Editorial de Paul Giacobbi - Wall street Journal du 12 juin 2003

(traduit de l'anglais par Luc Antoine Marsily)



Dans sa vieille tradition d’état centralisé, le France connaîtra une première le 6 Juillet prochain. Une région française, en l’occurrence l’île de Corse décidera ou non d’accepter lors d’un référendum un projet proposé par Paris en vue d’une nouvelle forme d’administration. Ce projet se propose de déplacer l’autorité de Paris vers la Corse. Nul doute que ce référendum marquera l’histoire de la Corse.
Depuis les trente dernières années, la Corse a souffert du combat de divers groupes clandestins luttant pour l’indépendance ou au moins pour l’autonomie, et certains d’entre eux ont relevé du terrorisme, comme les indépendantistes qui ont assassiné le Préfet Erignac en 1998.
La majorité des Corses ne veut pas de l’indépendance. Mais les Corses sont majoritairement attachés à leur particularisme culturel, linguistique, et plus largement à leur identité. C’est pour cette raison que certains des responsables politiques insulaires ont demandé à bénéficier d’un pouvoir local plus fort.
Jusqu’à présent la réponse du gouvernement français a été faite de tout sauf de compréhension et de souplesse, et le problème demeurait. Après son entrée en fonctions l’année dernière, l’actuel gouvernement français sous la direction de Jean-Pierre Raffarin, mettant ses pas dans ceux du précédent gouvernement socialiste, a annoncé ses intentions de faire de la Corse un test de sa toute nouvelle volonté décentralisatrice. A l’occasion de ce référendum, la Corse fera entendre sa voix pour choisir éventuellement une plus grande autonomie politique. Ce qui est excellent pour la Corse, mais aussi pour la France.
Dans cette République existe un culte particulier de l’Etat basé sur des principes républicains. Le premier dogme est le suivant : « la France est une République indivisible ». Selon ce dogme, chaque personne travaillant dans une école secondaire ou dans une université doit obligatoirement être un fonctionnaire d’état : c’est ainsi que le nettoyage d’une salle de classe relève de la responsabilité de l’état central. Chaque partie du territoire français doit comporter la même structure administrative, qu’il s’agisse d’une municipalité, d’un département ou d’une région.
La Corse n’a pas échappé à cette caractéristique de l’administration française. Avant 1975, la Corse était à fois une région et un département avec à la fois un conseil régional et un conseil général. En 1975, le Parlement créa deux départements, la Haute-Corse et la Corse du Sud pour administrer l’île. C’est ainsi qu’au cours des trente dernières années, les 270 000 habitants de l’île ont connu le privilège d’être administré par une région, deux départements, et 360 municipalités(oui, 360 municipalités !). La constitution française, certes digne de respect, mérite ainsi d’être en lice pour le livre Guinness des records pour ce qui est du nombre des autorités locales. Dans la réalité, nous avons été gouvernés par le représentant de l’état central, le Préfet, en charge de toutes les responsabilités.
La langue corse, largement pratiquée dans les foyers et dans la rue, a été strictement frappée d’interdit à l’école et sur les plaques de signalisation routière. Le nom des villes et des villages ont toujours été traduits en français. La petite cité d’Isula Rossa est connue sous sa traduction française d’Ile-Rousse : la France a pratiquée une répression culturelle et linguistique au travers de son état central.
Peu à peu la situation s’est améliorée. En 1982, les mesures de décentralisation ont confié plus de pouvoirs aux autorités locales. En 1991, une loi a crée une région spécifique pour la Corse en la dotant de plus de pouvoirs mais a maintenu les deux départements. En 2001, après une année de discussions avec le Gouvernement Jospin, la Corse a acquis le droit d’enseigner sa langue à l’école et des fonds publics d’état ont été dégagés pour améliorer son réseau routier et plus généralement ses équipements publics.
Un amendement à la Constitution française en 2003 a conféré aux régions – c’est la cas de la Corse- la possibilité d’une organisation spécifique. Plusieurs responsables politiques, dont moi-même en qualité de Président du Conseil Général de Haute-Corse, ont plaidé pour une simplification visant à la suppression des départements et au transfert de leurs compétences à la Région. Cet amendement constitutionnel a également permis au Gouvernement de soumettre de telles réformes à référendum. C’est ainsi que les Corses auront leur mot à dire.
Tout cela ne signifie pas une dévolution de tous les pouvoirs à la Corse. Elle ne bénéficiera pas de la même autonomie importante que connaissent la Sardaigne, les Baléares et d’autres régions italiennes ou espagnoles. Mais cette réforme constitue un important pas en avant : la Corse aura une organisation territoriale simplifiée. Sa langue aura un enseignement à l’école, l’île aura un accès facilité aux fonds nécessaires pour créer des infrastructures aujourd’hui banales dans les autres régions françaises. Avec plus de pouvoirs délégués à ses autorités régionales, et plus généralement, le droit d’adapter localement des réglementations nationales, la Corse peut aujourd’hui entrer dans une ère nouvelle.
Cela ne constitue pas le remède miracle qui résoudra tout le problème corse, mais c’est une réponse à ses manifestations les plus préoccupantes. Cela n’est pas suffisant parce que ce n’est pas à soi seul une réponse à la nécessité de se défaire de mafias locales. Mais à l’issue de ce référendum, plus personne ne pourra justifier le recours à la violence.
Ce processus réformateur connaître très probablement des suites à travers toute la France, sans doute sous des formes différentes pour prendre en compte des besoins locaux. La France est peut-être prête à faire ses premiers pas vers une organisation territoriale plus pragmatique et plus efficace.

Lundi 23 Juin 2003

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