Langues de France

Paul Giacobbi est intervenu, le 7 mai 2008, lors du débat sur les langues régionales.
Compte-rendu intégral



Monsieur le président, mes chers collègues, depuis 2002, à chaque révision de la Constitution, nous avons eu dans cette assemblée un débat incident sur les langues de France.

M. Marc Le Fur. Tout à fait.

M. Paul Giacobbi. À chaque fois, les mêmes contrevérités ont été réitérées. Je me réjouis aujourd’hui de voir que ceux qui s’opposent aux langues régionales avec acharnement évitent au moins la récidive – par leur absence !

M. Marc Le Fur. Très bien !

M. Paul Giacobbi. Les langues régionales sont bien des langues, c’est ce qu’affirment les linguistes. Claude Hagège et bien d’autres reconnaissent ainsi la qualité de langue au corse, au picard ou au breton, sans évoquer le basque ou l’occitan.

La République n’est pas menacée dans son unité par une ratification de la Charte européenne des langues régionales alors même que l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, la Hongrie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et, bien entendu, la Suisse l’ont ratifiée depuis longtemps sans en avoir en aucune manière souffert.

L’actualité olympique nous rappelle que la France mène dans le monde une action exemplaire pour défendre les langues minoritaires, en particulier du tibétain au Tibet. Nous devrions peut-être nous en inspirer. Ainsi, les mêmes qui moquent les langues minoritaires veulent imposer à la République populaire de Chine que le tibétain soit enseigné, qu’il constitue une langue officielle des services publics et de l’administration. Non seulement ils n’ont jamais mis les pieds dans la région, mais ils ignorent que le tibétain n’est pas employé dans les prières, qui sont psalmodiées en sanskrit !

Rappelons-nous qu’il a fallu très longtemps pour que le français prenne une valeur de langue officielle : au moins sept siècles, entre les serments de Strasbourg en 842 à l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. Jusque-là, le français n’était pas reconnu comme une langue, mais comme une corruption fautive du latin, voire comme un parler barbare.

Aujourd’hui, dans le monde, le français s’efface. Il disparaît ou s’affaiblit même dans nos anciennes possessions. Il est marginalisé dans les organisations internationales où il représente au mieux le dixième de l’anglais et où est utilisé contre lui le même argument que celui qu’emploie M. Warsmann à propos des langues régionales : la traduction coûte cher. Moyennant quoi on ne traduit plus à l’ONU, sauf de manière marginale, grotesque.

Dans bien des domaines essentiels, des sciences au droit et même dans les humanités, le français recule au point que, même en France, il n’est plus possible d’accéder à un certain niveau professionnel, scientifique ou universitaire, sans maîtriser l’anglais. En réalité, insensiblement, ce qui arrive aujourd’hui au français sur le plan international ressemble à s’y méprendre à ce qui est arrivé à nos langues régionales au fil des siècles.

Tout montre que les langues régionales agonisent en France. Mais, en ce domaine, rien n’est irréversible. Les langues peuvent renaître ou retrouver vie par la reconnaissance, voire l’officialisation. L’hébreu, le norvégien et bien d’autres langues ont été exhumées, adaptées au monde moderne, et manifestent vigueur et succès aujourd’hui.

Le français lui-même a besoin de se régénérer par ces différences, par la confrontation. Ce n’est pas par hasard si beaucoup de nos grands écrivains, de François Villon à Victor Hugo, n’ont pas négligé d’étudier et d’admirer les parlés différents, jusqu’à l’argot, tant méprisé par nos élites, mais tant apprécié des plus grands créateurs de la langue française. L’un des derniers textes que j’ai lu en en français – il faut le citer car, de nos jours, le bon français, le vrai français, constitue une extrême rareté – est le manifeste du collectif « Qui fait la France », preuve que la pratique de l’argot des banlieues n’empêche pas de parler français, le vrai français, voire de proclamer son amour de la France.

La globalisation linguistique nous conduirait non pas à une « super-langue » très élaborée, mais au contraire à un « basic globish », sorte de volapük utilitaire et acculturé.

Ce débat devrait donc être le dernier, au moins sur les principes. Nous devons trancher, en repoussant toute hypocrisie et tout faux-semblant : soit la majorité de cette assemblée accepte les langues régionales et minoritaires, comme l’ont fait la plupart des grandes nations du continent européen, et on règle le débat constitutionnel en acceptant d’inclure un article dans la révision à venir ; soit on refuse purement et simplement de reconnaître nos langues régionales, et la France revient sur sa signature de la Charte européenne des langues minoritaires.

M. le président. Il va falloir conclure…

M. Paul Giacobbi. Je vais conclure, monsieur le président.

À cet égard, il faut être précis sur le plan constitutionnel. Même s’il est allé bien au-delà de la doctrine, le Conseil constitutionnel a posé un obstacle. Le débat de ce jour n’a de sens que si le Gouvernement s’exprime ce point : allons-nous, oui ou non, modifier notre Constitution pour nous permettre de ratifier la Charte ? Allons-nous adopter le modèle turc ou nous inspirer de l’exemple donné par la quasi-totalité des pays de l’Union européenne ? C’est la seule question qui vaille. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

Jeudi 8 Mai 2008

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