"J'attends des positions claires"

tribune de Paul Giacobbi parue dans Corse-Matin jeudi 24 avril 2003



Chacun comprend que la prochaine consultation relative au statut de la Corse est un évènement majeur. L’importance de la question, la légitimité que le suffrage universel donnera à la réponse, la durée prévisible du statut qui en découlera, nous conduisent à être très exigeants quant aux précisions et aux garanties qu’il nous faut recevoir pour nous prononcer en toute connaissance de cause.
Nous devons en particulier être éclairés sur l’équilibre territorial de la future organisation administrative et politique de la Corse, sur les garanties données aux personnels concernés, sur la transparence et l’équité des modes de scrutin qui seront retenus.

Pour le pôle régional de l'agriculture et de l'économie en Haute-Corse

L’équilibre territorial doit, en premier lieu, garantir que Bastia et l’ensemble de la Haute-Corse gagneront en proximité des services publics et des centres de décisions. Le maintien d’une préfecture, c'est-à-dire d’un préfet et de ses services à Bastia n’est pas une garantie suffisante. La Haute-Corse doit devenir le pôle régional des services de l’agriculture et de l’économie. La Corse-du-Sud doit aussi gagner dans cette réforme. Le retard évident de son réseau routier départemental, de son investissement communal et de son équipement en maison pour personnes âgées dépendantes appellent une politique de rééquilibrage des investissements. Mais, au-delà de ces considérations géographiques, les Corses attendent que leurs services publics sortent renforcés, et non pas amoindris, de cette réforme. Le service public ne s’arrête pas aux préfectures ou aux collectivités, il comprend aussi la poste, les télécommunications, la gendarmerie et la police, la justice, les services financiers, les services extérieurs de l’Etat et bien d’autres encore dont nous avons, dans une île rurale et montagneuse, plus encore besoin qu’ailleurs. J’attire l’attention sur ces questions depuis des années : j’attends que des positions claires soient prises en ce moment décisif.

L'exigence d'une concertation préalable

Les personnels des services publics ont droit à des explications, à une concertation, voire à une négociation préalable à la mise en œuvre de la réforme. Dans le secteur privé, annoncer une réforme sans avoir préalablement saisi les instances représentatives du personnel est un délit. Il est temps que les pouvoirs publics en France prévoient d’accompagner leurs projets d’une négociation préalable avec les personnels concernés !
Avant même la consultation, les représentants des personnels doivent être reçus et entendus. A cet égard il ne faut pas s’arrêter aux seuls agents de l’Etat et des collectivités départementales et régionales mais à l’ensemble des personnels de toutes les structures qui pourraient être concernées, par exemple les associations d’insertion ou les établissements et organismes dont le budget est principalement alimenté par les départements.

Ne pas compromettre la réforme par des tripatouillages électoralistes

Le mode de scrutin est un outil essentiel de la démocratie. Il doit être compréhensible et transparent. Il ne doit pas être suspecté de favorisé qui que ce soit et je mets en garde ceux qui se vantent d’obtenir du gouvernement le mode de scrutin qui leur conviendra le mieux. Rien ne serait pire que de compromettre la crédibilité de la réforme par des tripatouillages électoralistes. Ce n’est pas, j’en suis sûr, la volonté du gouvernement, qui a pour objectif de faire gagner la Corse pas tel ou tel parti politique. Il faut donc affirmer et démontrer à cet égard la détermination du gouvernement.
Depuis de nombreuses années j’ai prévu que cette réforme aurait lieu et je l’ai appelée de mes vœux. Peu suspect d’y être opposé par principe ou par intérêt, il est de mon devoir d’être d’une exigence féroce quant à ses modalités. C’est la raison pour laquelle l’heure est au débat, aux questions et aux réponses avant que ne soit lancée la campagne référendaire. Bien que je ne soutienne pas le gouvernement puisque je fais partie de l’opposition, je lui fais confiance sur la Corse, mais cette confiance suppose en retour des réponses, des précisions et des garanties. Il lui appartiendra de nous les donner à partir du 25 avril et jusqu’au vote final de la loi qui autorisera la consultation populaire.

Jeudi 24 Avril 2003

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