"En Corse, la motivation des bombes n'est plus politique"

Interview parue dans le Point - 19 septembre 2003



Le Point : Vous venez de publier une " lettre ouverte à ceux qui détruisent la Corse ", contre les clandestins qui ne sont pas " des soldats engagés au service d'une juste cause, mais des mercenaires qui servent les appétits de pouvoir et d'argent ". Croyez-vous que la classe politique insulaire vive dans la peur des hommes ?

Paul GIACOBBI : Je n'ai pas l'impression que les élus de Corse aient peur dans l'ensemble, mais je crois être pratiquement le seul à dénoncer les mécanismes réels qui sous-tendent cette violence. Quant à la peur, il faut la surmonter pour s'exprimer librement.

L.P. : La violence en Corse a-t-elle un caractère mafieux ?

P.G. : Je n'en sais rien. Mais la motivation des bombes n'est plus politique aujourd'hui. Il ne vous a pas échappé que, pour la consultation du 6 juillet, la famille nationaliste s'était prononcée pour le oui et les clandestins pour le non. Les clandestins votent non, se plaignent de la victoire du non et en tirent argument pour poser des bombes. En démocratie, on s'incline devant le suffrage universel.

L.P. : Comment la société civile corse peut-elle résister ?

P.G. : Ce n'est pas aux citoyens de résister, au sens où il leur faudrait prendre les armes. Demande-t-on cela aux habitants de La Courneuve ou de Mantes La Jolie ? D'ailleurs, je ne suis pas certain que les Corses coopèrent moins avec la police et la gendarmerie que les autres français.

L.P. : Le siège de la brigade de gendarmerie de Luri, par une population furieuse, vous inquiète-t-il ?

P.G. : Je peux vous parler de dizaine d'émeutes encore plus graves dans diverses banlieues du continent qui n'ont pas connu le même retentissement médiatique.


Propos recueillis par Christophe DELOIRE

Mercredi 22 Octobre 2003

Les dernières revues de presse

Le Député du Jour - 03/04/2009

Diplomatie moribonde - 12/09/2007