Hommage à Serge GRISONI prononcé par Paul GIACOBBI le 24 juin 2007



Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,


Depuis plusieurs semaines, nous le savions condamné mais nous conservions, devant son courage, encore quelques espoirs bien que les médecins ne nous en laissaient aucun.

Et aujourd´hui encore face à l´évidence, face à ce cercueil nous avons encore du mal à croire à la disparition de notre ami Serge.

Hier, lorsque nous sommes venus nombreux déjà accompagner le convoi qui le ramenait ici, j´ai entendu dire par beaucoup, frappé par l´atroce nouvelle de ce double deuil accablant une famille à un jour de distance, qu´il s´agissait d´une tragédie.

Le mot n´est malheureusement pas trop fort.

Il nous faut cependant accepter l´inacceptable et évoquer celui qu´a été Serge Grisoni. Le faire ici, dans ce village et dans cette région à laquelle il était passionnément attaché, dont il connaissait tous les recoins, dont il encourageait toutes les initiatives, et dont il défendait inlassablement tous les dossiers dans toutes les instances où il siégeait, nous révèle une des clefs d´une personnalité complexe et riche qui était avant tout un homme de l´intérieur, pour qui le monde rural n´était pas une catégorie administrative mais bien une réalité qu´il vivait au présent et qu´il voulait faire prospérer au futur.

Il parlait d´une voix douce, et ne haussait que rarement le ton mais il savait mieux que bien d´autres se faire entendre.

Il n´aimait pas les théories et les expressions grandiloquentes mais il avait dans bien des domaines une analyse lucide et structurée. Il observait beaucoup, avec une propension remarquable à relever les données chiffrées les plus significatives et j´ai personnellement été souvent frappé par la justesse de ses conclusions originales et justes.

Pédagogue de formation et par vocation, il savait exprimer les choses de manière simple et démonstrative avec ce sourire discret et cet humour réservé mais efficace par lequel il semblait donner un tour léger aux sujets les plus sérieux.

C´était aussi un homme déterminé, qui réfléchissait longtemps avant de se prononcer mais qui une fois son choix fait, manifestait un grand courage à le défendre envers et contre tout.

Chacun sait à quel point je peux, peut-être plus que personne, témoigner de ce courage et de cette détermination dans la vie publique de Serge Grisoni.

Conseiller général et maire, il a en quelques années remodelé la vie de ce canton et même au-delà, car son influence ne s´arrêtait pas aux frontières du canton de Castifao-Morosaglia.

Des routes à la vie associative, du développement touristique à l´équipement hydraulique, de l´économie au secteur social, du logement à la carte scolaire, il était sur tous les fronts et il restera très longtemps présent à nos esprits et à nos cœurs simplement en parcourant cette région qu´il a marqué très positivement de son empreinte.

Mon cher Serge,

J´aurais pensé cheminer longtemps avec toi, le long de cette route difficile de la vie publique où nous marchions unis depuis dix ans.

Et puis, un jour, au mois de Novembre dernier, je te revois encore me dire tranquillement, en prenant congé dans l´entrebâillement de la porte de mon bureau, que tu devais t´absenter quelques jours pour des examens à Marseille, pour un problème que tu disais sans gravité.

Tu nous es revenu, après de douloureuses péripéties, que nous suivions à distance avec de plus en plus d´inquiétude, après plusieurs mois.

Nous avons espéré alors que cet épisode ne serait plus qu´un mauvais souvenir, et les débuts de ton retour nous confirmaient dans cet optimisme.

Tu voulais à nouveau tout faire, rattraper le temps perdu, redoubler d´activité et nous n´osions pas te dire qu´il ne fallait pas en faire trop, qu´il fallait que tu te ménages, que tu avais tout le temps de reprendre ton rythme, et quand j´ai personnellement osé le dire tu m´as répondu avec un sourire dont je comprends aujourd´hui tout le courage et la lucidité que tu n´avais pas tant de temps.

Jusqu´au bout tu auras travaillé, lutté, et aux derniers jours tu posais encore des questions à tes proches et tu commentais l´actualité locale.

La soirée de dimanche dernier, il y a une semaine j´apprenais ton hospitalisation et je comprenais que ce serait évidement la dernière et qu´elle serait de courte durée.

J´expliquais aux uns et aux autres que venant de subir un premier deuil je ne pouvais guère manifester la moindre joie sachant où tu en étais.

Chacun l´a compris même si je pouvais m´exprimer qu´à demi-mot à ton sujet.

Il fallait donc s´inquiéter en silence et ne pas trop paraître déjà atteint par un deuil inéluctable tout en demandant en permanence « des nouvelles de Serge » sachant qu´elles ne pouvaient être que mauvaises.

En ce triste après midi, la foule ici rassemblée est un témoignage d´affection à une famille si atrocement frappée, elle est un hommage mérité à une forte personnalité trop souvent sous estimée par les envieux qui étaient loin de la valoir, et parfois même diffamée.

Mais pour nous tes amis, tes collègues, c´est le moment de te dire que nous ne t´oublions pas, que la peine est immense mais que le souvenir nous aidera à l´apaiser, que ton œuvre est considérable et qu´elle restera, que ton entrain, ton humour, ta gentillesse vont terriblement nous manquer mais que tu resteras parmi nous.

Pour ma part, je te devais tant et tu me paraissais tellement incontournable que plus rien ne sera, dans la vie publique, semblable, et que je me demanderai toujours pourquoi nous nous entendions si bien, si différents et si proches, sans doute comme l´a dit Montaigne « parce que c´était lui, parce que c´était moi ».

Adieu, Serge !


Mercredi 27 Juin 2007

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