Continuité territoriale et services publics sont menacés

Tribune de Paul Giacobbi parue dans Corse-Matin du 2 février 2005



Au moment où l’assemblée de Corse entame un débat essentiel mais qui paraît déjà compromis par la médiocrité des propositions et le caractère fallacieux des arguments qui les sous-tendent, il est indispensable de dire la vérité.

On essaiera, en effet, au cours de ce débat, de nous tromper par des arguties juridiques, de parler à tort et à travers des entreprises et de leurs comptes, de faire oublier la conduite scandaleuse de Nicolas Sarkozy lors de la dernière grève de la SNCM et de faire croire que la CCM n’a rien à craindre de l’avenir.

Pour les arguties juridiques, on nous dira peut-être encore que la règle du moins-disant est imposée par l’Union européenne alors que M. Romano Prodi, parlant au nom de la Commission européenne qu’il présidait, a rappelé, au contraire, que c’était la règle du mieux-disant qui prévalait.




Inquiétante ignorance des réalités économiques et financières

On nous parlera peut-être des entreprises de transports en confondant, comme tel de nos politiques l’a fait l’autre jour, le capital d’une entreprise et son chiffre d’affaires et ce dernier avec le budget de fonctionnement d’une collectivité publique, démontrant ainsi une inquiétante ignorance des réalités économiques et financières.

On ne nous dira pas que, lors de la dernière grève de la SNCM, qui a coûté à cette entreprise 15 millions d’euros, Nicolas Sarkozy, sans doute guidé par son obsession des quotas et des communautés, est intervenu personnellement pour empêcher que l’on ne mette fin à l’obstruction, comme l’avait décidé le préfet, et pour soutenir un accord qui promet une priorité à l’embauche alors qu’il n’y aura aucune embauche mais, au contraire, des centaines de licenciements.

On nous fera peut-être croire que la CCM et ses usagers n’ont pas eu à souffrir de l’abandon de la délégation de service public décidé suite aux demandes d’Air Liberté dont on nous vantait, à ce moment-là, le sérieux et la solidité quand la faillite était déjà prévisible.

Aujourd’hui, dans le cadre des obligations de service public, les usagers de Calvi, comprennent les conséquences de ces choix malheureux quand ils déplorent des horaires inadaptés et un service public en déshérence.

Définir un service public exigeant...

L’Assemblée de Corse ne peut échapper à ses responsabilités.

Elle peut et elle doit donc définir un service public exigeant, le concéder par des appels d’offres au mieux-disant en écartant les offres déloyales et les sociétés qui ne présentent pas les garanties de continuité, de sécurité et de qualité du service.

Elle doit impérativement cesser d’amoindrir le service public en faisant des économies sur l’enveloppe de continuité territoriale, car ces économies ne peuvent être affectées à d’autres objets et représentent donc, une fois de plus, des moyens financiers perdus pour la Corse.

L’Assemblée de Corse ne peut se désintéresser du sort de la SNCM qui ne peut être simplement privatisée, ne serait-ce que parce que ses bateaux ont été largement financés par les crédits publics de la continuité territoriale, versés par l’Office des transports.

Elle doit s’accorder avec la région PACA pour formuler des propositions claires de sauvetage de la SNCM.

Si lors de ce débat, et par la suite, l’Assemblée de Corse ne prend pas ses responsabilités, il en résultera une terrible régression pour la Corse.

La SNCM changera de nature et verra beaucoup de ses emplois disparaître. La CCM connaîtra une crise grave pouvant remettre en cause son existence même.

Le service public des transports ne sera plus que l’ombre de lui-même tandis que l’Etat reprendra les crédits que nous n’aurons pas su utiliser.

Encore une fois, dans ce domaine comme dans d’autres, la Corse a tous les moyens juridiques et financiers de maintenir et de développer notre service public des transports.

La seule question qui se pose est de savoir si son Assemblée et son exécutif en ont la volonté.

Mercredi 2 Février 2005

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