Interview sur LCI

Interview de Paul GIACOBBI lors de l'émission " l'invité du matin " sur LCI
Mardi 3 décembre 2002



Anita HAUSSER : Bonjour, M. GIACOBBI, on va parler de la décentralisation dans un instant, mais on a appris hier que le gouvernement avait décidé de mettre en oeuvre ses promesses, c'est à dire de rapprocher les détenus corses de leur famille.
Le transfert de quatre détenus est annoncé d'ici vendredi prochain. C'est une mesure de nature à détendre les esprits ?


Paul GIACOBBI : Je ne crois pas. C'est une mesure de nature à appliquer le principe d'égalité dont on nous parle tant. Dans toutes les régions de France, il y a des détenus. Ces détenus, l'administration pénitentiaire s'efforce de les rapprocher de leur lieu d'origine, du lieu de résidence de leur famille, c'est quelque chose de tout à fait naturel et par conséquent en application de ce principe, non pas parce que ce sont des corses, mais parce que c'est la loi, on le fait en Corse. Alors maintenant on peut y prêter toute intention politique du monde, il n'empêche que fondamentalement c'est le principe d'égalité.

Puis, j'attire votre attention sur un point : quand vous êtes détenu, c'est vous qui êtes condamné ce n'est pas votre famille. Imaginez ce que ça représente pour une famille d'aller faire mille kilomètres en avion pour aller voir les détenus une fois par semaine ; pour des enfants, c'est quelque chose. Par conséquent il s'agit d'un événement normal.

A.H. : Les aménagements on du être faits quand même dans les prisons corses, pour recevoir les détenus condamnés ?

P.G. : Je pense. Bien sûr, il se trouve qu'en Corse on était très en retard par rapport à l'état de nos prisons par conséquent il fallait faire quelques travaux et puis il y a un centre de détention qui va être créé.


A.H. : Alors, on va venir à la décentralisation, un débat dans lequel vous êtes impliqué. Vous avez parlé de logique du sapeur camembert, alors il faut rappeler que le sapeur camembert creusait un 2ème trou pour mettre la terre du 1er. Qu'est-ce que vous entendez par là ?


P.G. : Et bien, écoutez...C'est une image qui a sans doute été déjà utilisée. Si vous déplacez un problème sans le régler et bien vous avez la logique du sapeur camembert et puis vous pouvez aussi créer un 3ème trou pour mettre la terre du second etc...
En matière financière, aujourd'hui, quel est le problème ? Vous avez un état qui a 20 % de déficit chronique, 50 milliard d'euros sur 250 milliards de recettes. Si on dit, on va transférer aux collectivités locales une partie des compétences, en réalité on va transférer ce problème-là aussi. De la même manière, il y a toute une série de réformes qui n'ont pas été faites dans la fonction publique, dans la manière d'administrer. Transférer de but en blanc aux collectivités locales ces réformes avortées, ça ne règle pas les problèmes, ça les dépasse. Alors maintenant, on nous parle par exemple d'autonomie financière, de fiscalité locale, vous savez l'état....

A.H. : Ca veut dire augmentation des impôts ?

Ca veut dire surtout peut être, sans doute ! Mais comment voulez-vous qui est la fiscalité locale qui est complètement archaïque, qui par nature est une mauvaise fiscalité, qui pose des problèmes partout d'évaluation, de recouvrement, de complexité, on s'aperçoit que c'est pas avec ces taxes là, qui remontent à l'Ancien Régime - soit dit entre parenthèses, ce sont des adaptations, des modernisations et parfois des complications des taxes d'Ancien Régime - comment voulez-vous avoir une fiscalité normale et moderne. Vous voyez bien en Angleterre, ce qu'a donné la réforme en matière de fiscalité locale, ça a été la pooltax, en réalité c'est quelque chose d'à peu près impossible. Il reste quoi en fiscalité, la TIPP, la Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers mais là encore elle a atteint un niveau extraordinairement élevé. Autrement dit, mon idée quand j'évoquais l'ombre immortelle du sapeur camembert, c'était de dire qu'en France, on ne règle pas les problèmes, souvent on les déplace. La décentralisation, elle a des vertus en elle-même mais tout de même, il faut savoir qu'elle ne nous dispense pas de réformer et puis de revoir nos finances publiques.

A.H. : En dehors des finances publiques, il y a aussi les problèmes des structures administratives, politiques, qui est posé. Il est posé en Corse ou...


P.G. : Il est posé dans l'ensemble de la France. Et notamment en Corse, pourquoi ?

A.H. : Notamment en Corse ? Quand même parce que...
Pourquoi ? Il y a beaucoup trop de communes, peu d'habitants, deux départements et une région

P.G. : Parce que Madame HAUSSER, la France bat les records du nombre de collectivités par habitant. Il y a 36 000 communes en France, c'est autant que dans tout le reste de l'Union Européenne. Bien, enfin.... du moins jusqu'à présent ! En Corse, nous avons 250 000 habitants, l'équivalent d'un arrondissement important de PARIS. Nous avons une région, deux départements, 360 communes. Nous n'arrivons plus à administrer tout cela.

