Le ministre de l'intérieur et Paul Giacobbi, duo inattendu

Le Monde - 6-7 avril 2003



Le ministre de l'intérieur et Paul Giacobbi, duo inattendu
LE MONDE | 05.04.03 | 13h06
Côte à côte. Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, et le président (PRG) du conseil général de Haute-Corse, Paul Giacobbi, ont déjà entamé depuis plusieurs semaines leur campagne pour le référendum. L'un est de droite, l'autre de gauche. L'un fut maire de Neuilly, l'autre de Venaco, près de Corte. Mais tous deux ont envie de résoudre le "problème" corse, et, à 48 et 45 ans, rêvent d'un avenir, à Paris ou sur l'île. Aussi comptent-ils l'un sur l'autre, et réciproquement.

A l'été 2002, alors qu'ils se rencontrent pour la première fois, les deux hommes se jaugent. Le ministre se méfie un peu : "Trop intelligent", dit-il du fils d'une des figures des "clans" en Corse, François Giacobbi, énarque comme son fils, qui n'avait de pire adversaire que les nationalistes. Paul Giacobbi s'était très vite agacé des prudences et des méfiances de Lionel Jospin pour les élus corses. Cette fois, il observe le nouveau ministre avec un préjugé favorable : il a lu ses plaidoyers girondins dans Libre (Laffont, 2001). M. Giacobbi, pour sa part, se réjouit de savoir que, comme lui, M. Sarkozy estime qu'"il n'y a pas de voie plus cohérente que celle de l'accord politique" et que "c'est toujours avec les ennemis d'hier qu'on fait la paix". Le 9 septembre 2002, dans Corse-Matin, il défend le principe d'une collectivité unique installée à... Corte, et dresse un panégyrique du ministre de l'intérieur : "Il est intelligent, travailleur et d'une grande ouverture d'esprit. Ses positions sont proches de celles que je défends."

"ÉLUS SARKOZISTES"

Cet enthousiasme débordant n'échappe pas à Nicolas Sarkozy, qui se méfie étrangement du président (UMP) de l'Assemblée de Corse, José Rossi. Surtout quand le seul des quatre députés de Corse que la droite ait élus, Camille de Rocca-Serra, fils de l'autre "figure" tutélaire de la Corse, Jean-Paul de Rocca-Serra, se fait tirer l'oreille pour approuver son projet de référendum. "Franchement, quand on est le fils du "Renard argenté", on bouge !" s'est agacé le ministre, il y a quelques jours, au téléphone.

Avec le fils de François Giacobbi, le ministre n'a pas ces problèmes. En Corse, le protocole politique place d'ailleurs régulièrement l'"ami Paul" aux côtés de "Nicolas". "Les élus, ils sont de gauche ou de droite à Paris, et sarkozistes en Corse", se flatte le numéro deux du gouvernement.

Le tout nouveau député radical de Haute-Corse est peut-être même un peu "sarkoziste" à Paris. Tandis que le ministre de l'intérieur fait méthodiquement savoir à la presse insulaire et nationale, avant son voyage, qu'il a "tout le soutien de Chirac", qui "s'engagera pour le référendum", le maire de Venaco s'entretient avec les mêmes pour louer les vertus des nouveaux "conseils territoriaux" et faire œuvre de pédagogie. A peine si M. Giacobbi admet que, en votant le 6 juillet, "peut-être que l'on se précipite un peu. Cela ira quand même".

Les deux hommes se retrouvent jusque dans les mots. Sur la "prégnance de la criminalité organisée dans la société corse", l'un des chevaux de bataille de M. Giacobbi : "Nicolas Sarkozy est très clair. L'actuel gouvernement est très décidé, et a instauré une répression relativement efficace." Sur le référendum : "Si la réforme institutionnelle de la collectivité unique est adoptée, affirme le président du conseil général de Haute-Corse, on sera tranquille pour vingt ou trente ans." Le ministre de l'intérieur dirait même plus : "Si le "oui" l'emporte, la question sera tranchée pendant vingt-cinq ans."

Pascal Ceaux et Ariane Chemin

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.04.03

Lundi 7 Avril 2003

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