Interview de Paul Giacobbi parue le 12 septembre 2008 dans « La Corse Votre Hebdo »



- La Corse s´est retrouvée, tout récemment, au centre d´une nouvelle polémique qui a pris des allures d´affaire d´État. Qu´est-ce que vous inspirent les répercussions de l´occupation de la villa de Christian Clavier ?
- Paul Giacobbi. Il ne s´agit pas selon moi d´une affaire d´État mais d´une comédie d´État dont le postulat est un non-événement.
Cet incident est clos et je ne souhaite pas entrer dans la polémique.
Il est néanmoins regrettable à plus d´un titre.
D´une part, il met un terme à la carrière d´un fonctionnaire de police exemplaire à qui l´on n´a rien à reprocher. D´autre part, il offre une belle tribune à un groupe politique.
Enfin, il passe sous silence les vraies questions comme celle par exemple de la spéculation immobilière qui pose problème et parfois de manière très choquante.
- Justement, la manifestation prend son origine dans le débat sur le PADDUC. Quelle est votre position sur ce plan ?
- P.G. Ce plan est l´inverse de ce qu´il faut faire pour l´intérêt de la Corse. Dire que c´est un progrès de vendre le patrimoine naturel est une sottise et ce, d´autant plus qu´un tel plan n´offre que peu de retombées économiques et constitue une véritable catastrophe tant d´un point de vue écologique que social.
- Les grands programmes ne semblent pas recueillir vos suffrages. Vous étiez déjà très critique envers le PEI ?
- P.G. Mon avis n´a pas changé. L´exécutif régional a bien compris qu´il a été roulé dans la farine et n´a plus d´argent pour réaliser de grandes infrastructures. Parce que des projets comme celui du train ou de la déviation de Bocognano ont coûté plus cher que prévu.
La Corse a loupé le coche et à la fin du PEI, on pourra faire les comptes. On verra alors qu´on n´a dépensé un tiers voire un quart des crédits.

- Dernièrement, le haut-commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch est venu effectuer en Haute-Corse un retour d´expérience du RSA. Le bilan d´étape affiché est-il pour vous une réelle satisfaction ?
- P.G. L´expérimentation menée depuis le 1er janvier de cette année en Haute-Corse est une réussite ; elle l´est également dans les trente-trois autres départements qui y prennent part également.
Le revenu de solidarité active connaît un succès remarquable car il donne aux plus démunis l´espoir de s´en sortir et la dignité de celui qui gagne sa vie par son travail à l´inverse du RMI qui était « une trappe à pauvreté ».
En Haute-Corse, près de six cents Rmistes ont accédé au RSA, ils seront mille dans quelques mois. Le nombre des Rmistes est quant à lui descendu en dessous des trois mille allocataires atteignant ainsi son plus bas niveau depuis quatorze ans.
- Mais son mode de financement prête à débat…
- P.G. Ce mode de financement est équitable car il n´oblige pas les départements à engager des dépenses supplémentaires. Il n´y a rien de scandaleux, contrairement à ce qui peut être dit, à proposer une mesure de solidarité basée sur le principe d´une taxation des revenus du capital (prélèvement de 1,1%) qui ont augmenté infiniment plus vite que les salaires. Je déplore néanmoins que les plus riches en soient exonérés par le mécanisme inique du bouclier fiscal.
Quoi qu´il en soit, si le succès se confirme lors de la généralisation, il en résultera un autofinancement de plus en plus large par la sortie du dispositif de ceux qui auront complètement réussi leur retour dans le monde du travail.
Bref, le RSA est une mesure innovante. Je tiens par conséquent à souligner la qualité du travail de Martin Hirsch à l´instar d´autres acteurs politiques de gauche comme Michel Rocard, le créateur du RMI.
Il y a suffisamment de raisons pour critiquer l´action du gouvernement pour que l´on puisse tout de même souligner les rares fois où il fait quelque chose de bien. Le RSA n´est pas la panacée mais dans un contexte de crise, il est une lueur d´espoir qui ne doit pas être étouffée par des querelles partisanes.
- Vous réservez vos critiques pour d´autres sujets…
- P.G. Contrairement aux estimations du gouvernement, j´avais pour ma part prédit un taux de croissance de 1 %. Je ne me suis pas trompé de beaucoup.
Nous traversons la crise économique la plus grave de ces cinquante dernières années et elle ne fait que commencer.
Tous les pays d´Europe ont des réserves budgétaires pour des plans de relance à l´exception de la France qui a engagé beaucoup d´argent pour le bouclier fiscal et l´exonération des heures supplémentaires qui ne marchent pas. C´est pourquoi, en raison de son état de faiblesse économique, notre pays sera plus touché que les autres.
Le gouvernement pensait que la crise s´arrêterait par miracle aux frontières de la France comme le nuage de Tchernobyl...

