une union méditerranéenne. A la lecture des différentes déclarations, plusieurs questions se posent :

- outre les pays d’Afrique du Nord, devraient adhérer à cette fameuse union le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre et la France. Pourquoi Malte entourée de toute part par les eaux de la Méditerranée est-elle exclue de l’union méditerranéenne ? Pourquoi la Grande-Bretagne, établie à Gibraltar depuis trois siècles et qui a toujours joué un rôle majeur en Méditerranée, est-elle exclue ? Pourquoi le Portugal dont toute la côte est sur l’Atlantique et qui, dans son histoire, a colonisé trois continents, sans jamais intervenir en Méditerranée, ferait-il partie de cette union ?
- la France et d’autres pays de l’Union européenne seraient membres tout à la fois de l’Union européenne et de l’Union méditerranéenne. Comment cette double appartenance est-elle concevable sauf à considérer que l’Union européenne ne serait plus qu’une association de libre-échange et de coopération régionale ?
- la Turquie est historiquement liée à l’Europe et, en particulier à la France depuis le XVIème siècle, elle a été pendant des siècles la puissance coloniale de l’Europe du sud-est tout autant que de l’Egypte et de l’Afrique du Nord. Pourquoi lui propose-t-on tout d’un coup de rejoindre le camp du sud de la Méditerranée alors qu’elle se situe au nord, d’adhérer à un système de sécurité collective centré sur l’Afrique du Nord alors qu’elle est depuis toujours membre de l’OTAN, de participer à une hypothétique union méditerranéenne alors qu’elle est associée à l’Union européenne depuis fort longtemps et qu’elle est candidate à son adhésion depuis 2004 ?
- quel est le contenu de cette étrange union ? On nous dit d’abord qu’elle serait bâtie sur le modèle de l’Union européenne. On nous dit ensuite qu’elle s’organiserait « autour d’une rencontre périodique de ses chefs d’Etat et de gouvernement comme les grands pays industrialisés ont leur G8 ». On nous dit qu’il y aurait un conseil de la Méditerranée comme il y a un conseil de l’Europe. On nous dit enfin qu’elle constituerait un système de sécurité collective qui, à la manière de l’OTAN, aurait pour vocation de garantir la paix au plan régional et d’assurer une défense coordonnée de ses membres. Quel est donc le modèle de cette union méditerranéenne : le conseil de l’Europe, l’OTAN, l’Union européenne ou encore le G8 ?
- L’union méditerranéenne bénéficiera-t-elle d’une Constitution ou d’un traité simplifié ?"

Réponse du ministre

En réponse à la question de M. Paul Giacobbi, le Ministre a précisé que rien n’était encore arrêté au sujet de l’Union méditerranéenne. Il a fait remarquer que la Slovénie, qui dispose d’une façade adriatique, était également concernée par ce projet dont il lui a paru déraisonnable d’exclure le Portugal, même si ce pays ne dispose pas d’un accès à la Méditerranée. L’idée d’une union méditerranéenne n’est pas nouvelle et s’inscrit dans le prolongement du processus de Barcelone, lancé en 1995. Ce processus fut certes très lent, mais il existe aujourd’hui une armature administrative et économique et des crédits sont inscrits au budget de l’Union européenne. C’est pourquoi il est important de ne pas se détacher du processus de Barcelone.

Puis il a estimé qu’il n’existait pas de modèle préétabli pour l’Union méditerranéenne, de même que l’Europe n’est pas le modèle obligé pour d’autres alliances. S’il est vrai que l’Union européenne impressionne et suscite l’admiration au point de provoquer un désir d’imitation, notre modèle est en réalité assez inimitable. Aussi l’union méditerranéenne ne sera-t-elle pas calquée sur l’Union européenne, d’autant que tous les pays de la rive nord sont déjà membres de l’Union. Le Ministre a ensuite souligné les objectifs de la politique européenne de voisinage et insisté sur la nécessité d’améliorer les relations bilatérales entre les pays de la rive sud de la Méditerranée.

Il a considéré que l’Union méditerranéenne ne devait pas être présentée à la Turquie comme constituant pour elle un substitut, une solution alternative à son adhésion à l’Union européenne.

Le Ministre a ensuite précisé que l’initiative d’union méditerranéenne avait fait l’objet de contacts bilatéraux entre le président de la République et son homologue italien M. Romano Prodi ; une réunion de travail s’est aussi tenue avec le Premier ministre espagnol M. Zapatero. L’enceinte EuroMed (5 + 5) apportera également sa contribution à la réflexion. Il a par ailleurs annoncé que le président de la République consulterait sur ce sujet la rive sud lors de son déplacement au Maghreb les 10 et 11 juillet.

En résumé, une union méditerranéenne pourrait ainsi s’inspirer de l’Union européenne sans pour autant l’imiter ; c’est une construction qu’il faudra inventer à partir de projets concrets tels que la protection de l’environnement, l’énergie ou l’organisation bancaire.


Mardi 3 Juillet 2007

Les dernières revues de presse