Audition, commune avec la commission de la défense nationale et des forces armées, du général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées, sur les évènements et la situation en Afghanistan

Mercredi 10 septembre 2008
Extrait du Compte Rendu



M. Paul Giacobbi. En ce qui concerne les federally administrated tribal areas (FATA), c’est-à-dire les zones tribales du Pakistan, cela fait 150 ans qu’elles sont en cours de pacification – depuis 1850 à peu près.
(...)
M. Paul Giacobbi. Sans rappeler les morts du passé, on constate que la pacification des zones tribales ne marche pas très bien. Ni les Britanniques, ni les Pakistanais n’y sont parvenus.
Quant à dire que le général Musharraf n’a rien fait… Les Pakistanais revendiquent 900 morts dans les FATA pendant la période où il était au pouvoir, et je les crois. Pacifier la région n’a rien de facile, et on ne peut pas demander au Pakistan de faire en quelques mois ce que les Britanniques n'ont pu faire en 150 ans. Au mieux, il y parviendra dans les 150 prochaines années !
Nous parlons beaucoup des effectifs de la coalition, mais qu’en est-il de ceux de la coalition d’en face, celle de nos adversaires, et de leur niveau d’équipement ? J’ai lu le chiffre de 20 000 insurgés : cela ne me semble pas considérable. Je me pose donc la question suivante : dans un pays comme l’Afghanistan, où beaucoup de gens sont armés – pour ne pas dire tout le monde – où toute la population est musulmane, où une grande partie de celle-ci est proche des idées wahhabites depuis 150 ans, comment fait-on pour distinguer un insurgé de quelqu’un qui ne l’est pas ? Cela ne semble pas très facile !
Enfin, nous sommes engagés dans une opération en Afghanistan pour réduire le risque terroriste à notre égard, mais également dans la région. J’observe qu’au cours de l’année qui vient de s’écouler, en Inde, le terrorisme islamiste a fait 1 000 morts, et cela risque de se poursuivre. Au Pakistan, au cours de la même période, on a déploré 1 200 morts. L’action de la coalition en Afghanistan a-t-elle réduit le risque terroriste dans la zone ? Je n’en suis pas intimement convaincu.

M. le général d’armée Jean-Louis Georgelin, chef d’état major des armées. La question des effectifs de nos adversaires est une question que je pose moi-même régulièrement. Comme vous, je suis insatisfait des réponses qui me sont fournies. La réponse la plus intelligente, qui m’a été faite par un lieutenant colonel sur le terrain, est celle-ci : civilians by day, terrorists by night. Comme vous l’avez dit, il est extrêmement difficile de savoir qui est qui. En revanche, dans un schéma de guerre contre-insurrectionnelle, il est important de connaître l’organigramme de l’encadrement de l’adversaire, afin de le désarticuler et de le rendre ainsi moins efficace. C’est ce à quoi s’attache la coalition.
Des combattants sont parfois issus des villages, où, la veille, les contacts avec les habitants étaient excellents. On voit bien que ce type d’opérations est un puits sans fond. Je ne cesse de demander à la direction du renseignement militaire de m’affiner sa description des talibans. C’est un travail considérable. Vous aurez d’ailleurs l’occasion d’interroger son directeur sur ce point la semaine prochaine. Nous travaillons tous avec acharnement pour savoir qui commande les talibans, qui impulse leurs actions, qui les finance, quel est le rôle joué par certains pays qui financent la rébellion. Bref, le contexte est difficile et compliqué. Pour autant, est-ce une raison pour ne rien faire ? C’est toute la problématique de l’engagement de nos pays. En tout cas, s’agissant des coups que notre action porte au terrorisme, les chiffres sont incontestables.

Vendredi 19 Septembre 2008

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