Budget 2008 : Action extérieure de l'Etat

Intervention de Paul Giacobbi
8 novembre 2007
Compte-rendu intégral



M. le président. La parole est à M. Paul Giacobbi.

M. Paul Giacobbi. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, le budget de l'action extérieure de la France peut paraître modeste pour un pays qui se croit encore la lumière du monde et que les autres nations désignent comme l'arbitre préféré de leurs querelles, une sorte de Deus ex machina, capable de résoudre les questions internationales les plus embrouillées, selon l’inénarrable portrait qu'en a dressé notre ministre.

Cependant, ce budget paraît extravagant si on en recherche la justification à l'euro près, à l'aune de la part très modeste que prend le ministère des affaires étrangères dans la conception, la mise en œuvre et le suivi de notre politique extérieure, et dans la contribution encore plus réduite, parfois négative, de ce département à la défense de nos intérêts nationaux.

« La tour de contrôle » de la politique étrangère de la France se situe à l'Élysée, et l'aiguilleur en chef de ce ciel encombré est un diplomate de haut rang qui ne dépend que du premier des ministres, pardon du secrétaire général de l'Élysée. Ceci n'est pas une extrapolation ou un fantasme mais bien la description quasi-officielle clairement exposée à la presse.

La pratique correspond parfaitement à cette description. Quand il s'agit tout à la fois de conclure la libération des infirmières bulgares et de renouer durablement avec la Libye, ni le ministre, ni le ministère, ni l'ambassade ne jouent le moindre rôle, tout est décidé, organisé ailleurs. Quand il s’agit de récupérer des personnes détenues au Tchad, tout s'organise et se traite depuis l'Élysée, y compris une interprétation stupéfiante d'un accord d'aide judiciaire qui dit précisément le contraire de ce qu'on veut lui faire dire.

Quand il faut promouvoir les grands contrats à l'exportation, en particulier en matière d'armement, on installe une war room à l’Élysée, selon l'expression officielle, laquelle ne comprendra aucun agent dépendant du ministre des affaires étrangères pour arbitrer les décisions. Au passage, je trouve que, depuis quelque temps, on abuse un peu trop du mot « guerre » dans notre diplomatie, tant en français qu’en anglais.

M. Jean-Paul Lecoq. Très juste !

M. Paul Giacobbi. Sans contester le rôle très légitime du chef de l'État de concepteur de notre diplomatie, et ce d'autant moins que je considère comme très claires et très positives les orientations nouvelles qu'il a données à cette diplomatie, je constate que l’administration centrale et le réseau diplomatique des affaires étrangères ne jouent aucun rôle significatif.

Il existe bien sûr un précédent illustre de cette manière de faire d'un président très actif dans la politique extérieure et très méprisant vis-à-vis de son ministère des affaires étrangères. On se souvient en effet de ce que John Fitzgerald Kennedy disait de son département d'État et de la manière qu'il avait de le court-circuiter. Cette analogie n'est peut-être pas le fait du hasard ; espérons simplement qu'elle ne nous conduira pas à quelque mésaventure comme celle de la Baie des Cochons.

Quant à la défense de nos intérêts nationaux, je sais bien que ce n'est pas l'essentiel et que nous avons avant tout à promouvoir notre rayonnement, notre rôle, notre rang, mais comme je suis un être vulgaire et peu sensible aux grandeurs et aux splendeurs, je voudrais dire un mot sur le commerce extérieur, lequel s’effondre. Vous me répondrez sans doute, monsieur le ministre, que vous n'êtes pas en charge du commerce extérieur. Mais il est délicat de s'en désintéresser quand on est en charge, même théoriquement, de notre diplomatie.

J'ai lu avec attention le fascicule de votre département. Or, il n’y a pas un mot du commerce extérieur, sauf page 32, à propos de la défense des intérêts français dans le cadre de l'union européenne et de l’OMC.

Mais je suis injuste, notre diplomatie vient de réussir un exploit qui mérite d'être salué : après deux ou trois magnifiques gaffes diplomatiques, une longue indécision sur un accord de financement, et une totale ignorance de l'activité très politique des États-Unis sur ce dossier, nous avons réussi à dissuader le Maroc d'acheter des avions Rafale. Il fallait le faire ! Nous y perdons quelques milliards d'euros mais surtout la dernière petite chance de donner un semblant d'espoir à la carrière internationale du meilleur avion de chasse au monde. Chapeau bas, quel coup de maître !

Alors que reste-t-il à votre ministère en dehors de l'intendance et de la francophonie sur lesquelles il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire ? Sommes-nous capables d'assumer nos obligations financières vis-à-vis des organisations internationales ? Non parce qu'il manque cent millions d'euros dans cette loi de finances, que l'on rajoutera en loi de finances rectificative, ce qui est une atteinte évidente à la sincérité budgétaire, comme l’a fort justement fait remarquer le président de la commission des affaires étrangères, Axel Poniatowski.

Je note d'ailleurs au passage que si nous ne trouvons pas le moyen de prévoir de quoi respecter nos obligations, nous n'hésitons pas à financer, à titre de bénévolence, les intérêts d'un emprunt de 80 millions d'euros sur vingt ans au profit de l'UNESCO et dont il n'est pas dit un mot dans ce document tandis que l'on ne répond pas à une question écrite précise sur ce sujet.

Avons-nous au moins depuis six mois une action significative sur le plan humanitaire, en dehors de la grotesque affaire des « zozos » de Zoé ? Par exemple, où en sont la piste d'atterrissage et le pont aérien et les corridors humanitaires qui devaient aider, dans l'extrême urgence, les malheureuses victimes du Darfour et dont vous nous parliez il y a quelques mois ?

M. le ministre des affaires étrangères et européennes. Ça va venir !

M. le président. Il va falloir conclure, monsieur Giacobbi.

M. Paul Giacobbi. Je conclus, monsieur le président.

J’ai gardé un souvenir très précis et très direct de notre action officielle lors du tremblement de terre au Gujarat en Inde. J'espère que nous n'en sommes plus là. Je voudrais vous entendre nous donner des exemples concrets et probants de notre action humanitaire.

Au total, et dans l'esprit de la LOLF, il vous reste à justifier à l'euro près les crédits inscrits à ce budget. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

Jeudi 8 Novembre 2007

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