Lettre ouverte à ceux qui détruisent la Corse



Messieurs,

Chaque jour, chaque nuit vous détruisez un bien ou un service public que nous payons avec nos impôts et qui est utile à chacun d’entre nous dans notre vie quotidienne.
Souvent aussi vous vous en prenez à des biens privés qui appartiennent à ceux qui ont investi dans notre île leur argent mais aussi un peu de leur vie et parfois beaucoup de leur cœur.
Chaque fois c’est un peu de la Corse que vous cassez ou que vous blessez. Car ce ne sont pas que des biens matériels qui sont en cause.
Tôt ou tard la folie de l’un de vos attentats tuera ou blessera des innocents. Avez-vous jamais entrevu quand vous amorcez vos bombes ce qui pourrait en être la conséquence : le corps disloqué de l’enfant que vous prenez le risque de tuer.
Chaque jour vous obligez par la destruction, la menace et les extorsions qui les accompagnent, des familles qui aimaient la Corse à la quitter brusquement et en larmes et vous osez évoquer nos traditions d’hospitalité !
Il est arrivé dans l’histoire que ce cortège de violences, d’horreurs et d’inhumanité ait un sens. Aux lendemains du soixantième anniversaire de la libération de la Corse nous rendons hommage à ceux qui ont utilisé la violence pour libérer notre île et plus généralement la France envahie et placée sous le joug d’une des plus atroces tyrannies que le monde ait connue.

Mais de qui prétendez-vous nous libérer aujourd’hui : de la démocratie, de la France qui est depuis si longtemps indissociable de notre identité, qui nous apporte sa solidarité et avec laquelle nous avons partagé plus de deux siècles de grandeur et de drames ?
Depuis le 9 septembre 1943 la France n’a connu qu’une tyrannie et ne subit qu’une violence organisée et dégradante : celle que vous nous infligez. Et s’il faut nous libérer de quelque chose c’est de ce que vous nous faites subir et de la peur par laquelle vous tentez de nous imposer votre loi.
Dans notre démocratie française vous disposez de tous les moyens de l’action politique et rien ne justifie le recours à la violence. Et de grâce ne nous infligez pas le discours de la fraude électorale pour disqualifier la démocratie ! La fraude existe, elle ne peut qu’être sanctionnée par l’application de la loi, mais elle ne change ni fondamentalement ni systématiquement le verdict des urnes devant lequel nous devons tous nous incliner, même lorsqu’il nous déçoit.
Vous venez d’ailleurs à cet égard d’être pris en flagrant délit de duplicité : comment osez-vous justifier la vague de violence actuelle par le résultat du récent référendum alors même que vous avez clairement appelé, à travers vos organisations clandestines à voter « non » ? Qui peut encore être dupe de pareilles contradictions ?
J’ai bien conscience en m’adressant à vous que vous n’êtes que des exécutants et que ceux qui commanditent vos actes sont plus coupables que vous, même si vous ne pouvez pas échapper à vos propres responsabilités.
Ceux qui vous désignent vos cibles et qui - il faut bien appeler les choses par leur nom - vous paient un véritable salaire pour agir à leur service, ne sont plus et depuis longtemps les chefs désintéressés d’une lutte romantique mais les responsables d’une véritable dérive dans laquelle les idées politiques se sont perdues dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer.
Vous ne pouvez l’ignorer complètement et vous ne pouvez éviter de vous poser des questions sur le train de vie de vos chefs, leurs investissements, les sommes considérables dont ils disposent ne serait-ce que pour vous payer.
Ceux là même qui ont initié, il y a une trentaine d’années, l’action violente en Corse, qui ont eu tort de le faire, mais qui avaient pour eux la conviction et le désintéressement, ne se gênent pas pour dénoncer dans la presse ou dans leurs écrits cette dérive financière.


Vous n’êtes donc pas des soldats engagés au service d’une juste cause mais des mercenaires qui servent les appétits de pouvoir et d’argent de ceux qui vous paient.
Si vous êtes conscients de tout cela sans que cela vous pose problème tout ce que l’on pourra vous dire ne servira à rien. Mais si vous croyez à la Corse, à des idées que chacun doit respecter et discuter même si nous ne sommes pas d’accord, il est encore temps de renoncer définitivement à toute forme de violence et de retrouver le chemin de l’action politique ou tout simplement citoyenne. On démontre plus de choses en construisant qu’en détruisant, la parole publique est plus efficace que la violence clandestine, la conviction que la terreur.
Vous devriez y réfléchir avant qu’il ne soit trop tard pour vous et pour nous tous, c’est à dire pour la Corse.
Encore un mot. En m’adressant publiquement à vous et en soulignant le caractère crapuleux des motivations de vos commanditaires, je sais que je m’expose en retour à la violence que je dénonce. Mais un homme politique se doit de dire tout haut ce que les citoyens pensent tout bas, je le fais donc sans hésiter parce que c’est plus que mon devoir, c’est ma raison d’être.

Mercredi 17 Septembre 2003

Paul Giacobbi - Photo officielle
Edito
de Paul Giacobbi
Député de la 2ème circonscription de Haute-Corse - Président du Conseil exécutif de Corse

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