Langues Régionales

Paul Giacobbi a défendu un amendement demandant le rétablissement de la mention des langues régionales dans la Constitution



M. le président. La parole est à M. Paul Giacobbi, pour soutenir l’amendement n° 250 rectifié.

M. Paul Giacobbi. Ce sujet, nous le savons, n’a fait l’objet d’aucune négociation.
Marc Le Fur a rappelé l’histoire de l’amendement consacré aux langues régionales, car il s’agit bien d’une disposition historique. Depuis le vote unanime de notre assemblée – consensus rare –, le Sénat puis l’Académie française se sont illustrés par leur ignorance. À croire que l’Académie n’a jamais lu Villon qui parle l’argot, Hugo qui le magnifie, Balzac qui donne une force remarquable aux parlers régionaux ou Molière qui montre à quel point la langue française peut faire l’objet de pratiques diverses. Les langues régionales font partie de l’identité française : il n’est pas besoin d’avoir lu Braudel pour s’en rendre compte.

J’ai été stupéfait, en lisant les débats du Sénat, d’y trouver des vulgarités d’expression et même des sottises comme rarement on en a entendu.
(...)
Oui, des sottises et des vulgarités ! Penser que les langues régionales menacent le français, c’est ignorer que la richesse des langues, leur créativité, ne naît que de leur diversité. Vouloir unifier une langue en en faisant un parler pur, parfait et immuable, c’est la tuer. Partout chacun le sait, sauf, apparemment, en France.

La disposition que nous allons voter ce soir a une portée juridique au moins indirecte. Elle n’ajoute certes rien au droit actuel mais, si elle n’était pas adoptée, et dans la mesure où l’on nous annonce un projet de loi sur les langues régionales, dont nous acceptons volontiers l’augure, le Conseil constitutionnel pourrait s’appuyer sur la reconnaissance constitutionnelle du français comme langue de la République – expression d’ailleurs assez curieuse dont on voit mal ce qu’elle ajoute à l’ordonnance de Villers-Cotterêts – pour censurer les dispositions essentielles de la future loi. La portée juridique de la disposition est donc réelle.

Aujourd’hui, il faut en être conscient, la pratique du français s’effondre dans le monde. Il suffit de voir ce qu’il en est dans les organisations internationales, ou de voyager et de constater la diminution effrayante du nombre de personnes qui apprennent notre langue – heureusement, il reste les Québécois. Quant aux langues régionales, elles ne menacent pas le français : elles disparaissent. En les intégrant au patrimoine, nous reconnaissons malheureusement aussi qu’elles sont menacées.

Les langues régionales constituent une partie de la France ; avec elles, c’est la France qui disparaît. Nous ne pouvons qu’en être extrêmement tristes.

Ce que nous ferions aux langues régionales si nous ne les inscrivions pas dans la Constitution, c’est ce que fait le monde aujourd’hui à la langue française, devenue, à l’échelle internationale, une langue régionale supplantée par une autre langue. Tout en maîtrisant un peu moins bien cette autre langue que le français, je le parle suffisamment pour que cela ne me gêne pas, mais tout de même ! À quand l’anglais dans cette enceinte ?

Vendredi 11 Juillet 2008

Les dernières revues de presse

Victimes du nucléaire - 27/11/2008

Crise financière - 26/11/2008

Budget 2009 - 22/10/2008

Langues Régionales - 11/07/2008

Langues de France - 08/05/2008

Frontières maritimes - 10/12/2008

Demandeurs d'Asile - 18/07/2008