L'argumentaire de M. Chirac, c'est de la bouillie pour chats !

Favorable au processus de Matignon, vous avez contesté, mercredi 14 février, le droit à Jacques Chirac d'en appeler au « respect du pacte républicain é en Corse. Pourquoi ?



Jacques Chirac a toujours manifesté, depuis vingt-cinq ans, une inquiétante inclination à soutenir et à protéger ce que la société corse a généré de plus trouble. Je trouve donc tout bonnement stupéfiant qu'il ose évoquer aujourd'hui le danger que court, selon lui, le « pacte républicain é en Corse. Tout le monde sait que le président de la République a toujours préféré, par le passé, les contacts occultes, dont je ne suis pas encore certain–c'est un euphémisme–qu'ils aient pris fin aujourd'hui. Pourquoi M.Chirac n'a-t-il pas défendu «le pacte républicainé quand un ministre de l'intérieur proche de lui, Charles Pasqua, recevait des terroristes à sa table et dans les jardins de la place Beauvau? Ou qu'un autre ministre, Jean-Louis Debré, encore plus proche de lui, participait à la préparation d'une conférence de presse clandestine, en 1996, à Tralonca? Sans parler de la véritable immunité judiciaire dont jouissaient certains nationalistes, jusqu'à l'attentat de Bordeaux, la même année, et que nul n'ignorait.

Pour Jacques Chirac, l'unité de la République serait menacée dans le projet de loi. N'est-il pas dans son rôle en soulevant la question ?

L'argumentaire de M. Chirac, c'est de la bouillie pour chats. Pourquoi M.Chirac réagit-il comme cela ? Parce que M.Jospin est en train de réussir ce que lui, qui a été deux fois premier ministre, qui est président de la République depuis bientôt sept ans, a échoué à mettre en marche: un processus clair, transparent, respectueux de la République et de ses lois. M.Chirac ne supporte pas ce succès.

Le président de la République craint aussi que la quasi-obligation faite d'enseigner le corse à l'école soit inconstitutionnelle

Que n'a-t-il alors réagi quand le ministre de l'éducation nationale et les présidents du conseil régional et des conseils généraux alsaciens ont signé récemment une convention prévoyant de « renforcer les compétences linguistiques de tous les élèves d'Alsace é par un enseignement précoce et généralisé de l'alsacien et de l'allemand, dans des conditions beaucoup plus larges que ce que le projet de loi prévoit aujourd'hui en Corse! Je me contenterais bien volontiers, dans la future loi, que la langue corse soit aussi bien traitée que l'alsacien !

M. Chirac devrait plaider, pendant la campagne présidentielle, pour une large décentralisation. N'est-ce pas une réponse pour la Corse ?

J'ai renoncé à comprendre M.Chirac. Sur ce sujet, il change d'avis tous les quinze jours. Quel Chirac va parler ? Celui de Rennes ? Celui de Paris ? Celui d'hier ou celui de demain ? En 1995, le président de la République a souhaité et promis la ratification de la charte des langues minoritaires, qui aurait des conséquences plus grandes que celle que prévoit le projet de loi pour le corse. Le 4 décembre 1998, il expliquait qu'« il est temps d'admettre que la cohésion nationale et l'unité du pays ne supposent pas obligatoirement l'uniformité et la négation des différences é. Que ne réagit-il pas aussi lorsque Pierre Méhaignerie, qui va infiniment plus loin que M.Jospin, propose d'autoriser les collectivités territoriales à adapter les lois et les règlements, notamment pour leur organisation, leurs compétences, et leurs ressources? Cette proposition a été votée à une très large majorité par l'Assemblée nationale. Or elle me paraît aller nettement plus loin que le système extraordinairement encadré et limité qui est envisagé pour la Corse dans quatre ans, et qui, tel qu'il est, risque de n'avoir rigoureusement aucune traduction concrète.

Vendredi 29 Novembre 2002

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