A.H. : Donc, on vous propose de fusionner les deux départements pour en faire un seul et là évidemment révolte des élus, on dit non non ça ne va pas du tout, donc vous allez avoir un référendum ?

P.G. : Mais, révolte des élus, Madame HAUSSER, pas tout à fait de tous les élus. D'abord, moi qui suis Président du Conseil Général et qui suit probablement pour longtemps si je m'accroche à mon siège, je milite depuis longtemps pour la simplification administrative, tout le monde le sait.

A.H. : Vos conseillers ne vous suivent pas ?

P.G. : Mes conseillers ne me suivent pas en partie. Quand mon pauvre père défendait l'idée de conserver un seul département de la Corse, il avait été mis en minorité et il était président du Conseil Général. Vous voyez, l'histoire se reproduit.
Et malgré ça, moi je défends des idées d'intérêt général. Alors, je crois qu'il faut arriver dans une réforme intelligente et on va travailler à conjuguer la simplification, c'est à dire une collectivité unique au delà des communes, ce qui me paraît très naturel. On y pense aussi en ALSACE, plus que sérieusement, le BAS RHIN a délibéré et l'ensemble des alsaciens a l'air convaincu d'après les sondages que j'entends. J'entends le Président GISCARD D'ESTAING parler de la réunion de l'Auvergne et du Limousin alors souffrez quand même qu'on essaie de simplifier aussi chez nous. Ca me paraît plus justifié encore qu'ailleurs.

A.H. : Peut-être plus justifié chez vous, mais plus qu'ailleurs, il y a des indépendantistes en Corse. Et eux disent la question corse ne se réglera pas dans le cadre de la décentralisation des régions françaises ? On a l'impression qu'on a deux débats parallèles en Corse ?


P.G. : Non, non, je ne crois pas qu'il y ait deux débats parallèles. Il y a des indépendantistes en Corse, il y en a eu en Bretagne, il y a l'ETA qui fait des ravages dans un département du Sud Ouest de la France. Il y a des problèmes partout. On en a chez nous.

A.H. : Un peu plus chez vous quand même ?

P.G. : Est-ce que ce sont des problèmes de nature vraiment politique parfois ? L'expression violente pour moi n'est pas acceptable, elle n'est pas une expression politique. Elle est d'ailleurs dans la plupart des cas en Corse alliée aux événements politiques, je dirais même qu'à 90 % elle n'a rigoureusement rien à voir avec les évolutions politiques ou les revendications politiques, il s'agit d'une violence de droit commun qu'on retrouve d'ailleurs dans d'autres endroits et parfois plus gravement. Alors, maintenant, il y a des indépendantistes, je ne suis pas indépendantistes, je suis pour la décentralisation. Très clairement, très fortement, je me réjouis que ce qu'on avait proposé pour la Corse à un moment donné comme je l'avais prévu, va devenir au fond la règle générale de la France. C'est une bonne chose parce que c'est aussi la règle générale de l'Europe et du Monde et qu'il y en a assez de toujours systématiquement faire des exceptions dans le mauvais sens. Maintenant, si ça satisfait un certain nombre de gens qui trouve ça bien tant mieux, si ça ne satisfait pas tant pis, il y a le jeu politique, c'est le seul qui soit admissible.


A.H. : Seulement le jeu politique ? Parce qu'il y a le jeu de la violence chez vous ....

P.G. : Le jeu de la violence n'est pas admissible, il y a des lois pour la réprimer. La violence, elle n'est jamais admissible, en tout cas dans une démocratie, elle n'est pas admissible. Il y a des lois pour la réprimer. Il y a des lois pour la réprimer et la loi là dessus est la même pour tous, soit qu'elle protège soit qu'elle punisse...

A.H. : Quand on dit que les indépendantistes sont en train de recenser le corps électoral corse. C'est faux ?

P.G. : Bien, je ne sais pas, il paraît qu'il y a des gens effectivement qui se mettent à recenser le corps électoral. Alors ils le font. Tout le monde a le droit de recenser qui il veut. Enfin... le meilleur moyen de recenser le corps électoral, ce sont les listes électorales ; que l'on s'attache à bien les contrôler, à bien les vérifier et ce sera déjà très bien.

Maintenant l'expression communautariste, c'est à dire au fond les corses constituent une ethnie, ça c'est quelque chose d'extremement dangereux . Le communitarisme, ça existe dans certains pays y compris des pays démocratiques pour autant ce n'est pas la vision française, ce n'est pas la vision universelle en général et c'est même une vision dangereuse. Je crois que tout ça n'a pas beaucoup de sens politique ni même humain.



Jeudi 12 Décembre 2002

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