Interview sur RCFM - Lundi 21 juin 2004

" En politique, Paul GIACOBBI rompt le silence et ce matin, à Bastia, il a abordé notamment deux sujets : les retards du P.E.I. tout d'abord : pour le Président du Conseil général de la Haute-Corse, il semble se perdre dans le fleuve des promesses non tenues. Par ailleurs, Paul GIACOBBI accuse le gouvernement de revenir à des accommodements clandestins avec la Corse. Paul GIACOBBI est aujourd'hui l'invité de notre journal. Il est interrogé par Pierre MARI ".



Pierre MARI : Monsieur le Président, bonjour. Premier aspect de votre retour, je dirais sur la scène politique, même si vous n'avez jamais quitté vos responsabilités évidemment, premier aspect, c'est un retour sur les dernières territoriales. On peut parler d'échec en ce qui vous concerne.

Paul GIACOBBI : Bien sûr, l'échec c'est quand on ne gagne pas. Je dois dire que c'est évidemment un échec. Ceci étant, le résultat est quand même important. On a eu plus de 15000 voix au premier tour, un peu seul contre tous et moi je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui nous ont fait confiance. Il faut quand même le dire.

Pierre MARI : Au delà de votre personne, est ce que l'on peut parler d'échec de cette fameuse troisième voix que beaucoup attendaient, c'est à dire l'autonomie en dehors du cadre strict du nationalisme.

Paul GIACOBBI : Ce n'est pas tout a fait ça. Ce que je souhaitais moi c'était tout simplement une direction fondée sur la raison, sur l'efficacité et sur le travail en mettant un peu pendant quelques années entre parenthèses s'agissant de la situation très particulière de la Corse, s'agissant de l'urgence à prendre des mesures, à se mettre au boulot très fortement, donc à mettre un peu entre parenthèses les jeux traditionnels. Le problème de l'autonomie de la Corse ou pas de l'autonomie de la Corse est réglée. Aujourd'hui nous avons des institutions qui sont des institutions stables pour longtemps, pour sans doute une génération, j'ai toujours coutume de dire à peu près jusque l'âge de ma retraite que je situe aux alentours de 60 ou de 65 ans. Par conséquent, ce qu'il fallait faire, ce n'était plus discuter, débattre à l'infini de problèmes qui ne se posaient plus, qui avaient été tranchés y compris par le peuple, mais bien plutôt de se mettre au travail. Ce n'est pas la voie qui a été choisie et aujourd'hui on a le sentiment qu'il ne se passe plus grand chose même si effectivement le débat institutionnel est effectivement terminé.

Pierre MARI : Vous portez des accusations ou des mises en cause par rapport au P.E.I., par exemple, vous dites que le P.E.I. pour l'instant cette ligne n'a pas d'argent et pour l'instant rien ne se fait.

Paul GIACOBBI : Ce ne sont pas des accusations, ce sont des constatations comptables. Un : l'Etat m'écrit pour me dire sur un dossier très important, celui d'Erbalunga, qu'il n'y a pas d'argent sur la ligne. Deux : je vérifie la fameuse ligne unique, vous vous rappelez, Monsieur SARKOZY nous parlait de la ligne unique, deux : je m'informe via la Commission des Finances de l'Assemblée nationale auprès du Ministère des Finances, on me confirme qu'il n'y a pas d'argent sur la ligne. Trois : je constate qu'un certain nombre de dossiers par exemple dans les domaines cruciaux de l'eau et de l'assainissement sont reportés à 6/8 mois en fin d'année et que donc pour le moment le système ne marche pas, y compris dans le cas ou il y a des projets qui ont été déclarés valables, complets et dignes d'être financés ; mais on ne peut pas donner d'arrêtés attributifs de subvention parce qu'il n'y a pas l'argent ! Bon c'est quand même un problème, ça veut dire qu'on prend un an dans la vue. Bon, alors ces jours-ci on me dit ah, mais non, mais maintenant il y a de l'argent, je ne sais pas depuis quand, il y a une semaine il n'y en avait pas ou il y a 15 jours il n'y en avais pas et s'il y en a alors qu'on finance les projets. Bon ça c'est un problème sans doute circonstanciel qui se règlera peut-être encore que il faut quand même y prêter attention et c'est la raison pour laquelle je dis ça, ça incitera peut-être à prendre quelques mesures rapidement mais plus généralement il n'y a pas vraiment de programmation et on sent bien qu'en 2006 on ne sait pas quel bilan on aura. Alors bien sûr, on vous fait des tas de déclarations intempestives en disant regardez ce qu'on fait, ce qu'on fait pas, mais ce dont on nous parle, ce sont des projets financés en dehors du P.E.I.

Pierre MARI : Autre sujet que vous avez développé : vous parlez de retour à des arrangements entre le gouvernement et la Corse ou certains éléments de la vie corse. Alors expliquez-nous un peu.

Paul GIACOBBI : Je vous expliquerai pas beaucoup sinon vous me demandez de vous référer à la question orale que j'ai posée au Premier Ministre devant la représentation nationale il y a quelques jours. J'ai indiqué que le doute était désormais dans les esprits, dans tous les esprits. S'agissant de l'attitude du gouvernement en Corse par rapport à l'application de la loi. Et j'ai demandé que l'on s'explique et on ne m'a pas répondu et donc je peux vous dire que ça a fait un effet relativement important chez beaucoup de collègues députés de gauche et de droite qui commencent à comprendre qu'il a quelque chose qui ne va pas. Alors j'aimerais bien me tromper mais il y a des signes qui ne trompent pas.

Pierre MARI : Quels signes par exemple ?

Paul GIACOBBI : Oh vous savez, il s'est passé des choses, c'est ce que je dis dans ma question, à propos d'un procès qui s'est déroulé à Lyon , on a quand même un trouble non pas pour le résultat parce que après tout il faut bien acquitter les gens pour lesquels il n'y a pas d'éléments probants, mais sur le problème des témoins c'est la question très précise que j'avais posé et c'est suffisant pour mettre le doute dans un esprit éclairé donc jusqu'à preuve et plus ample informé, si le gouvernement n'a pas de doute sur sa détermination il aurait pu répondre de manière très claire.

Pierre MARI : Dernière question, Monsieur le Président. Alors P. E. I. qui rame, arrangements éventuels obscurs, déprime touristique, violence qui ne cesse pas bien au contraire, racisme qui s'exprime, vous n'avez pas l'impression que la Corse entre dans une période de régression ?

Paul GIACOBBI : Je ne sais pas s'il faut parler de régression mais c'est vrai que le dernier phénomène que vous citez, c'est à dire la montée d'un racisme : sur une centaine d'actes de délits ou de crimes racistes qui se produisent en France il y en a bientôt près de la moitié qui se produisent en Corse, je trouve ça affolant. C'est le symptôme d'une espèce de repli sur soi général qui est extraordinairement choquant, bien sûr, mais également extraordinairement inquiétant. Et moi, je n'ai pas envie d'une Corse immobile et j'ai encore moins envie d'une Corse totalement repliée sur elle-même et qui se manifeste d'une manière assez odieuse. La Corse mérite infiniment mieux que ça et je crois qu'effectivement, aujourd'hui, on a un sentiment terrible d'impasse.

Pierre MARI : Je vous remercie.


Lundi 28 Juin 2004

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