- Quelles orientations comptez-vous donner à la politique du Département ?
- P.G. Sur le plan social, nous allons donc poursuivre l´expérimentation du RSA. La Maison du handicap fonctionne mais d´autres actions restent à entreprendre.
Nous continuerons à marquer notre présence territoriale par l´ouverture de nouvelles maisons départementales, en l´occurrence à Corte et Calvi, qui feront suite à celles de Moriani et Ghisonaccia.
Après dix ans de politique routière, nous dresserons prochainement un bilan et d´aucuns verront tout ce qui a été fait malgré les bruits qui me sont rapportés concernant par exemple l´état routier du canton de Moita-Verde.
Celui-ci n´a ni plus ni moins de financements dans ce domaine que les autres cantons ; il a même obtenu plus de crédits que lors de la mandature exercée par la droite. Certes, on pourra toujours nous rétorquer que c´est insuffisant, mais les critiques que j´entends relèvent avant tout du service commandé.
- Comment évolue la collaboration avec le Conseil général de la Corse du Sud ?
- P.G. M. Panunzi et moi parlons le même langage. C´est un homme compétent et un homme de dossiers. C´est donc tout naturellement que l´idée d´une coopération a émergé. Elle sera très pragmatique : formation des personnels des SDIS, équipements routiers… Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres.
- La sénatoriale approche à grands pas. À droite, Antoine Sindali se déclare face à François Vendasi. Quel regard portez-vous sur ce scrutin ?
- P.G. Je suis très engagé dans la campagne aux côtés de François Vendasi qui est un ami politique et un ami personnel. De l´avis général, nous devrions avoir un meilleur résultat que lors du précédent scrutin.
- Nous sommes encore à deux ans d´intervalle de l´élection territoriale. Mais il se murmure que vous pourriez conduire une liste d´union de la gauche ?
- P.G. Il n´y a eu pour l´instant aucune discussion sérieuse à propos d´une liste. Nous n´en sommes pas encore là. Je peux jouer mon rôle mais je ne suis pas un homme providentiel. De toute façon, ce n´est pas une seule personne qui fera l´élection.
Mais une chose est sûre, il y a à gauche une volonté d´union, condition indispensable à la victoire. Beaucoup de personnes partagent cet état d´esprit. Mais l´union ne sera possible que s´il y a un projet fédérateur. Un projet qui, face au bilan catastrophique de la droite, devra être clair, novateur et pertinent.

ENCADRE
- La mort de dix soldats français dans une embuscade en Afghanistan a déclenché une vive polémique. La France doit-elle ou non rapatrier ses troupes ? Qu´en pense le membre de la commission des affaires étrangères de l´Assemblée nationale ?
- P.G. Il faut, par respect pour les familles des soldats morts, éviter d´engager des polémiques partisanes.
Mais n´oublions pas que les troupes françaises font partie d´une force multinationale dirigée par l´OTAN et mandatée par l´ONU. Ce qui s´est malheureusement passé nous renvoie à l´histoire. En 1842, l´expédition britannique avait pris Kaboul mais avait perdu 16 000 soldats les trois années qui ont suivi. Il n´y avait eu qu´un seul survivant ! C´est un terrain très difficile où l´OTAN est confrontée à des guerriers qui comptent parmi les meilleurs du monde.
Ce n´est pas un sujet lointain et anecdotique. Ce qui se passe là-bas peut avoir des conséquences extrêmes au quotidien pour les démocraties occidentales. L´Afghanistan et la zone tribale du Pakistan sont des bases arrières pour le terrorisme qui a fait également mille morts en Inde.
Le Pakistan est en train d´être confié à Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, qui avait déclaré lors de son procès pour corruption en Suisse qu´il n´avait pas, au moment des faits, toutes ses facultés mentales !
C´est tout de même inquiétant lorsque l´on sait que ce pays détient l´arme nucléaire.
Propos recueillis par Fabrice LAURENT

Vendredi 19 Septembre 2008

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