PROPOSITION DE LOI

Présentée par Christiane TAUBIRA et Paul GIACOBBI

visant à la reconnaissance et à l’indemnisation
des personnes victimes des essais ou accidents nucléaires

déposée le 21 juin 2005 au Groupe socialiste de l'Assemblée nationale



EXPOSE DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

La présente proposition de loi a pour objet d’établir la présomption d’un lien de causalité entre, d’une part les essais ou accidents nucléaires et, d’autre part les pathologies développées par les personnels, civils ou militaires, ayant travaillé sur les sites concernés ainsi que la population présente dans les zones contaminées.

Entre 1960 et 1996, l’armée française a effectué plus de deux cents essais nucléaires au Sahara et en Polynésie. Les populations locales, aussi bien que les personnes militaires ou civiles qui ont participé à ces essais, présentent aujourd’hui de graves problèmes de santé, notamment sous forme de cancers affectant divers organes.

Par ailleurs, dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, s’est produit en Ukraine l’explosion du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl dispersant dans l’atmosphère des quantités considérables d’éléments radioactifs. Les territoires de l’Est de la France, les Alpes, la Vallée du Rhône, la ville de Nice et sa région, la Corse ont été particulièrement contaminés du fait, notamment, d’importantes précipitations dans la période qui a suivi l’accident.

En Haute-Corse, la contamination de la population, en particulier des femmes enceintes de plus de douze semaines et des enfants en bas âge se manifeste par une plus grande prévalence dans l’induction de cancers de la thyroïde, survenus dans des délais moyens d’environ quatre ans après la contamination.

Ces victimes se trouvent frappées deux fois, puisqu’elles doivent faire face à leur maladie, et en outre fournir la preuve scientifique du lien entre leur état de santé actuel et leur participation aux essais nucléaires et/ou leur présence sur des lieux contaminés par les essais ou par des accidents.

Cette situation rend complexe et aléatoire toute prise en charge sous forme d’indemnisation ou de pension, et crée une inégalité entre ceux qui peuvent ou osent saisir la Justice et ceux qui en sont privés ou y renoncent.

Des pays tels que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie, les îles Fidji ont adopté des dispositions administratives et financières (suivi médical spécifique des populations, création de fonds d’indemnisation) pour faire droit aux revendications légitimes de leurs ressortissants ayant subi les conséquences des essais nucléaires.

Aujourd’hui, en France, les victimes, inquiètes pour leur avenir et celui de leur descendance, demandent que soit reconnue la causalité entre leurs maladies ou troubles de santé et ces activités à risque radioactif. Cette revendication s’exprime alors qu’il apparaît que les services chargés de la prévention et de la protection contre les risques nucléaires auraient disposé d’éléments suffisamment probants, à l’époque des faits, sur les risques encourus par les personnels et les populations, et qu’ils auraient négligé d’en tirer les conséquences et de prescrire ou de prendre les mesures de prévention et de suivi qui s’imposaient alors.

Saisies par des justiciables ces dernières années, plusieurs tribunaux de grande instance en France ont reconnu, encore en ce mois de juin 2005, le bien-fondé des demandes de pension d’invalidité ou d’indemnisation introduites par des personnes ayant été exposées, particulièrement aux essais nucléaires en Polynésie. Les jugements font état de « conséquences d’irradiation pouvant se révéler tardivement, même jusqu’à plusieurs décennies après l’explosion au danger radioactif ». Un tel attendu est conforme aux conclusions de nombreuses études effectuées aux Etats-Unis (pour les îles Marshall), en Grande-Bretagne (pour les îles Christmas et les essais en Australie), en Nouvelle-Zélande mais également en France (AEIA, Agence Internationale de l’Energie Atomique 1998 ; CDRPC, Centre d’Etudes et de Recherche sur la paix et les conflits 2005 se référant à des notes et documents militaires des années 1960).

