Action extérieure de l'Etat

Extrait du compte-rendu intégral, séance du 8 novembre 2011.



M. le président. La parole est à M. Paul Giacobbi.

M. Paul Giacobbi. Pendant quatre ans, la France s'étant dispensée d'avoir un véritable ministre des affaires étrangères, la question des moyens dévolus à ce département est passée au second plan.

C’était l'époque où certains ambassadeurs étrangers en poste à Paris, et non des moindres, se demandaient et nous demandaient qui exerçait la fonction ou la charge de ministre des affaires étrangères entre MM. Lévitte et Guéant et, d'un point de vue pratique, auquel des deux ils devaient s'adresser, pour faire passer des messages importants de leur gouvernement.

Nous avons aujourd'hui un ministre dont chacun reconnaît, sur tous les bancs de cette assemblée,…

M. Jean-Paul Lecoq. Sur la plupart !

M. Paul Giacobbi. …sur presque tous les bancs, la compétence et l'autorité.

Cependant, le ministère a payé un lourd tribut du fait de ses années de déshérence, non seulement sur le plan budgétaire, mais aussi en termes de crédibilité vis-à-vis de l'extérieur et, ce qui est peut-être pire encore, en termes de doutes et d'interrogations en interne.

J'avais été étonné, il y a quelques années, de recevoir de nombreux messages écrits d'ambassadeurs en retraite et quelques messages oraux, plus discrets, de leurs collègues en activité à la suite d'un article que j'avais commis dans Le Monde, en 2007, qui s'intitulait « Une diplomatie moribonde ». Ces réactions à un papier aussi sévère, pour ne pas dire injuste ou caricatural, témoignaient d'un immense désarroi qui, depuis, s’est traduit à plusieurs reprises par des articles retentissants émanant de collectifs de diplomates anonymes, pour ne pas citer la contribution remarquable de deux anciens ministres des affaires étrangères, que le ministre d'État n'a certainement pas oubliée en accédant aux fonctions qui sont les siennes.

Le budget qui nous est présenté aujourd'hui tente de stabiliser les moyens dans un contexte difficile. Il reste cependant « plombé », entre autres, par la fameuse gratuité des frais de scolarité dans notre réseau d'enseignement français à l'étranger, qui est l'exemple même d'une mesure décidée à l'emporte-pièce, sans réflexion préalable ni étude d'impact. Je ne saurais mieux faire que citer M. Hervé de Charette à la commission des affaires étrangères : « Cela caractérise les dérives de la Ve République. En voyage, mal conseillé, le Président de la République lance une idée et décide, le Parlement vote et depuis cinq ans nous sommes coincés ». Par ailleurs, et c'est la conséquence de toute une série de décisions successives, nous dispersons largement les moyens à un moment où il faudrait les concentrer et nous multiplions les ambassadeurs ad hoc, les missions de tout poil et les conseils prospectifs et analytiques de tous ordres, en général d'ailleurs de très second ordre.

Ainsi avons-nous des ambassadeurs pour le «chaud » – le réchauffement climatique, pour le « froid » – l'Arctique –, sans doute aussi quelques-uns pour toutes les nuances du tiède, sans que cette multiplication d'Excellences au rabais nous ait permis de réinventer l'eau à température ambiante. (Sourires.)

Mais quand on en vient à la simple défense des intérêts nationaux ou à la cohérence et à la continuité de nos positions, on est parfois surpris et choqué. Au cours des dernières années, je suis allé pour la défense de nos intérêts maritimes à Saint-Pierre-et-Miquelon, où il a fallu s'opposer à la résistance du ministère sur la question du plateau continental – je dis bien du ministère et certainement pas du ministre d'État, qui a récemment répondu clairement à une de mes questions à ce sujet. Le ministère continue, en parfaite contradiction avec la position du Gouvernement, un combat d'arrière-garde étant allé récemment jusqu'à interdire au navire de 1’IFREMER qui menait une campagne d'exploration afin d'étayer notre dossier aux Nations Unies de pénétrer dans les zones concurremment revendiquées par le Canada et la France.

J'ai aussi été surpris et choqué de notre comportement à l'UNESCO, organisation importante dont nous sommes le pays hôte et à laquelle nous contribuons très largement, bien au-delà, en fait, de notre contribution de droit commun. Voici une organisation dont on connaît dans le monde entier la dérive depuis des années ; la presse internationale se fait l’écho de sa corruption et de son inefficacité, mais la France ne semble pas s’en soucier outre mesure.

Pire encore, notre représentation diplomatique auprès de cette organisation ne s'est pas davantage souciée du rapport de la Cour des Comptes, en charge de l'audit. Elle aurait pu s'étonner, par exemple, que la rénovation du siège de l'UNESCO à Paris, très généreusement financée par la France, à travers un prêt à taux zéro, ait donné lieu à toute une série de violations des règles internes de marchés.

Plus modestement, notre représentation aurait pu s'offusquer que la sécurité sociale française ait été privée irrégulièrement, selon la Cour des comptes, de plus de 880 000 euros de charges sociales. Nous espérons que, dans la situation actuelle, la France aura à cœur de contribuer au redressement de cette organisation et de lui faire retrouver, sinon du prestige, du moins un peu d'efficacité, en tout cas, un minimum de morale, dont la moindre serait de ne pas gruger le pays hôte !

Je passe sous silence les palinodies de l'élection du directeur général, où la France a changé trois fois de position, lors des trois tours de scrutin. Mais ce n'était rien à côté de l'affaire de l'admission de la Palestine. La France a commencé par exposer urbi et orbi par la voix du chef de l'État ses réserves sur l'admission de la Palestine en tant qu'État aux Nations Unies ; au conseil exécutif de l'UNESCO, la France s'est abstenue sur ce sujet mais, quelques jours plus tard, elle a voté « pour » à l'Assemblée générale, sans que l'on gratifie la presse ni même la représentation nationale d'une explication.

On dit aujourd'hui que la France serait encline à l'abstention au Conseil de sécurité des Nations Unies sur ce sujet. Je citerai à nouveau M. de Charette à ce propos : « Nous avons changé de ligne et l'on ne gagne rien à conduire une politique à la godille ».

Si les circonstances budgétaires et générales conduisent à la sobriété, à la concentration des moyens et à la continuité dans l'action, elles devraient aussi conduire, sur le plan politique, à la sobriété dans l'expression, à la cohérence et à la continuité dans l'action : nous en sommes encore un peu loin.


Mardi 8 Novembre 2011

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