Eloge funèbre de Claude OLIVESI prononcé par Paul GIACOBBI le 9 juin 2007



Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,

Alors que nous voudrions pleurer dans le silence et le recueillement, voici que la tradition nous oblige à parler pour dire ce qu´a été, ce qu´est toujours pour nous Claude OLIVESI.

Si je devais ne dire qu´un mot pour le définir, je dirais simplement qu´il a été un authentique honnête homme au sens du XVIIIème siècle, au sens du siècle des Lumières.

Les lumières de l´esprit bien sûr puisque Claude OLIVESI était un universitaire d´une grande rigueur scientifique, expert de la science politique, il maîtrisait parfaitement cette matière si particulière dans laquelle l´analyse statistique, l´observation sociologique et la connaissance des ressorts profonds de la nature humaine, jusqu´aux plus sordides, sont associés pour expliquer nos étranges comportements.

C´est peut-être en raison des caractéristiques de cette science que Claude OLIVESI, rompu à considérer un sujet aussi bien avec une grande hauteur de vue intellectuelle qu´en analysant les aspects les plus triviaux de la question, était à la fois un esprit éclairé et un esprit pratique, un visionnaire et un bâtisseur.

Dans la tradition des encyclopédistes qui exposaient aussi bien les théories les plus subtiles que l´art de manier les outils agricoles et les techniques artisanales, il savait aussi bien disséquer la pensée de Max WEBER que rechercher une solution concrète au problème de l´écoulement des eaux pluviales du bâtiment administratif de Moriani.

Il n´était donc en aucune façon l´intellectuel enfermé dans sa tour d´ivoire, encore moins l´universitaire qui affecte bien artificiellement de partager la vie des gens ordinaires, mais simplement un honnête homme convaincu que pour faire avancer le monde, pour contribuer à la transformation sociale, selon son expression favorite, il fallait tout à la fois de la théorie scientifique et de l´action concrète, penser l´idéal et bâtir au présent.

Cette transformation sociale était, je crois, l´essentiel de sa croyance et de son espérance, et il y consacrait tant d´énergie et de passion que lorsque les choses n´avançaient pas assez vite, par l´inertie, par la lenteur, par les réticences des uns et des autres, il lui arrivait de s´emporter, de s´indigner, voire de se mettre en colère.

En dix ans, je ne l´ai jamais vu le faire pour lui-même, par un souci égoïste de carrière ou d´intérêt mais toujours pour le bien commun ou pour les autres. En cela aussi il était l´honnête homme.

Cependant les colères étaient courtes, l´éruption volcanique s´apaisait en un instant, il retrouvait un sourire qui voulait dire qu´il ne s´insurgeait pas contre vous mais contre tout ce qui s´oppose au progrès.

Ses moments d´adhésion totale, de bonheur intellectuel étaient infiniment plus rares mais n´en étaient que plus précieux. Je l´ai vu ainsi rayonnant et presque silencieux deux fois : lors d´un colloque en Finlande et à la fin d´une séance fondatrice à l´Assemblée de Corse où il avait eu la gentillesse de m´éclairer de ses conseils.

Voilà l´honnête homme que nous avons tous connu.

Mais il était aussi un ami fidèle et un esprit cultivé, éclectique, ouvert aux cultures et aux idées. Nous avions ensemble découvert le Japon et je garde le souvenir de ses émerveillements face à une culture si différente et si profondément humaine.

Sa personnalité était très attachante même s´il semblait toujours se protéger des autres, se murer dans une attitude réservée, au point sans doute que ceux qui ne le connaissaient pas pouvaient le croire distant et froid et que ceux qui le connaissaient osaient rarement lui dire à quel point ils l´aimaient.

Car sa sensibilité était immense comme son cœur, ce cœur qui malheureusement était aussi fragile et qui un soir terrible s´est arrêté de battre.

Aujourd´hui est le moment des larmes, de la douleur, de la révolte face à une mort si brutale que nous ne parvenons pas encore à y croire.

Mais peu à peu les larmes sécheront, la douleur laissera place à la tristesse et peut-être comprendrons nous mieux ce qu´a dit un jour un homme politique à la fin de sa vie : « je crois aux forces de l´esprit ».

Car si Claude est mort, il est toujours présent, par ses écrits, par ses réalisations, par l´idéal qui nous guidera encore.

Nous relirons ce que tu nous a laissé, mon cher Claude, passant ici par la route de la cascade tu nous rappelleras qu´un effondrement géologique peut-être transformé en aménagement touristique, allant à la plage que l´on peut respecter la nature tout en permettant par des aménagements appropriés, sa fréquentation et son exploitation, constatant tout ce que tu as fait, que quelques années de volonté, d´intelligence et de travail peuvent rattraper de longues périodes d´incurie, et sillonnant tes routes que l´on peut à la fois explorer les nouveaux chemins de la pensée et savoir régler l´épaisseur de l´enrobé ou le bon profil du fossé bétonné.

Et puis dans les moments difficiles, face aux choix impossibles, il nous semblera te revoir, nous conseiller encore, peut-être nous gronder, l´œil lançant des éclairs, mais le sourire revenant aussitôt, comme le soleil après l´orage, Claude « sempre vivu » mort sans doute mais éternellement présent dans nos esprits et dans nos cœurs.

Nous avions prévu d´aller à l´automne à Genève à un colloque universitaire sur Pascal PAOLI et je me faisais une joie de t´accompagner et de t´entendre loin du tumulte politique, parler de l´essentiel.

Mon cher Claude, j´irai seul et je ne pourrai pas parler de Pascal PAOLI, aussi bien que tu aurais pu le faire.

Alors si tu le permets, je parlerai de la Corse des Lumières, de ces hommes des Lumières qui changeaient les choses, et je dirai que ces hommes-là, j´en ai connu au moins un : je dirai que je t´ai connu, que tu es encore là mon ami, l´honnête homme, l´homme des Lumières qui restera encore longtemps pour nous éclairer.


Mercredi 20 Juin 2007

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