Il y a un surcroît d’injustice à contraindre les victimes de ces activités à entreprendre des actions judiciaires longues, coûteuses et aléatoires, alors qu’est avéré le lien de causalité entre ces activités et des pathologies cancéreuses, ophtalmologiques et cardiovasculaires dont une liste a été établie en 1988 et actualisée en 2001 par le Sénat Américain.

La présente proposition de loi vise à instaurer l’égalité entre les victimes et à créer le cadre juridique qui permettra à l’Etat de procéder aux justes réparations des dommages infligés par des activités considérées alors d’intérêt national.







PROPOSITION DE LOI

Article 1er

Est établie la présomption d’un lien de causalité entre, d’une part la ou les maladies affectant :
- toute personne à statut civil ou militaire ayant participé à une activité à risque radioactif sur tout site où il fut procédé à l’explosion d’un dispositif nucléaire du 13 février 1960 au 27 janvier 1996 ;
- toute personne ayant résidé à proximité du site d’explosion du dispositif nucléaire, entre le 13 février 1960 et le 27 janvier 1996 ;
- toute personne résidant sur un territoire ayant été, de manière significative, contaminé du fait d’un accident nucléaire

et, d’autre part, les essais et accidents nucléaires.

Article 2

Est établie la présomption d’un lien avec le service pour la ou les maladies affectant toute personne, à statut civil ou militaire, ayant participé à une activité à risque radioactif sur tout site ayant été le siège de l’explosion d’un dispositif nucléaire entre le 13 février 1960 et le 27 janvier 1996.

Article 3

La liste des pathologies présumées liées au risque radioactif est fixée par décret.

Article 4

Il est créé un droit à pension pour les personnels civils et militaires et leurs ayant droit visés aux articles un et deux de la présente loi, et un fonds d’indemnisation des victimes civiles au bénéfice des personnes visées à l’article un et ne relevant pas des budgets de pension de leur corps professionnel.

Article 5

Il est créé une Commission Nationale de suivi des essais et accidents nucléaires. Sa composition est définie par décret du Conseil d’Etat, publié six mois au plus tard après la promulgation de la présente loi. Cette Commission inclut un collège constitué de Représentants d’associations ayant pour objet la défense des intérêts matériels et moraux des victimes d’activités à risque radioactif et de leur descendance.

Cette Commission aura notamment pour mission :

- de veiller au suivi médical des populations qui résident ou ont résidé à proximité des sites d’essais, et des personnes qui résident ou ont résidé sur les territoires exposés aux rayons ionisants générés par un accident nucléaire ;
- d’impulser et d’accompagner la mise en place d’un registre des cancers, d’en promouvoir l’usage et la référence auprès des autorités décisionnelles (centrales et territoriales) et de faire effectuer une étude épidémiologique sur les pathologies thyroïdiennes ;
- de convenir avec les autorités médicales des mesures préventives à caractère technique et sanitaire, inspirées par les circonstances (balises, stockage, distribution d 'iode ... )
- d’émettre à l’intention des pouvoirs publics et sur la foi de dossiers ou d’enquête qu’elle pourrait diligenter, un avis sur les cas litigieux dont elle pourrait être saisie par toute institution sanitaire contestant le droit d’une personne se référant aux articles un et deux de la présente loi pour faire valoir ses droits à indemnisation ou à pension ;
- de rédiger un état des lieux annuel et de présenter au Parlement, tous les deux ans, un rapport sur l’état du suivi dont elle a la charge.

Article 6

Les dépenses de l’Etat induites par l’application de l’article quatre de la présente loi sont compensées à due concurrence par une majoration des recettes fiscales fixées au titre des articles 575 et 575 A du Code Général des Impôts.


Lundi 11 Juillet 2005

Paul Giacobbi - Photo officielle
Edito
de Paul Giacobbi
Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse

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Que chacun comprenne que c'est d'abord dans nos esprits et dans nos coeurs qu'il faut faire prévaloir le respect des autres, le rejet de la violence et la soumission aux lois sur le déchaînement des plus bas instincts qui n'ont pas de place dans notre patrimoine.

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